18 juin 2008

François Mauss et la critique vineuse: Michel Smith réagit

L'ami Michel Smith - un habitué de ce blog -  réagit au "post" de François Mauss.

"Pas d’accord, mais alors pas du tout d’accord avec François. D’abord, je ne considère pas notre ami comme étant un journaliste. À mes yeux, c’est un dégustateur et un organisateur de dégustations. Me trompe-je ? Et je reprends volontiers ses dires.

 

Michel Smith

 Michel Smith en action

 

1° Pour moi, il y a de moins en moins de journalistes-vins. Selon mes critères (journalistiques) nous ne sommes plus guère qu’une dizaine en France. Et je n’ai pas l’impression que tous les supports veulent leur rubrique vins. Peut-on appeler “rubrique” ces “échos” dont il m’est arrivé d’être parfois l’auteur (il faut bien débuter par des erreurs...) décrivant sommairement un vin pour faire plaisir à un annonceur ou pour remercier d’un week-end passé dans un bel hôtel ?

 

2° Moins de grands vins à la disposition des dégustateurs ? Normal. La chose existe depuis que je suis dans le métier. J’ai appris à m’y faire après m’être fait expliqué à mes débuts pourquoi tel ou tel producteur rechignait à envoyer ses échantillons et refusait même parfois à mesurer son vin à un autre. Ces mêmes personnes m’ont toujours reçu de manière efficace chez elles. Je garde d’excellents souvenirs de mes longs passages à Yquem, à Léoville LC, à Mouton R, à Lafite, chez Guigal, à Pibarnon, à Beaucastel, chez Gérard Chave, Éloi Dürrbach, Aimé Guibert, j’en passe et des meilleurs. Dans ce cas, les visites étaient de vraies et longues visites. Ainsi, j’ai pu apprendre une chose évidente : plus on prend le temps de parler et d’échanger sur le vin, plus on en découvre et plus on a la chance de pouvoir déguster. En revanche, François semble croire que l’on juge de la qualité d’un bon journaliste à sa capacité à recevoir des échantillons de “grands” vins. Pour beaucoup, les “grands” vins dont il cause ne sont que des étiquettes. Et dans ce cas, on juge des noms, au point d’en oublier le vin. Mais passons sur ce qui risque d’être un long débat. L’important, à mon sens, est de faire son travail de découverte et non d’enfoncer des portes ouvertes. Il faut découvrir le vin, son terroir et son auteur. Pour déguster avec efficacité les grands de Loire, par exemple, le plus simple est de passer chaque année trois jours complets dans les travées du salon des vins de Loire à Angers comme je le fais depuis dix ans, parfois même à mes propres frais puisque nos chers journaux sont de plus en plus réticents à l’idée de rembourser ne serait-ce que nos frais de déplacements.

Chaque année, je me fais un programme sur une micro-région : deux vignerons par jour pas plus, pour mieux cerner leur personnalité, prendre le temps de goûter l’ensemble de leur production et parfois même quelques vieux millésimes. Enfin, si certaines stars du vignoble refusent d’envoyer leurs échantillons, il existe fort heureusement quantité de vignerons – et non des moindres – qui acceptent de le faire. Peut-être qu’aux yeux d’un quarteron de dégustateurs patentés et encensés ces gens-là ne sont pas assez “grands”. Toujours est-il qu’au cours de ces dégustations souvent thématiques ou régionales, il m’arrive de tomber sur ce que je juge être un “grand” vin. J’ajoute enfin qu’en matière de journalisme de vins, il n’y a pas que des “grands” vins sur terre. Tout le monde, nos lecteurs y compris, a le droit de profiter quotidiennement à la joie de la découverte d’un bon “petit” vin. Heureusement, le monde du vin n’est pas fait que d’icônes inaccessibles rares et chères. Ras le bol du vin “bling bling” !

 

3° Trouver un modus vivendi avec la loi Evin ? Quelle honte ! Jamais au grand jamais je m’abaisserai à écrire ce qu’il est “convenu” d’écrire. Le journaliste est libre. Libre comme l’air. Libre comme le vin.

 

Michel Smith
Journaliste en Vins et autres Plats de Résistance
19 rue Pierre Lefranc, F 66000 PERPIGNAN (France)

 

08:44 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

François Mauss et la critique vineuse

Sur le blog du GJE, François Mauss (Président du Grand Jury Européen) revient sur la problématique de la critique vineuse.

maphoto
François Mauss

 

"Nous avons déjà abordé la question de l'évolution à venir de la critique vinicole en mettant en évidence trois points majeurs :

a : il y a de plus en plus de "journalistes-vins", car les journaux généralistes, les quotidiens, les hebdos et les mensuels veulent tous une section "vins" en plus de la classique section "gastronomie-restaurants".

b : il y aura de moins en moins de grands vins mis à la disposition de la critique.

c : en France, il va falloir trouver un modus videndi avec la loi Evin.

La pléthore de journalistes-vins

Nous parlons ici fondamentalement de la situation spécifique à la France. Chaque journal veut son article régulier sur le vin car c'est vendeur. Regardez simplement l'évolution de la partie "vins" dans Le Point. Cet hebdo est devenu un véritable concurrent à la Revue du Vin de France (RVF) par ses publications régulières et exhaustives. Il est vrai que cela est dû en majeure partie à l'excellent travail de Dupont qui va généralement au fond des problèmes, des régions et ne se contente pas de recopier ce qu'il peut lire à droite ou à gauche.

Les producteurs l'ont bien et très vite compris : un beau paragraphe dans le Monde, le Figaro, le Point, l'Express a plus de poids que deux pages dans la RVF. Ce n'est pas un phénomène spécifique au vin. On le retrouve peu ou prou pour les sections TV, Hi-FI et Technologie "grand public".

Encore faut-il de bons journalistes et si Dupont vient spontanément comme n° 1, il n'en demeure pas moins qu'il y a peu de journalistes à son niveau. Une solution qui semble se développer : utiliser des indépendants, des "free-lance" qui sont capables de fournir des papiers ici et là sans se répéter ou sans se copier. Le plus bel exemple dans cette catégorie : Bernard Burtschy, dont le style s'est très nettement amélioré et dont les informations sont particulièrement contrôlées. Il est vrai qu'il bénéficie d'un rare consensus auprès de la vaste majorité des producteurs, ce qui loin d'être le cas de tout le monde.

Sur les sites internet, on trouve malheureusement beaucoup de commentaires de dégustation qui ne sont, hélas, étayés que par très peu d'expériences. On croit pouvoir donner un avis définitif sur un vin alors qu'on ne l'a dégusté qu'une seule fois. On croit donner des informations ayant valeur absolue, alors qu'on ne connaît pas grand chose du contexte régional. Michel Bettane me soulignait ce point à la soirée Vernay : pour écrire des choses intelligentes sur la Bourgogne, on ne peut pas se contenter d'aligner une dizaine ou même une centaine de notes de dégustation. Qu ce soit lui ou Bernard Burtschy, voilà deux dégustateurs professionnels qui, systématiquement, quand ils sont en Bourgogne, ratissent large, très large. Et ce n'est pas un petit boulot de tout repos, loin de là ! Pas loin de 5.000 vins pour cette seule région. Là, oui, on peut avoir une idée générale sur son évolution, sur les tendances, sur les styles. Ce n'est pas à la portée de n'importe qui.

En conclusion : si le vin continue sur sa route du succès, il va nous falloir, à nous les amateurs, un sacré discernement pour s'attacher à ne lire que les très bons. le bon grain et l'ivraie…

 

La réduction des vins mis à la disposition de la critique

Nous avons déjà évoqué ce sujet. Bornons nous à le résumer : eu égard au prix des grands crus, de moins en moins de journalistes auront accès à des échantillons gratuits et, on le sait, on compte sur les doigts d'une seule main ceux qui seront capables de les acheter pour donner une opinion sensée et basée sur une réelle dégustation.

Là encore, seuls survivront quelques noms qui seront honorés par les producteurs. On voit de suite les embûches : le copinage, le favoritisme, le compliment appuyé. Ils ne vont pas avoir la tâche facile ceux qui voudront garder une totale indépendance. A suivre…

 

La loi Evin

Il va falloir négocier le plus rapidement possible avec les autorités compétentes, et bénéficier pour cela de l'appui total des instances viti-vinicoles pour que des règles précises soient mises en place.

Apparemment, la simple mention habituelle "buvez avec modération" ne serait plus suffisante. Que faut-il faire ? Et surtout comment avoir enfin de véritables leçons, une éducation du vin sur le média TV, chose tellement commune hors de France ?

On ne le redira jamais assez : le vin est un des fondateurs de notre culture, de ce qui fait la spécificité française. Ce n'est pas parce qu'on a un Président qui préfère une rolex à un Chambertin qu'on va attendre de nouvelles élections pour faire le gros dos et attendre sans réagir. Croyez bien que les italiens et les espagnols sont sur les starting-blocs depuis longtemps !

Là encore, seul un regroupement de toutes les instances peut permettre d'envisager une porte de sortie. Y a du teuf ! "

07:35 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |