18 juin 2008

François Mauss et la critique vineuse

Sur le blog du GJE, François Mauss (Président du Grand Jury Européen) revient sur la problématique de la critique vineuse.

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François Mauss

 

"Nous avons déjà abordé la question de l'évolution à venir de la critique vinicole en mettant en évidence trois points majeurs :

a : il y a de plus en plus de "journalistes-vins", car les journaux généralistes, les quotidiens, les hebdos et les mensuels veulent tous une section "vins" en plus de la classique section "gastronomie-restaurants".

b : il y aura de moins en moins de grands vins mis à la disposition de la critique.

c : en France, il va falloir trouver un modus videndi avec la loi Evin.

La pléthore de journalistes-vins

Nous parlons ici fondamentalement de la situation spécifique à la France. Chaque journal veut son article régulier sur le vin car c'est vendeur. Regardez simplement l'évolution de la partie "vins" dans Le Point. Cet hebdo est devenu un véritable concurrent à la Revue du Vin de France (RVF) par ses publications régulières et exhaustives. Il est vrai que cela est dû en majeure partie à l'excellent travail de Dupont qui va généralement au fond des problèmes, des régions et ne se contente pas de recopier ce qu'il peut lire à droite ou à gauche.

Les producteurs l'ont bien et très vite compris : un beau paragraphe dans le Monde, le Figaro, le Point, l'Express a plus de poids que deux pages dans la RVF. Ce n'est pas un phénomène spécifique au vin. On le retrouve peu ou prou pour les sections TV, Hi-FI et Technologie "grand public".

Encore faut-il de bons journalistes et si Dupont vient spontanément comme n° 1, il n'en demeure pas moins qu'il y a peu de journalistes à son niveau. Une solution qui semble se développer : utiliser des indépendants, des "free-lance" qui sont capables de fournir des papiers ici et là sans se répéter ou sans se copier. Le plus bel exemple dans cette catégorie : Bernard Burtschy, dont le style s'est très nettement amélioré et dont les informations sont particulièrement contrôlées. Il est vrai qu'il bénéficie d'un rare consensus auprès de la vaste majorité des producteurs, ce qui loin d'être le cas de tout le monde.

Sur les sites internet, on trouve malheureusement beaucoup de commentaires de dégustation qui ne sont, hélas, étayés que par très peu d'expériences. On croit pouvoir donner un avis définitif sur un vin alors qu'on ne l'a dégusté qu'une seule fois. On croit donner des informations ayant valeur absolue, alors qu'on ne connaît pas grand chose du contexte régional. Michel Bettane me soulignait ce point à la soirée Vernay : pour écrire des choses intelligentes sur la Bourgogne, on ne peut pas se contenter d'aligner une dizaine ou même une centaine de notes de dégustation. Qu ce soit lui ou Bernard Burtschy, voilà deux dégustateurs professionnels qui, systématiquement, quand ils sont en Bourgogne, ratissent large, très large. Et ce n'est pas un petit boulot de tout repos, loin de là ! Pas loin de 5.000 vins pour cette seule région. Là, oui, on peut avoir une idée générale sur son évolution, sur les tendances, sur les styles. Ce n'est pas à la portée de n'importe qui.

En conclusion : si le vin continue sur sa route du succès, il va nous falloir, à nous les amateurs, un sacré discernement pour s'attacher à ne lire que les très bons. le bon grain et l'ivraie…

 

La réduction des vins mis à la disposition de la critique

Nous avons déjà évoqué ce sujet. Bornons nous à le résumer : eu égard au prix des grands crus, de moins en moins de journalistes auront accès à des échantillons gratuits et, on le sait, on compte sur les doigts d'une seule main ceux qui seront capables de les acheter pour donner une opinion sensée et basée sur une réelle dégustation.

Là encore, seuls survivront quelques noms qui seront honorés par les producteurs. On voit de suite les embûches : le copinage, le favoritisme, le compliment appuyé. Ils ne vont pas avoir la tâche facile ceux qui voudront garder une totale indépendance. A suivre…

 

La loi Evin

Il va falloir négocier le plus rapidement possible avec les autorités compétentes, et bénéficier pour cela de l'appui total des instances viti-vinicoles pour que des règles précises soient mises en place.

Apparemment, la simple mention habituelle "buvez avec modération" ne serait plus suffisante. Que faut-il faire ? Et surtout comment avoir enfin de véritables leçons, une éducation du vin sur le média TV, chose tellement commune hors de France ?

On ne le redira jamais assez : le vin est un des fondateurs de notre culture, de ce qui fait la spécificité française. Ce n'est pas parce qu'on a un Président qui préfère une rolex à un Chambertin qu'on va attendre de nouvelles élections pour faire le gros dos et attendre sans réagir. Croyez bien que les italiens et les espagnols sont sur les starting-blocs depuis longtemps !

Là encore, seul un regroupement de toutes les instances peut permettre d'envisager une porte de sortie. Y a du teuf ! "

07:35 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

17 juin 2008

Le quotidien d'une attachée de presse

Je vous ai déjà parlé voici quelques jours de Christine Ontivero, cette attachée de presse qui déplorait que tous les vignerons ne soient pas traités équitablement en matière  d'échantillonage. La voici qui nous parle plus en détail de son quotidien.
Instructif... 


"Souvent, je me dis que, lorsque que je serai à la retraite, j'écrirai un livre - qui n'intéressera sûrement pas grand monde - à part ceux qui font mon métier, tellement il y a d'anecdotes croustillantes à raconter sur
ce que nous vivons au quotidien. Et je ne suis pas loin de penser que, bientôt, il me faudra une boule de cristal pour devancer les besoins - quand ce ne sont pas les exigences - de certains.

Quelques morceaux choisis :

Envoi de dossiers ou de communiqués par e.mail

"Surtout ne m'envoyez pas vos communiqués par e.mail. Cela encombre ma boîte aux lettres".

Ceux-là devront s'y faire. On ne communiquera bientôt plus que de cette façon.

"Dorènavant, envoyez moi uniquement vos communiqués par e.mail si vous voulez que je traite l'information".

Hum ! Ca sent le copier coller !

Utilisation d'Internet

"Je suis allé sur votre site mais je n'ai pas pu télécharger les images, vous êtes sûre que ça marche ?"

Un petit stage informatique pour apprendre à se servir du matériel serait sûrement le bienvenu.
Eh oui, ma petite dame, nous sommes à la croisée des chemins ! On nous a mis des ordinateurs entre les mains
sans nous donner le mode d'emploi. Ca me rappelle le sketch d'Anne Roumanoff qui se termine par "vous savez ce que ça veut dire PC ? Petit con.


Relances suite à une invitation :

"Si je ne t'ai pas répondu, c'est que je ne suis pas intéressé".

Effectivement, j'ai lu dans ma boule de cristal et j'y ai vu qu'il n'était pas intéressé.

"On se voit  le..."

Lui n'a pas répondu, il ne répond d'ailleurs jamais mais il lui paraît évident que, dans la mesure où il a reçu l'invitation, il vient.
Si nous ne relancions pas, on risquerait d'avoir de belles surprises le jour d'un déjeuner ! Remarquez, on peut toujours manger debout !

"Tu sais, on reçoit tellement d'.e.mails que..."

Et si nous répondions la même chose à ceux qui nous demandent, par e.mail, une information pour finir leur article, forcément dans l'urgence puisqu'on est à leur service ?

Les infos qui passent  à la trappe

"Je fais un article sur tel sujet, peux-tu m'envoyer tes infos ?"

"Mais je viens de t'envoyer justement un beau dossier sur ce thème, tu ne l'as pas reçu ?"

"Possible mais c'est plus simple que tu me le renvoies".

"J'ai bien reçu ton e.mail avec les prix demandés, mais il faudrait me le renvoyer car je ne le trouve plus".

Un e.mail reçu un samedi à minuit : "Merci de faire envoyer la bouteille de... à la rédaction de..., il nous la faut pour lundi matin sans faute."

Dommage que les bouteilles ne puissent pas être envoyées par Internet !

Envoi d'échantillons

"Surtout, ne m'envoie plus d'échantillons. Ca me donne trop de travail d'ouvrir tous ces cartons. Si j'ai besoin, je te demanderai".

"Comment voulez-vous que je parle d'un produit si vous ne me l'envoyez pas "

"Tu peux renvoyer la bouteille que tu avais fait envoyer pour photo car on ne la retrouve pas "

"Je suis désolée, le photographe a bu la bouteille que je t'avais demandé de lui envoyer pour photo, sois sympa de la lui faire renvoyer".

Appels dans les rédactions pour savoir qui fait quoi et comment

"vous n'avez qu'à acheter le magazine, vous verrez bien ! Vos clients vous payent assez cher non ?"

Effectivement, si on devait, tous les jours acheter tous les quotidiens, toutes les semaines tous les hebdos, tous les mois tous les mensuels, nos clients ne nous payeraient pas assez chers puisque les fichiers presse auxquels nous sommes abonnées recensent pas moins de 6.700 médias français.

Allez mieux vaut en rire !"

Christine Ontivero 

06:59 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |