19 juillet 2008

Pour ou contre l’EPO ?

Une nouvelle chronique estivale de notre ami Eric...

En ces temps de pédalages durs et agités, voire sprintants parfois, la question se pose avec une acuité toute particulière: l’eau, le pastis et l’orgeat doivent ils encore être mélangés n’importe comment et sans retenue ? au risque de provoquer des troubles digestifs importants dans les organismes des sportifs durement éprouvés que nous sommes par bientôt deux semaines de reportages en direct au suspense insoutenable. Certes, on évolue, nous sommes loin, comme le dit si bien Lance Aux Bras Forts, des cocktails des débuts. Aujourd’hui on parle d’EPO de troisième génération, qui est en fait un produit au dosage de pastis légèrement différent et un peu moins facile a découvrir par le test classique de l’haleine.

Les autorités responsables ont décidé d’augmenter la férocité des contrôles : désormais les glaçons seront prohibés dans la base de l’assemblage, ensuite, pour éviter les excès de sucre, le sirop d’orgeat devra être garanti 100% pure origine bio. C’est à ce prix que les générations futures pourront enfin regarder les spectateurs, droit dans leurs yeux rougis par des heures de veille télévisuelle à l’ombre de trois semaines de juillet. C’est d’ailleurs une des raisons principale à la prise des congés majoritairement en août par nos amis français. S’ils étaient en vacances en juillet, ils n’auraient pas le temps de regarder les étapes du Tour. Leur seul problème, et il faut s’en rendre compte en cette époque où certains prônent le ratachisme, c’est qu’ils ne peuvent pas écouter les commentaires de nos spécialistes. Et ça, c’est une sacrée perte pour eux, mais comme ils ne peuvent pas s’en rendre compte, ils ne sont pas malheureux.

Aujourd’hui, le Tour arrive en Italie. C’est compliqué et pas forcément logique, mais quand le Tour d’Italie passe par Liège, et qu’Hannibal traverse les Alpes avec des éléphants, rien n’est plus vraiment logique. La caravane du Tour est probablement plus importante que celle d’Hannibal, ce qui pourrait générer quelques problème, a ce petit détail près : les routes ont bien changés depuis l’époque du carthaginois. S’il avait su que tous les chemins menaient à Rome, il aurait peut-être moins traîné en route et qui sait, au lieu de rester une décennie sur place, il aurait pris la ville pas encore sainte et hop, le sort du monde en eut été changé. Je ne sais pas exactement ce que buvait Hannibal, mais par contre, pour fêter la victoire d’un de leurs champions nos amis de la Botte ouvriront sûrement une bouteille de Prosecco.

Gagnons tous un peu de temps, oubliez de croire, ne serait-ce qu’une seconde, que le Prosecco est un Champagne au rabais ou un quelconque succédané low cost. Les succès damnés n’intéressent personne, pas la peine donc d’en parler, ni même de faire coco-Ricco, on ne tire pas sur une ambulance aux pneus crevés. Non, le Prosecco est avant tout un cépage blanc que l’on trouve dans le nord de l’Italie et un tout petit peu en Argentine. Il est classé cépage d'appoint en DOC Colli di Conegliano, Colli Euganei, Montello e Colli Asolani et Prosecco di Conegliano Valdobbiadene. Il est classé recommandé ou autorisé dans les provinces Bergame, Belluno, Padoue, Trévise, Pordenone, Trieste et Udine des régions Frioul-Vénétie julienne et Vénétie. Il couvre pas loin de 8.000 hectares. Il est principalement cultivé dans les collines de la province de Trévise.

Deux vins sont issus du prosecco: un vin blanc sec ( DOC Colli di Conegliano) et un vin effervescent (DOC Prosecco di Conegliano Valdobbiadene). Malheureusement, comme souvent, un paquet de tricheurs crétins sévissent au sein du peloton des producteurs. Ils discréditent les produits en proposant des choses qui n’ont de Prosecco que le nom. Restons avec les bons, ceux qui le méritent. C’est le cas de Sandro Bottega. L’homme est connu, avant tout pour ses magnifiques alcools, pourtant il produit aussi une belle gamme de vins à bulles. C’est bien le cas de cette bouteille « Prosseco de la Casa Bottega ». La face de la bouteille porte en toutes lettres « Vin aromatique ». C’est parfaitement le cas. Le prosseco exprime clairement ses côtés floraux légers, entre le tilleul et la verveine. C’est une bien belle bouteille que voilà, quelque chose de délicat, tout en souplesse, en fruité. Parfumé, mais juste par les caractéristiques aromatiques du cépage. La bouche est peu dosée, ce qui rend le vin croquant au palais. La fin est marquée par un peu d’amertume. C’et une bonne chose en terme de longueur et de finesse. A 8,59 € chez Colruyt, ce serait une belle connerie que de ne pas le découvrir, c’est vrai quoi, quand on voit le paquet de pinards médiocres qui font des bulles sur le marché, quand il y en a un au dessus de la mêlée, on fonce.

Eric Boschman

12:23 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 juillet 2008

Cinq vins pour…

Eric Boschman nous propose cinq vins pour quelques occasions bien particulières…

Pour séduire une fille :

Bien sûr, un vieux macho de base tomberait tout de suite dans le panneau, que dis-je le panneau, il faut plutôt parler de cliché : les filles ça aime les vins sucrés. Oui, mais moi, je n’ai pas envie de séduire ces filles là. Pour faire briller les yeux des filles et tourner leurs jupes, je suis sûr qu’un Riesling Schlossberg de chez Paul BLanck, d’un millésime un peu évolué, un 98 par exemple, sera parfait. Il est incroyablement complexe, il demande un certain temps d’adaptation, un peu de patience, du dialogue, il faut lui laisser le temps de se donner, de monter un peu en température. Et pendant ce temps là, on peut se raconter 1001 vies. On peut se laisser aller aux parfums du vin, un rien minéral, une touche de résine, on évolue vers des choses presque primitives. Il s’agit d’un vin immense, incroyablement plein. Si elle n’est pas capable d’aimer ce genre de chose, il vaut mieux lui offrir le taxi pour qu’elle rentre parler à son Yorkshire…   

(En vente chez Bleuzé Tel:03 450 93 11)

Bluffer son beau-père :

Là, a mon avis, c’est l’exercice le plus facile mais le plus dangereux de la création. Déjà que je lui ai pris sa fille unique et préférée, si en plus je lui met le nez dans son caca, c’est la prise de risque totale. Beau-papa à de l’humour, c’est sa chance. En dehors du fait de m’avoir comme beau-fils. Pour bluffer il faut toujours avoir une carafe à portée de la main, c’est fondamental pour cacher l’étiquette. L’œil comprend 80 fois plus vite que le nez. Il est d’ailleurs un peu frustrant de se rendre compte que l’on parfume le gaz naturel alors que si on le colorait, on verrait plus vite les fuites. Ceci mis à part et n’ayant rien à voir avec mon beau-père, les rayons des grandes surfaces regorgent de pièges à idées reçues. Par exemple, ce Montinho de Sao Miguel. Un vin régional de l’Alentejo au Portugal, en 2007. C’est un assemblage d’Aragonês, Trincadeira and Cabernet Sauvignon. Si beau-papa connaît ce genre de truc, c’est que les poules ont des dents pointues. Le vin est riche, plein de fruits noirs, pas lourd, il est bâti tout en finesse, c’est long sans excès. Vachement bien équilibré, mais surtout ce qui est bluffant en dehors de l’incapacité du père de la Dulcinée à donner une origine, c’est son prix.

Montinho de Sao Miguel, 4,49 € chez Delhaize

Pour une séparation :

C’est vrai quoi, personne ne se pose jamais la question de savoir quoi boire pour réussir une séparation. Si l’union entre deux adultes consentants n’est plus possible, si ces deux là ont encore quelques neurones valides, autant qu’ils les utilisent pour réussir leur désunion. Bien sûr, il y a le Champagne, mais si un des deux se sent un rien jeté, ça risque de faire victoire à célébrer pour l’autre. Il vaut mieux réserver les bulles pour ses potes. Le Porto est trop lourd, c’est évident. Par contre, s’il reste un peu de second degré entre les ex, pourquoi pas un Saint Amour. Mais si ils sourient tous les deux, c’est qu’ils ont fait une erreur en se séparant. Par contre, pour garder un souvenir puissant de la chose, pourquoi ne pas consacrer une partie des honoraires des avocats à s’offrir une bouteille hors normes ? C’est vrai quoi, c’est le moment ou jamais de s’ouvrir un Mouton, un Haut-Brion ou un Margaux. Bon, bien sûr, lorsque tous les verres à dégustation gisent en morceaux au fond de la poubelle, il ne reste plus que le vin en canette. Mais bon, là d’un coup, ça termine de détruire le peu d’estime que l’on avait encore peut-être pour l’autre. Il y a pire, le vin en Tetra Pak, mais là, c’est que l’on s’est barré avec les meubles pendant la nuit, y’a plus de raison de boire un coup. A mon avis, vu comme ça, je pense qu’un bon verre de vin blanc avec peu d’alcool pour éviter les débordements genre revenez-y ou je lui dit tout ce que j’ai sur le cœur, c’est ce qui se fait de mieux. Ça se nomme Early Harvest, c’est fait par Lindemans, c’est vendu en Belgique aux environs de 6/7 €.

Plus d’infos chez Great Grapes Tél 02/454 85 30

Pour une créature de rêve :

La créature de rêve est dotée d’un mari qu’elle aime beaucoup et qu’elle n’a surtout pas l’intention de quitter, mais qui est très très occupé, de deux enfants charmants, mais déjà presque grands et à 35 ans depuis 15 au printemps prochain. Elle est parfaite accompagnée d’un feu ouvert, d’une peau de bête et d’un verre de vendanges tardives ou de quelque chose du genre. L’idéal étant d’ouvrir le flacon précieux pour fêter son arrivée et de le terminer pour célébrer son départ vers le nid familial. Il faut donc une bouteille pas trop grande, entre 37,5 et 50 Cl, d’un vin plutôt riche et enrobant. Le genre de chose qui joue à la fois le rôle du vin et du repas tout en n’étant pas un assommoir qui va vous faire somnoler toute l’après-midi. Au prix des chambres d’hôtel et du Cialis, se serait dommage… Donc pour en revenir à ce genre particulier de vin, il vaut mieux éviter les puissants Sauternes, sauf peut-être un Château Closiot, qui est une perle de finesse. Sinon, partez plutôt vers la Hongrie, dans le région de Tokaji on élabore le vin éponyme. Le château Disznoko 2000 en 100% Furmint est une véritable splendeur dans le genre. Il est bâti en finesse, en délicatesse, tout en fraîcheur et en légèreté. Même s’il affiche un beau paquet de sucre résiduel au compteur, il n’est même pas «sucré» au palais. Une vraie bouteille rare. Et en plus, ça tient facilement dans un sac à main, il ne manque plus que les verres…

Château Disznoko Furmint 2000 , plus ou moins 25 € chez Rob à Woluwé


Pour accompagner le temps qui passe doucement un soir d’été…

Il y a de ces moments dans la vie, même en été, où l’on a envie de rien, à part un bout de silence, un moment de paix, à contempler les volutes d’un cigare qui se consume tout doucement là, au bout d’une main. Même si on ne fume pas, en fait surtout si l’on ne fume pas, le cigare fait partie intégrante des plaisirs de la dégustation. Il est élaboré à la manière d’un grand vin, à la fois reflet de ses terroirs et de l’art des humains qui l’on composé. Un cigare c’est 300 opérations manuelles une fois que vous le portez à vos lèvres. Même s’il est produit dans la plus vielle aire d’appellation contrôlée de la planète, voici un des vins les plus mal connus du Panthéon gastronomique. Souvent proposé trop chaud, trop vieux, trop moche et au mauvais moment du repas, il souffre d’une image vieillotte. Le vin préféré de notre vieille tante à moustaches lorsque nous lui rendons visite. Pourtant, le Porto est, définitivement, un vin de dessert, de fin de repas, de contemplation parfois, mais jamais, au grand jamais, un vin d’apéritif. Il est trop riche, trop plein, trop…sphérique pour accepter de se faire tout petit, tout simple, pour préparer la bouche. Le Porto rempli, clôt l’appétit, ferme le ban du repas. Pour complêter l’ensemble, essayez donc un chocolat au lait, mélange Amérique/Océanie à 43% de cacao de Jean Galler. Les Criollos du Venezuela apportent une note chaude, un goût de caramel tandis que les Forasteros de Papouasie-Nouvelle-Guinée donnent de l’intensité et du corps. Une Colheita relativement âgée, un vin de millésime vieilli en barriques pendant de nombreuses années, a un profil semblable. Des notes de torréfaction, des touches de cuir, de caramel, une pointe de fumée, voire, pour les plus belles une touche de pruneau. Ajoutez-y une intensité rare, et c’est parti. Si vous dégustez cette combinaison avec le premier tiers d’un Magnum 46 de H. Uppman, probablement un des cigares le plus délicat du moment, vous vous direz que le bonheur existe ici-bas.

Chocolat et vins dans les boutiques Galler, cigare Magnum 46 dans les civettes.

 

Eric "Les Bons Tuyaux" Boschman 

05:37 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |