21 janvier 2009

Chez Botalcura

Changement de région, me voici dans le Maule, à 350km environ au Sud de Santiago.
Autre changement, par rapport à hier: la taille du domaine. Après le géant Errazuriz Ovalle, me voici chez Botalcura, un petit négociant original à plus d’un titre.
Tout d’abord, s’il s’est installé dans ce coin, ce n’est pas spécialement pour en vinifier les raisins, mais plutôt parce qu’un des propriétaires, Juan Fernando Waidele, y possède des terres. Car Botalcura, comme bon nombre de maisons chiliennes, va chercher des raisins un peu partout dans le pays. Ses sauvignons viennent le plus souvent de Casablanca, ses Chardonnays de la partie froide du Maule, ses Cabernets francs de Curico, ses Merlots du Maule, etc…

Botalcura

Botalcura (Photo H. Lalau)


Mais tel n’est pas le principal intérêt de cette cave, qui s’est fixée comme ligne de conduite l’originalité. Pour ce faire, Philippe Debrus, l’œnologue et co-propriétaire de Botalcura, achète les raisins de vieilles vignes oubliées, effectue des assemblages inusités, ou plante des cépages jamais vus au Chili (le Nebbiolo, par exemple).
Sauf peut-être pour son entrée de gamme (il faut bien vivre), il s’éloigne délibérément du côté fruit mûr si courant au Chili, ou encore l’expression variétale, pour emprunter des sentiers moins battus, la recherche de la minéralité, de la tension. Qu’importe si ses vins en choquent certains, qui avec une acidité marquée, qui avec des tannins robustes (comme dans le superbe Cayao 2003); ou encore, avec une texture si fluide et tant d'élégance qu’on les dirait européens. Au moins, on se rappelle de ces vins.
D’ailleurs, Botalcura n’est pas le seul à œuvrer dans ce sens. Je me suis laissé dire que chez Carmen, qui n’est pourtant pas une petite cave, on menait une réflexion assez proche. L’œnologue vient de changer, et la mise au point de vins plus personnels est à l’ordre du jour.
Mais c’est une autre histoire, que je vous conterai bientôt si vous êtes bien sages.


Hervé Lalau

01:15 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

18 janvier 2009

Lapostolle ou le meilleur des deux mondes

La Colchagua, c’est grand et c’est assez varié. Hier, sans conteste, c’est Lapostolle qui m’a le plus impressionné.
D’abord, il y a le site. Le lieu où la cave est implantée, Apalta, c’est un vaste amphithéatre, un plateau où les rangs de vignes tracent s’alignent comme à la parade. Orientées au sud, bien sûr, car dans cet hémisphère, et dans une région aussi chaude, c’est la meilleure façon de gagner un peu de fraîcheur. Mais les plus belles parcelles – des vieilles vignes, le plus souvent – partent à l’assaut des collines, où elles forment de jolies marquetteries, qui sont autant de micro-terroirs. Ce sont d’ailleurs ces vignes de coteaux, notamment celles de l’ouest, qui bénéficient de l’ombre de la montagne en fin d’après-midi, qui font de l’Apalta une zone propice à la qualité.

Lapostolle

Casa Lapostolle


Voici 11 ans, Alexandra Lapostolle (la famille du Grand Marnier), conseillée par Michel Rolland, décidait d’acheter le terrain et de planter. D’autres les ont imités, comme Montes. Les bons résultats obtenus dès le départ, ainsi que la notoriété internationale des investisseurs, font qu’Apalta est aujourd’hui ce qui ressemble le plus à la version chilienne d’un cru à l’Européenne.
La cave en elle-même est spectaculaire. Nichée sur une éminence rocheuse, au peu près a centre de l’amphithéatre, elle se signale de loin au visiteur, par de gigantesque morceaux de douelles qui semblent élever vers le ciel comme un tonneau imaginaire. Le domaine est entièrement biodynamique, et pour faire bonne mesure, la bâtisse suit les principes du feng shui. La cave, souterraine, s’enfonce sur plusieurs étages dans la roche, ce qui permet d’eploiter au mieux la gravité. Le chais est ultramoderne, mais sobre et fonctionnel, ce temple au dieu raisin a la simplicité du shinto. Notez qu’il ne sert que pour le top de la gamme, à savoir, le Clos Apalta.

Ah, j’oubliais, les vins sont grandioses de pureté. Au-delà du fruit – le plus bel argument de la majeure partie des vins chiliens, j’ai ressenti ici dans le verre la marque d’un véritable terroir. Il s’exprime notamment par de superbes minéralités, en rouge comme en blanc. Ajoutez-y une belle maîtrise du bois et des assemblages (nous avons pu goûter à la barrique les futurs Clos Apalta), et vous aurez une petite idée  de la qualité de ces produits de classe internationale. Qui plus est, la greffe franco-chilienne a bien pris, j’en veux pour preuve  la beauté des Carménères du Clos. Ou encore l’enthousiasme du jeune œnologue français, Jérôme Poisson, qui nous a reçu, et qui se passionne pour ce terroir.

Outre la dégustation, l’autre grand moment de la visite fut le déjeuner en plein air – brochettes de langoustines épicées, grillées à point, pavé de bœuf tendre comme le cœur d’une nonette, et pour finir, une glace aux fraises. Spécialité chilienne entre toutes (elles sont goûteuses à souhait).  Fraises…. accompagnées, bien sûr, d’un petit verre de Grand Marnier.
Le meilleur des deux mondes, je vous dis !

23:52 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |