24 décembre 2008

La Femme est l'avenir du vin

En cette veille de Noël, j'ai envie de pousser un petit coup de gueule pas très politiquement correct. Les âmes sensibles ne sont pas obligées de lire.

C'est à propos des associations de femmes du vin. On en trouve en France, en Espagne, en Italie, en Suisse, au Chili, à croire qu'elles pratiquent l'autofertilisation. Et il y a même une fédération qui rend des prix internationaux. N'allez pas croire que je suis contre les femmes, surtout! Ou alors, tout contre, comme disait Guitry.

 

Vigneronnes

La femme est aussi le passé du vin...

 

Non, ce qui m'insupporte, c'est plutôt ce besoin qu'elles ont de se mettre à part. Comme si leur identité sexuelle était l'étendard d'une qualité du produit.

Je me fiche du sexe du vigneron quand je bois son vin. Comme je me fiche de la couleur de sa peau ou de sa religion - à moins, bien sûr, que des interdits religieux n'influencent la qualité de son vin, mais c'est une autre histoire. Il y a des vins faits par des femmes qui me plaisent - Donnafugata, par exemple, ou Roc des Anges; d'autres pas. Quant à la notion de vin féminin, elle me fait doucement rire. C'est à peu près du même niveau que le fameux instinct de maternité. Demandez aux enfants de Geneviève Lhermitte ce qu'ils en pensent. Désolé, c'est facile, je sais qu'il y a de très bonnes mères, mais bon, il y en a d'autres aussi. Avec plus de 50% de la population, n'en déplaise à Ferrat, Renaud ou Aragon, il y a forcément du déchet dans le lot, et l'avenir de l'homme a bon dos. Puisque les femmes sont nos égales, je les traite en toute égalité. Les femmes politiques ne me plaisent pas plus que les hommes politiques, par exemple.

Pour moi, il y a derrière tout ça comme un relent de communautarisme. A quand l'association des blacks du vin? Ou celle des gays du vin? Celle des unijambistes du vin? Celle des machos du vin? En quoi cela intéresse-t-il le consommateur, à moins qu'on ne veuille qu'il achète le produit pour une mauvaise raison, l'appartenance à une quelconque minorité?

Et les cons du vin? Voila une association qui devrait prospérer. Imaginez un peu: des gens qui font un mauvais vin, mais qui ont une excuse: ils sont cons. Alors on doit quand même acheter leur vin, par solidarité, en quelque sorte. Parce qu'on est toujours le con de quelqu'un.

Moi par exemple, hier, je suis sûr que certains de mes petits camarades de dégustation m'ont pris pour un con. Je n'ai pas aimé un grand Champagne non dosé, et nettement oxydatif. Ce n'est pas l'idée que je me fais du Champagne. Alors con, je reste.

Bon, je vous l'avais dit, cette chronique n'est absolument pas politiquement correcte. Mais c'est ce que je pense. Ah, j'oubliais, je mangerai du foie gras, ce soir, n'en déplaise aux activistes animaliers.

Bon, je vous laisse, ma femme m'appelle.

11:58 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, sexe, gastronomie | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

A la table de Gérard Devos, ce Noël

Sommelier de formation, et aujourd’hui formateur de futurs sommeliers et personnels de salle, mais aussi chroniqueur pour divers médias spécialisés, Gérard Devos a été mis sous les feux de l’actualité, voici quelques mois, en recevant le Prix LANSON-FIJEV de la presse belge du vin, pour un article sur la Vallée de la Marne. C’est que Gérard, que je côtoie au sein des comités de dégustation d'In Vino Veritas, est un passionné de Champagne (entre autres). Il nous parle de son métier… et de sa sélection de vins de fête.

 

Gérard

Gérard Devos en action (Photo H. Lalau)



Quel a été ton parcours dans le vin ?

Il a commencé tôt ! A 8 ans, je découvre le vignoble de Bourgogne avec mon père, qui aime le vin, mais d’une manière plus pratique que théorique...  A 15 ans, je rentre à l'école hôtelière de Liège, et j’y suis pendant 4 ans les cours d'oenologie. Je fais partie d'un groupe d'étudiants qui dégustent souvent de bonnes bouteilles le midi, grâce à la cave de l'école – celle-ci regorgeait d'excellentes bouteilles du style Léoville Las Cases.
A 17 ans, je découvre le métier de sommelier avec des stages en France, à Nice et à Grasse. Cela me passionne. Je découvre aussi la Champagne - avec l'école, on est reçu par le Colonel Bonal au CIVC, puis on fait un repas avec accord mets et champagnes à la Briquetterie de Vinay. C'est là qu'a débuté ma véritable passion pour les bulles. Je n'imaginais pas une telle diversité dans ce type de vins.
A 20 ans, je travaille à "La Morgane", comme commis et sommelier. On me confie les achats et la gestion de la cave. Puis, en 1979 j'obtiens mon titre de professeur pour les cours d’Oenologie, Salle et Cuisine. Et dans la foulée, je  deviens professeur à l'école hôtelière de l'Institut Cardinal Mercier, à Waterloo. Depuis, je forme mes élèves en essayant de développer l'amour du bon, voire du meilleur.
Parallèlement, je rentre à la Gilde des Sommeliers de Belgique, et je commence à écrire quelques chroniques pour La Journée Vinicole, puis In Vino Veritas. En 1994, je reçois le titre de Maître Sommelier. Mais ce qui me fait au moins autant plaisir, c’est la même année,  Xavier Faber est mon premier élève à obtenir le titre de Meilleur Sommelier Junior.
 
Qu’est-ce qu’un bon sommelier, aujourd’hui ?

Quelqu’un qui a du caractère, de la passion et qui fait de son hobby un travail. Il doit être polyvalent, aimer son métier et avoir suffisamment de modestie pour savoir qu'on ne sait jamais. Avoir le sens du contact pour faire passer son amour et sa passion du vin ; et assez de curiosité pour ne pas acheter ses vins sur catalogue. Il doit aussi aimer la gastronomie pour bien connaître les produits (pas seulement le vin). Il doit être fonceur pour oser ce que les autres n'osent pas.
 
Parviens-tu à  faire passer votre passion pour le vin aux nouvelles générations? Qu'est ce qui différencie tes jeunes élèves des générations précédentes, en matière de vin?

Oui, on y arrive, même s’il y a la concurrence des energy drinks et des alcools forts – ça, ils connaissent. Mais de tout temps, il n'y a jamais eu qu'un ou deux élèves qui se passionnaient sur l'ensemble d'une classe. La seule différence c'est que maintenant ils ne veulent plus de théorie, il se contentent de la pratique. Cela crée un fossé. Le service est bon, mais ils connaissent moins les régions ou pays. Dans les dégustations, ils arrivent à mettre des qualificatifs sur les arômes et le goût, mais ils sont aussi capables de mettre Bordeaux en plein centre de la Bourgogne sur une carte.


Quel est le restaurant qui t'impressionne le plus pour sa carte des vins et son service de sommellerie, aujourd’hui?

Aïe, je ne vais pas me faire que des amis en devant choisir. Les grandes maisons offrent certainement des choix et des services impeccable. Il y a bien sûr l'incontournable Sea Grill, mais ce n'est pas le seul, j'aime beaucoup aussi l'Hostellerie Prieuré Saint-Géry, l'Essentiel et en Flandre Kasteel Withof. Pour le fun en style plus cool, le Pazzo à Anvers, chez Marie à Bruxelles et un petit truc bien sympa à Namur qui s'appelle "Les Coulisses".

Quel est le Champagne qui t'a le plus séduit, ces derniers temps?

La Noble cuvée 1998, de Lanson, je pense. Sublime en élégance et en finesse. Dans ce monde de "Brut", je le trouve très racé, raffiné mais avec un caractère qui lui accorde beaucoup de possibilités de convivialité gastronomique. Si je vais rechercher dans les autres millésimes plus anciens, j'aime beaucoup les Millésimés 1976 et 1989. S'ils sont diamétralement opposés, le style de la maison est en parfait parallélisme.

Quels seront les vins et les plats à ta table pour Noël et le Jour de l'An?


Pour les fêtes, mes choix sont très éclectiques. Lors du repas de Noël, une place est prévue pour des vins très jeunes entre 2005 et 2006 basé sur le fruit franc et direct pour les mises en bouche mais mon choix ne s'est pas encore arrêté. Avec l'entrée, j'hésite entre un Saint-Romain de chez Leflaive et un Riesling. Le plat principal verra sans doute une double apparition, française et chilienne; d'un côté un Léoville Las-Cases 1996 et de l’autre un Almaviva. Pour le dessert, la Noble Cuvée rosé de chez Lanson sera au centre de la table, ça c'est une certitude.  Pour le réveillon de l’An, je ne sais pas encore, j’essaierai sans doute quelques vins plus variés, un Irouléguy, un Sicilien,  des produits belges de Roisin aussi.
Pour le Jour de l'An, que du Champagne - là le choix n'est pas encore arrêté. Ce jour-là, je ne propose que des mises en bouche à la volée, selon l'humeur et la résistance de l'estomac.

                                                                            Propos recueillis par Hervé Lalau

07:28 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |