14 avril 2009

Autres temps, autres vins

Hier, j'étais invité à la fête des 50 ans de mon beau frère. Belge, médecin, il apprécie le vin mais sait garder la tête froide.

Les invités étant nombreux (une trentaine), un buffet nous était proposé, le repas s'achevant sur un gâteau au chocolat.

Deux vins ont été servis: un Crémant d'Alsace de Dopff au Moulin (très belle Cuvée Julien), et un cabernet sauvignon chilien de Concha y Toro, le Casillero Del Diablo 2007, un tantinet boisé, mais assez harmonieux.

 

C JuL SAG 3Mo

Dopff "Au Moulin", Cuvée Julien

 

Si je vous en parle, c'est parce que cela illustre bien les changements intervenus dans la consommation de vin. Il y aencore 10 ans, je suis certain que personne n'aurait osé, pour un tel événenement, déroger à la tradition du Champagne. Notez que je ne me plains pas du choix de mon beau-frère: ce Dopff-là vaut bien un bon Champagne, au diable les buveur d'étiquette!

Quant au Chilien, là encore, mettre un tel vin dans un repas d'anniversaire aurait semblé une incongruité il y a encore quelques années. Plus aujourd'hui, apparemment, et on comprend mieux le succès des produits andins dans la fourchette des 3 à 6 euros, où ils taillent des croupières, non seulement aux vins de pays et aux petites AOC de seconde zone, mais aussi au petits Bordeaux. Il y a dix ans, un petit Médoc aurait fait l'affaire. Aujourd'hui, un Chilien de la GD l'a remplacé.

 

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Casillero del Diablo

 

Je ne suis en rien nostalgique des terroirs classiques: j'aime les nouveaux horizons vineux. C'est juste que pour le même budget, j'aurais choisi des vins plus typés. Après le Crémant de Dopff - lui, je l'aurais gardé, ou à défaut une Cuvée Blanc de Noirs de la même maison, j'aurais sans doute ajouté un blanc sec pour aller avec les charcutailles et le saumon fumé (type Pouilly-Fumé, peut-être); et puis j'aurais sans doute proposé un Saumur-Champigny légèrement rafraîchi, pour rester dans la Loire; autre possibilité: tout au blanc d'Alsace, avec, apres le Crémant,  un riesling et un gewurz ou un pinot gris - il y avait des fromages forts.

Mais tout ça est très personnel, pour un repas de ce type, je préfère généralement rester dans une seule région, c'est une politique qui me convient. Mais c'est aussi une question d'invit"s. Pour un grand nombre de gens moyennement passionnés par le vin, on ne choisit sans doute pas les mêmes vins que pour un petit cercle d'initiés... Alors, outre le fait que je tien sà agrder de bonnes relations avec lui (et c'est mon médecin!) je ne jetterai pas la pierre à mon beau-frère pour ses choix.

Mon seul vrai regret, ce fut le café servi sur le gâteau. J'avoue qu'à ce moment là, un petit Maury, un Banyuls ou un Porto m'aurait bien plu. Quand je pense aux efforts du Roussillon pour faire découvrir les somptueux accords de ses vins avec le chocolat...

 

09:11 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 avril 2009

Rosés de coupage: les experts se prononcent

"Une écrasante majorité de Français (87%) est opposée au projet d'autorisation dans l'Union européenne de la fabrication de vin rosé en mélangeant du vin rouge et du vin blanc", selon un sondage Ifop paru ce dimanche dans Sud Ouest Dimanche et Midi Libre.
"Conséquence, même si ce vin est moins cher qu'un rosé traditionnel, seuls 14% des Français se déclarent prêts à l'acheter", ajoute l'Ifop.

Une question tout bête:

Les Français interrogés (dont on ignore s'ils boivent ou non du vin) savent-ils que le Champagne rosé est un rosé de coupage? Et si oui:

a) pourquoi en achètent-ils actuellement?

b) continueront-ils à en acheter?


Question subsidiaire: les Français savent-ils que le projet laisse aux IGT, AOC/AOP la liberté de conserver les règles d'élaboration actuelles du rosé?

Moralité: la réponse à ces deux questions étant plus que probablement négative, quelle valeur peut-on dès lors accorder à ce sondage?

Tiens, j'aurais bien aimé que l'IFOP demande aux Français ce qu'ils pensent de l'osmose inverse. De la chaptalisation (au dessus et en dessous des plafonds préfectoraux). Ou encore de la réacidification.

En tant qu'experts de la vinification des rosés, je suis sûr que les Français ont un avis autorisé.

PS. Et comme le dit notre ami gastronome Patrick Chazallet: "Si on avait interrogé le même échantillonnage il y a 2 mois en demandant comment était fait le vin rosé, on aurait eu 80 % de "vin blanc dans du vin rouge".


 

18:12 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |