08 avril 2009

Les dégustateurs professionnels ont bon dos

Les dégustateurs professionnels (dont je suis) n’ont pas bonne presse, ces temps-ci, aux Etats-Unis. Surtout depuis le «scandale» de la California State Fair Competition, révélé par nos confrères américains du Journal of Wine Economics.

Lors de ce concours, on a servi aux jurés le même vin à trois reprises. Et seul un juré sur 10 a été capable de le reconnaître, les neuf autres donnant des notes différentes au même vin. Pour le Journal, voilà qui jette un sérieux doute sur la valeur des médailles et sur la compétence des jurés. Même si l’on admet que l’ordre de service des vins influence l’analyse sensorielle,  c’est vrai que cela fait un peu désordre.

fiche OIV 6

La fiche de dégustation



Nos amis Américains sont très pragmatiques, mais aussi très changeants. Après s’être entichés de Robert Parker  ou du Wine Spectator, voilà qu’ils sont près de les renier. Pour un peu, ils passeraient d’un extrême à l’autre, d’une confiance aveugle, preuve d’un certain manque d’assurance, à une méfiance bornée.

Mais le problème est-il là? Personne n’a besoin de maître à penser, ni de maître à déguster, bien sûr. Mais personne ne peut non plus tout déguster. Aussi la presse vineuse a-t-elle son utilité. Pas sûr, cependant, que ce soit dans les concours qu’elle puisse le mieux exercer son activité.

Car quoi, le nombre de vins qu’on y sert est assez terrifiant. Et le niveau des dégustateurs, très variable. Qui plus est, ils  ne savent pas ce qu’ils dégustent, ni pendant, ni après, le plus souvent. Enfin, les vins ne sont pas représentatifs de l’offre. Rappelons que le producteur doit payer pour s’inscrire; entre 100 et 150 euros par échantillon, tout de même, n’oublions pas qu’il s’agit d’entreprises commerciales. Et puis, bon nombre de domaines connus ne s’inscrivent jamais - ils n'ont rien à y gagner.

Alors, baser la critique des critiques sur leur comportement lors de ces compétitions, c’est leur faire un mauvais procès. A tort ou à raison, ils y apportent leur caution morale, mais sont-ils toujours d’accord avec le palmarès final ? Bien sûr que non.

Je pense qu’on attend trop des dégustateurs. Trop d’objectivité, trop de technicité, trop d’inhumanité, finalement. Citons nos confrères David Cobbold et Sébastien Durand Vieil, d’Eccevino : «La dégustation n’est pas une science exacte. Elle passe par le corps et l’esprit, faisant appel à la mémoire et à des jugements esthétiques ; elle est un exercice subjectif et relatif. Cela veut dire qu’un avis est toujours propre à la personne qui signe la note, mais que cette personne possède un champ d’expérience lui permettant de relativiser son jugement, et notamment de situer un vin par rapport à ses pairs».

C’est ce que je pense aussi, et jusqu’à ce que l’on nous remplace par des machines, ou par des dégustations virtuelles de paramètres informatiques, ce sont les valeurs que je  défendrai.

09:30 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

06 avril 2009

Les Européens veulent connaître l'origine des aliments, Bruxelles rechigne

Alors que les consommateurs et une bonne partie des eurodéputés demandent plus de transparence sur l'origine géographique des produits alimentaires - des projets de directive vont dans ce sens, la Commission européenne rechigne, jugeant "inutile" de généraliser cette information. Par crainte du "patriotisme alimentaire".

Patriote ou pas, j'avoue que je préfère savoir si ma pizza surgelée est italienne ou... allemande (comme celle de Dr Oetker), mon yaourt à la Grecque... espagnol (comme celui de Danone), mon emmental... finlandais (comme celui de Valio). 

Pour certains, c'est très clair, pour d'autres moins (il faut se contenter parfois du code emballeur, qui ne dit rien sur l'origine des ingrédients). Et je ne vous parle pas des fabricants qui changent d'approvisionnement sans rien dire: ainsi, récemment, le lait à marque N°1 a changé de mains; de Danone, il est passé chez Lactel. Et la production, qui se faisait en France, est passée en Belgique. Ce n'est que du lait, bien sûr, et après tout, les vaches n'ont pas d'accent. Mais quand même, le consommateur est-il assez informé?

Bruxelles ne semble pas très motivé sur ce point.

Et le vin? Il n'est pas concerné directement par le projet de l'Union européenne, car il fait déjà partie des produits dont le pays d'origine doit être mentionné. Oui, mais quid demain des vins de coupages interrégionaux (comme les vins des Vignobles de France), ou intercommunautaires?

00:01 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |