10 mai 2009

Bouchon de liège or bouchon de plastique ?

Grand retour dominical (et en forme) de notre ami Eric Boschman, qui nous parle cette fois du bouchon.

"C’est, je crois, Raymond Devos, qui a dit un jour : «En voyage, je regarde la carte des vins, pour éviter les bouchons». A bon sang, qu’est ce que ce satané bouchon est devenu un «souci» en matière de pinard, ces dernières années. Et les solutions alternatives fleurissent comme la colchique, toutes plus efficaces les unes que les autres. Mais oui, mais non, hein. Faut voir les choses point par point. D’une part: est-ce vraiment grave ? La réponse est toute en nuance pour une fois dans mon chef. Grave ? Non! absolument pas. Ce n’est ni toxique, ni dangereux pour la santé. On risque moins en buvant un vin bouchonné qu’en mangeant certaines préparations culinaires même de très haut vol. Oui, mais d’autre part alors, pourquoi en faire tout un plat?

C’est un rien plus complexe, cette fois, comme réponse. A mon sens, on pourrait articuler la chose en trois niveaux. 1) la frustration 2) La déception 3) une certaine politique.

Maintenant que le décor est planté, reprenons les choses point par point.

La frustration se trouve majoritairement chez les producteurs. Et il faut bien reconnaître qu’ils ont un peu raison de gueuler. Il faut bosser environ 18 mois au bas mot pour produire une boutanche de pinard, ou pas loin. Entre la vigne, les vinifications et tout le toutim, faut quand même de l’énergie pour faire ce produit. Qu’il coûte 1,5 euros ou cent fois plus, c’est le même bordel. Donc, le gars qui voit son boulot foutu par terre par une saleté de cochonnerie en deux temps trois mouvements est en droit de gueuler un peu. Il faut peut-être expliquer que le goût de bouchon est dû à la présence de 2,4,6-trichloroanisole (TCA) ou dans quelques rares cas, à la présence de molécules similaires, également chlorées. Les vins bouchonnés présentent des concentrations moyennes en TCA de 8 nanogrammes par litre, mais, cette molécule est décelable dès 5 nanogrammes par litre, voir 2 ou 3 nanogrammes pour un nez entraîné. Comment cette belle chose se crée-t-elle ? On pense qu’il s’agit de la combinaison de molécules chlorées et de moisissures présentes dans les caves. Pourquoi cette petite merveille se  trouve dans le pinard ? Ca, c’est la question à trois milliards d’euros. Celui qui trouvera la solution va se faire des coucougnettes en platine massif. Mais c’est pas gagné pour l’instant. Parce que les solutions testées sont du genre nombreuses et parfois farfelues. Enfin, il y a de plus en plus de contrôles de qualités et ils semblerait qu’une décrue soit amorcée au niveau des « accidents ».

La déception: on la trouve du côté des consommateurs. Bon, faut être honnête et pas méprisant, ne le prenez pas mal, mais une grande majorité des consommateurs n’identifient pas le problème. C’est chiant, mais y à pas le choix, c’est un truc qui ne s’apprend pas dans les livres, il faut un peu de temps et d’expérience pour le trouver. Si en plus ce jour-là vous êtes un rien enrhumé, hop, vous passez à côté. Comble de bonheur, il y a des vins qui développent le goût de bouchon après quelques minutes d’ouverture. Donc, vous ouvrez la bouteille, elle paraît normale, vous la servez et vous ne torchez pas le verre tout de suite. Arghhhhh, au bout d’un moment, ça sent le liège comme on dit dans les trémies. Certes, c’est vrai, c’est décevant, parfois frustrant si c’est la dernière bouteille de la réserve. Mais c’est un truc naturel, faut arrêter d’hurler à la lune. C’est comme un bouton sur le pif. Personne n’aime en avoir un, surtout un soir de gala, mais on ne va pas se couper le nez à cause de ça, on vit avec.

Le dernier point est peut-être plus sensible, le côté politique de la chose. J’entends souvent des gens me dire que plus de 90 pour cent des vins de Nouvelle-Zélande sont fermés par des capsules à vis. Certes, c’est impressionnant, mais toute la production du pays des All Blacks ne représente même pas la production de la seule Champagne. Il faut donc remettre les choses à leur place, sur plus ou moins seize milliards de fermetures de bouteilles produites et utilisées dans le monde chaque année, on estime à plus ou moins trois milliards de bouchons synthétiques et à deux milliards les capsules à vis. Ce qui fait toujours une écrasante majorité en liège. Boris Vian disait que «la vérité n’est jamais du côté du plus grand nombre», certes, mais le liège est une solution qui offre encore, jusqu’à présent les meilleures solutions à long terme.

D’une part c’est 100% naturel et recyclable, même les déchets sont utilisables. D’autre part, cela maintient au travail un nombre important de gens non qualifiés tant dans les campagnes que dans les usines. Ce qui n’est pas à négliger dans les époques actuelles. Le problème politique est là, les producteurs du nouveau monde sont friands de ces nouveaux matériaux parce que ces pays ne produisent pas de liège. Point barre. Il n’y pas de raison technique déterminante. Lors du dernier Concours Mondial de Bruxelles, il y a quelques semaines, sur 6.500 échantillons, on a dénombré 1,78%  de vins bouchonnés. On est loin est des 10% statistiques annoncés par les producteurs d’alternatifs Il n’y vraiment pas de quoi gueuler, alors la réponse est claire, c’est bouchon dans les trémies, et on en reste là".

Eric Boschman

09:26 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

06 mai 2009

Tiens, des Bordeaux qui gagnent!

Cela se passait à Londres, hier. Eduardo Chatwick, le propriétaire de la bodega chilienne Errazuriz, avait réuni quelques chroniqueurs vineux britanniques de renom (Oz Clarke, Jancis Robinson, Tim Atkin, Jamie Goode...). Le but de la manip: rééditer le fameux "Jugement de Berlin" de 2004, où ses vins avaient éclipsé de grands Bordeaux. Une douzaine de vins au total étaient présentés aux dégustateurs.

Bis repetita non placet (de freins): cette fois-ci, Château Margaux 2005 et Château Lafite 2005 ont pris les deux premières places du classement, devant le Supertoscan Solaia.

Errazuriz, qui présentait trois de ses grandes cuvées dans les deux millésimes 2005 et 2006 (Viñedo Chadwick, Seña et Don Maximiano Founder’s Reserve) n'a eu quant à lui que des lots de consolation, à savoir les 4eme, 5eme, 6eme et 7eme places. Le dernier du classement, en 12ème position, donc, n'est autre qu'Opus One, seul Californien retenu pour cette confrontation.

On parlera sans doute moins de ce résultat dans les gazettes que si les deux Médocains avaient été écrasés par leurs rivaux, bien sûr - il faut bien vendre de la copie, et les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent pas grand monde. Mais nous qui nous moquons du tirage des magazines (c'est l'avantage des blogs), pouvons saluer le bon tour que Margaux et Lafite viennent de jouer au microcosme vineux chiléno-britannique.

 

 

18:51 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |