30 mai 2009

Trois nouvelles AOC


Le Comité national des vins, eaux-de-vie et autres boissons alcoolisées de l’INAO vient d'approuver les projets de cahiers des charges des AOC Bugey, Roussette du Bugey et Saint Pourçain (jusqu'ici VDQS). Logique: les VDQS doivent disparaître, le seul choix pour les producteurs est entre les contraintes de l'AOC et l'IGP.

L’AOC Bugey sera réservée aux vins tranquilles blancs, rouges et rosés et aux vins mousseux ou pétillants blancs et rosés. Le nom de l’appellation pourra être complété par les dénominations géographiques suivantes : «Manicle» pour les vins tranquilles blancs et rouges, «Montagnieu» pour les vins tranquilles rouges, les vins mousseux ou pétillants blancs et «Cerdon» pour les vins mousseux rosés de type aromatique.


L’AOC Roussette du Bugey, elle, sera réservée aux vins blancs tranquilles issus du seul cépage Altesse et pourra être complétée par les dénominations géographiques de «Montagnieu» ou «Virieu le Grand» pour les vins répondant aux conditions de production fixées dans le cahier des charges.

L'aire  commune aux 2 AOC (qui ne serait apparemment pas modifiée par rapport à celle des VDQS correspondants) est de 500 hectares environ, répartis entre 67 communes du département de l’Ain.

L'AOC Saint Pourçain, quant à elle, aura pour aire 600 hectares répartis entre 19 communes du Bourbonnais (et non d'Auvergne, comme on le lit parfois). Les cépages autorisés  seront Gamay et Pinot noir pour le rouge (50% de la  production), Gamay pour le rosé, Chardonnay et Tressallier our  le blanc (25% de la production chacun). La production actuelle varie entre 2,5 et 3 millions de bouteilles produites par an, dont une bonne part à la coopérative locale.

Ne reste plus aux trois nouveaux promus qu'à obtenir la signature ministérielle pour la publication au JO. La France compte à présent un peu plus de 470 appellations de vins.

18:44 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

27 mai 2009

Rosé ou rosi?

Hier se tenait à Bruxelles une conférence de presse avec comme thème «Rosé n’est pas jouer».  Les partisans de l’interdiction des rosés de coupages – pardon, des «vins rosis», comme ils disent – ont pu exprimer leur point de vue.

Si vous suivez ce blog, vous savez que je ne le partage pas.

Et cette conférence ne m’en aura pas vraiment rapproché.

Je n’apprécie pas que les tenants d’une méthode particulière – parmi d’autres – s’arrogent l’exclusivité d’un terme générique. c'est une nouvelle forme de protectionnisme, le protectionnisme lexical!

D’autre part, les «roséistes» jouent sur les mots. Ils refusent les coupages de vin blanc et de rouge pour les vins sans indication géographique et prétendent que leurs vins (d'appellation, le plus souvent) sont issus essentiellement de raisins à peau noire. Remarquez le mot "essentiellement". C’est qu’en Côtes de Provence, ainsi qu’à Tavel, les décrets d’appellation permettent d’utilier des raisins blancs à titre accessoire.

La différence avec les "rosis" de coupage: les "vrais rosés" n'assemblent pas des vins, mais des raisins. Et quand décide-t-on que du raisin est devenu vin? Quand il a cessé de fermenter. Et quand cesse-t-il officiellement de fermenter? Et bien, quand on l'a décidé... Subtilité.

Compte tentu de cette prétendue différence, les "roséistes" mettent d'ailleurs en avant "un profil olfactif tout à fait spécifique" par rapport au "rosi". Chiche! Lequel? Faisons une dégustation de 10 rosés et de 10 rosis, et identifions-les!
 
Vous me permettez aussi de rire gentiment à l’évocation que que ces "totalistaristes macérateurs" font de la préférence des consommateurs. Je vous ai déjà parlé du fameux sondage IFOP commandité par les Provençaux, et qui prouverait que les consommateurs français n’ont confiance que dans les rosés de macération. J’ai fait mon propre sondage autour de moi ; 9 personnes sur dix pensent que que le rosé est un assemblage de blanc et de rouge ! Les sondés ont-ils vraiment été spontanés dans leurs réponses?

Enfin, plus grave encore, le communiqué des «roséistes» finit en ces termes: «La filière demande un retrait pur et simple du projet et le maintien de l’interdiction du coupage»

Mais de qui se compose au juste cette «filière» ? De tout le secteur européen de production du rosé ?  Ou des seuls producteurs du canton de Puget-sur-Argens ? On nous dit que de nombreuses voies se sont élevées pour réclamer le maintien de l’interdiction. D’accord, mais pourquoi la France a-t-elle voté en faveur du projet de la Commission en première lecture ? Et quid des avis divergents ? Ceux de la Fédération Espagnole du Vin, notamment?
Tant de parti-pris – j’en rosis encore.

Quant aux relents antibruxellois, anti-européens, si opportunément mis en avant par les souverainistes de tout poil à quelques semaines des élections européennes, ils sont indignées d'une vraie démocratie: en l'ocurrence, le projet de la Commission n'a fait qu'entériner les souhaits des grouvernements! On relira à ce propos la tribune libre d'Alain Lamassoure, député européen.

Jouons franc jeu: macération, saignée, coupage, la technique a bon dos. Il y a des intérêts commerciaux derrière tout cela - notamment l'avenir des excédents de vin  blancs dans la communauté, qui pourraient, une fois "rosis", destabiliser le marché du rosé de bas de gamme - si si, même en macération, cela existe déjà.

Ca, c'est une préoccuppation compréhensible. Mais qu'on la dise, plutôt que de nous asséner des vérités coupées.

 

13:00 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |