05 juin 2009

Les adversaires du rosé de coupage s'en prennent à l'OIV

Dans une lettre ouverte à Mme Fischer-Boel qui énumère à nouveau ses griefs contre le rosé de coupage, l'Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) s'en prend avec véhémence à l'OIV.

Citons cette diatribe: "Le mélange blanc+rouge est «admis» par l’OIV (et non «recommandé»), il ne s’agit pas à proprement parler d’une pratique œnologique, puisque c’est un mélange de vins déjà vinifiés. L’article 3.5.3 de son Code International des Pratiques Œnologiques précise même que le coupage des vins sans IG est une « opération consistant à mélanger des vins différents […] pour élaborer des vins ayant le prix désiré ». C’est édifiant: Le Code de l’OIV ne peut être pris pour parole d’Evangile !
 
En ce sens, ce rosé de coloriage serait la porte ouverte à tous les mélanges sans distinction d’origine ou de provenance et à tous les maquillages par adjonction de colorants, d’aromates et d’édulcorants… pourvu qu’on obtienne « le prix désiré ».
 
Toutes ces innovations, courantes parmi les agro-industriels du «nouveau monde», poursuivent un double objectif : Il s’agit de réduire les coûts de fabrication à court terme… mais surtout aussi de standardiser le plus possible le goût du produit sur de très grandes quantités.
 
Du viticulteur, en passant par le négoce responsable, aux représentants politiques et professionnels des 70 Régions viticoles – de 16 pays d’Europe - constituant l’AREV, la mobilisation est totale, tous partis confondus, contre votre projet qui va immanquablement pénaliser les producteurs de rosé authentique et porter préjudice aux consommateurs comme à la réputation de la viticulture européenne. Un seul lobby est demandeur de cette pratique qui est une aberration en termes d’évolution des techniques d’élaboration, celui du grand négoce multinational, qui a déjà amplement inspiré toutes les dérégulations de votre réforme de l’OCM favorisant une viticulture industrielle.
 
Si vous ne voulez pas, au terme tout proche de votre mandat, être stigmatisée comme la Commissaire d’un seul lobby viticole et passer à la postérité comme l’initiatrice de l’industrialisation à outrance de l’agriculture européenne (vin, lait, clonage des animaux de ferme, OGM etc.), maintenez l’interdiction du coupage en retirant avant le 19 juin prochain cette pratique hérétique des nouvelles dispositions réglementaires et inscrivez dans le marbre que le vin rosé ne peut être obtenu qu’à partir de raisins produisant des vins rosés ou des vins rouges. Peut-être l’OIV pourra-t-il un jour s’aligner."


Je suis heureux de laisser aux "macérateurs" l'occasion de s'exprimer sur ce blog. Un journaliste digne de ce nom est toujours pluraliste.

Rappelons tout de même que la France est membre de l'OIV et ne peut donc s'affranchir de ses règles. Et que les représentants de la France à Bruxelles ont voté en première lecture la suppression de l'interdiction du rosé de coupage pour les vins sans appellation.

Mais surtout, posons à nouveau la seule question qui vaille pour le client final: à l'aveugle, le rosé de coupage est-il forcément moins bon? Le rosé de macération apporte-t-il vraiment un plus au consommateur, en termes de qualité?

Les dégustations à l'aveugle réalisées à ce jour n'ont pas apporté cette preuve.

Enfin, rappellons que les "macérateurs" ont le droit d'utiliser des raisins blancs pour élaborer du rosé, tant à Tavel qu'en Côtes de Provence, par exemple. Et ne s'en privent pas. Entre assembler des raisins et assembler des vins, la différence ne saute pas aux yeux pour le client lambda.

Sans parler de la Champagne, qui utilise le coupage pour ses rosés d'appellation.

Mais tout cela, vous le saviez déjà.

18:21 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Les raisins de la colère

Iris Rutz-Rudel (Domaine Lisson) vient de citer sur son blog un article fort intéressant de  Libération au sujet des pesticides dans le raisin. A se demander s'il vaut mieux, en France, dénoncer les problèmes ou ceux qui les dénoncent...

 

Traitements

Application de traitements dans un vignoble du Midi de la France (Photo H. Lalau)

 

Les raisins de la colère


"Souvent en matière d’environnement, on préfère péter le thermomètre plutôt que soigner la fièvre. C’est ce qu’est en train d’expérimenter le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (Mdrgf), association spécialisée dans les pesticides qui vient d’être assignée en justice par la Fédération nationale des producteurs de raisin de table (FNPRT) pour "dénigrement". Sa faute? Avoir dénoncé la présence de produits phytosanitaires dans des grappes de raisin.

A l’automne 2008, avec 5 ONG européennes, le Mdrgf a organisé des petites vendanges dans une quinzaine de supermarchés (Italie, France, Pays-Bas, Hongrie et Allemagne). Les 124 échantillons ont ensuite été analysés par un labo indépendant. Les résultats sont édifiants: 123 échantillons sur 124 présentaient des résidus de pesticides.

Un pourcentage impressionnant qu’il convient de modérer: c’est malheureux mais les traces de pesticides sont tolérées, à condition qu’elles se situent sous les limites maximales en résidus (LMR) fixées par Bruxelles. En l’occurrence, six échantillons du test seulement (4,8%) présentaient des traces supérieures à la LMR. Il faut savoir que ces LMR ont été révisées à la hausse en septembre 2008. Avec les anciennes normes, 37 échantillons, soit 30%, auraient été en dehors des clous. Mais c’est une autre histoire.

Sur les 25 échantillons de raisins achetés en France, 25 présentaient des traces de pesticides. Mais 4 seulement (16%) présentaient des traces jusqu’à 59 fois supérieures aux niveaux autorisés. Vendus en France mais cultivés en Italie, ces raisins détiennent le pompon de la pollution: deux grappes contenaient même de l’endosulfan, un pesticide interdit dans toute l'Union européenne qui provoque des dommages à long terme sur l'environnement et la santé. Un autre échantillon contenait du bromopropylate, interdit en Italie depuis 2007.

C’est plus la façon dont le Mdrgf a présenté ses résultats que les résultats eux-mêmes qui choque les producteurs de raisin. "L’enquête est malhonnête car les raisins français ne posent pas de problème: il est normal que nous trouvions des traces, tout dépend de leur niveau", confie René Reynard, le président de la FNPRT. Il trouve le pépin dur à avaler. "Faire passer l’ensemble de la profession pour des empoisonneurs, c’est comme si on traitait tous les conducteurs français de chauffards sous prétexte qu’il y en a sur les routes." La FNPRT réclame 500.000 euros de dommages et intérêts, pour le "préjudice moral" subi. Ce ne serait pas plutôt les viticulteurs qui saupoudrent leurs vignes de saloperies interdites qui jettent l'opprobre sur toute la profession? Décapiter le messager ne change rien au message.

Avec cette action en justice, Reynard veut dénoncer la cabale subie par l’ensemble des agriculteurs. "On nous accuse d’empoisonner les Français, mais le plus gros consommateur de pesticides, ce sont les collectivités locales, la SNCF et EDF." confie-t-il.

Là, je lui recommande chaudement de lever le pied sur le raisin pressé et de se plonger plutôt dans le rapport du Sénat sur les pesticides qui indique ceci: "L'agriculture est, de loin, le premier utilisateur de pesticides en France, puisqu'elle représente 90 % des utilisations totales. Le reste étant réparti entre les utilisations privatives, pour les jardins, 8 % du total, et les utilisations publiques, pour les espaces verts (entretien des espaces verts des collectivités locales, voiries, réseau SNCF, etc.)."

Laure Noualhat

 

Que ceux qui n'ont jamais vu le nuage bleu des traitements phyto dans la vigne jettent la première pierre au Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures. Mais les autres feraient bien de s'équiper de vêtements de protection: car les premières victimes des traitements sont ceux qui les appliquent sur le raisin...

06:59 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |