08 juin 2009

Le génie européen

Les 21 et 22 juin prochain, dans le cadre de Vinexpo, le Guide Bettane et Desseauve organise trois ateliers sur le thème du "génie européen" des vins.

Européen moi-même, mais d'un génie mineur, je me pose la question de savoir comment une telle affirmation sera reçue sur les autres continents.

Je me demande notamment comment mes amis Chiliens, qui font de leur mieux, ces dernières années, pour élaborer de vrais vins de terroir - je pense à Errazuriz, par exemple, ou encore aux pionniers de Casablanca, de Leyda ou de Bio-Bio.

Eux n'ont pas le génie européen, bien sûr. Alors leurs efforts sont-ils voués à l'échec? Ou leur faudra-t-il attendre encore 1000 ans? Importer des moines de Cîteaux? J'ai des doutes.

Grand Génie Européen, je voudrais faire deux voeux.

Donne du fruit à ce rosé du Languedoc que je n'arrive pas à terminer, et un peu de modestie à tes chroniqueurs vineux...

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

05 juin 2009

Les adversaires du rosé de coupage s'en prennent à l'OIV

Dans une lettre ouverte à Mme Fischer-Boel qui énumère à nouveau ses griefs contre le rosé de coupage, l'Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) s'en prend avec véhémence à l'OIV.

Citons cette diatribe: "Le mélange blanc+rouge est «admis» par l’OIV (et non «recommandé»), il ne s’agit pas à proprement parler d’une pratique œnologique, puisque c’est un mélange de vins déjà vinifiés. L’article 3.5.3 de son Code International des Pratiques Œnologiques précise même que le coupage des vins sans IG est une « opération consistant à mélanger des vins différents […] pour élaborer des vins ayant le prix désiré ». C’est édifiant: Le Code de l’OIV ne peut être pris pour parole d’Evangile !
 
En ce sens, ce rosé de coloriage serait la porte ouverte à tous les mélanges sans distinction d’origine ou de provenance et à tous les maquillages par adjonction de colorants, d’aromates et d’édulcorants… pourvu qu’on obtienne « le prix désiré ».
 
Toutes ces innovations, courantes parmi les agro-industriels du «nouveau monde», poursuivent un double objectif : Il s’agit de réduire les coûts de fabrication à court terme… mais surtout aussi de standardiser le plus possible le goût du produit sur de très grandes quantités.
 
Du viticulteur, en passant par le négoce responsable, aux représentants politiques et professionnels des 70 Régions viticoles – de 16 pays d’Europe - constituant l’AREV, la mobilisation est totale, tous partis confondus, contre votre projet qui va immanquablement pénaliser les producteurs de rosé authentique et porter préjudice aux consommateurs comme à la réputation de la viticulture européenne. Un seul lobby est demandeur de cette pratique qui est une aberration en termes d’évolution des techniques d’élaboration, celui du grand négoce multinational, qui a déjà amplement inspiré toutes les dérégulations de votre réforme de l’OCM favorisant une viticulture industrielle.
 
Si vous ne voulez pas, au terme tout proche de votre mandat, être stigmatisée comme la Commissaire d’un seul lobby viticole et passer à la postérité comme l’initiatrice de l’industrialisation à outrance de l’agriculture européenne (vin, lait, clonage des animaux de ferme, OGM etc.), maintenez l’interdiction du coupage en retirant avant le 19 juin prochain cette pratique hérétique des nouvelles dispositions réglementaires et inscrivez dans le marbre que le vin rosé ne peut être obtenu qu’à partir de raisins produisant des vins rosés ou des vins rouges. Peut-être l’OIV pourra-t-il un jour s’aligner."


Je suis heureux de laisser aux "macérateurs" l'occasion de s'exprimer sur ce blog. Un journaliste digne de ce nom est toujours pluraliste.

Rappelons tout de même que la France est membre de l'OIV et ne peut donc s'affranchir de ses règles. Et que les représentants de la France à Bruxelles ont voté en première lecture la suppression de l'interdiction du rosé de coupage pour les vins sans appellation.

Mais surtout, posons à nouveau la seule question qui vaille pour le client final: à l'aveugle, le rosé de coupage est-il forcément moins bon? Le rosé de macération apporte-t-il vraiment un plus au consommateur, en termes de qualité?

Les dégustations à l'aveugle réalisées à ce jour n'ont pas apporté cette preuve.

Enfin, rappellons que les "macérateurs" ont le droit d'utiliser des raisins blancs pour élaborer du rosé, tant à Tavel qu'en Côtes de Provence, par exemple. Et ne s'en privent pas. Entre assembler des raisins et assembler des vins, la différence ne saute pas aux yeux pour le client lambda.

Sans parler de la Champagne, qui utilise le coupage pour ses rosés d'appellation.

Mais tout cela, vous le saviez déjà.

18:21 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |