15 juin 2009

Olif et la RVF

C'est un scoop: Olif, mon confrère blogger du Blog d'Olif a acheté la dernière RVF. Et, même, il l'a lue!

Vous pouvez lire son commentaire sur http://www.leblogdolif.com

Ca déménage, comme on dit chez Fedex! Notamment quand Olif relève une certaine forme de condescendance de la RVF vis-à-vis des bloggers - comme ceux invités aux agapes vineuses des dernières Primeurs, par exemple.

Moi qui suis assis entre deux chaises, celle du journaliste de presse papier et celle du blogger assidu, je compte les points tout en essayant de garder mon équilibre instable. Notez bien qu'il m'étonnerait fort que la RVF daigne répondre à Olif. Question de standing.

Mais au risque de déplaire à mes confrères de la presse papier: Olif a raison. On ne reviendra jamais en arrière, la blogosphère a ouvert la critique vineuse bien au-delà des medias traditionnels. Rien ne sert de se draper dans un quelconque statut.

Nos commentaires ne sont pas forcément meilleurs parce qu'il sont imprimés, ni parce que nous avons une carte de presse. Il faut voir comment certains journalistes du vin en sont arrivés là! Passer de la rubrique politique ou des chiens écrasés à la critique des grands crus, oui, c'est possible. Mon confrère Alain Leygnier me racontait même il y a quelques semaines qu'en France, les gros bataillons de la critique vineuse étaient issus des purges anti-collaborationnistes des rédactions de l'après-guerre. Travail, Famille, Terroir...

Je me souviens encore avec délectation d'un commentaire de dégustation paru dans un journal très respectable, sous la plume d'un journaliste politique reconverti (mais comme c'est beaucoup plus récent, le Maréchal n'y est pour rien): "Nous avons pu déguster les meilleurs cépages d'Espagne, le tempranillo, la garnacha et la crianza".

En définitive, les seuls véritables atouts que nous avons, nous autres dégustateurs professionnels, sur les bloggers amateurs, c'est de pouvoir déguster souvent, de voyager, de pouvoir comparer, de nous former en travaillant, et sans payer nos bouteilles. Mais un mauvais palais reste un mauvais palais, une mauvaise plume reste une mauvaise plume, un con reste un con, oui, même avec beaucoup d'entraînement. Bref, à bas les faux dieux, les gourous, les maîtres à penser! Notez qu'il a aussi des bloggers pontifiants, personne n'a l'exclusivité de la vanité.

Moi aussi, à mes heures, je lis la RVF - j'ai même parcouru son dernier supplément Oenotourisme - assez léger, en vérité. Et j'en tire une belle phrase de Chapoutier qui dit en substance que "Comme on n'a pas besoin d'être gynécologue pour faire l'amour, on n'a pas besoin d'être oenologue pour apprécier le bon vin". Je complèterai: on n'a même pas besoin d'un Lalau pour savoir quel vin on aime.

N'y voyez aucune fausse modestie. Juste du respect pour le goût des autres.

 

 

09:13 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

14 juin 2009

Ne tirez pas sur l’œnologue !

Rares sont les gens sérieux qui oseraient mettre en doute les acquis de l’œnologie. Mais quid de sa finalité ? Cherche-t-on à faire des vins loyaux ou des vins normés ? Des vins sans défaut ou des vins boostés ? Les œnologues sont-ils de bons techniciens ou de mauvais génies?

Nature cruelle

Je sors d’une dégustation de vins «nature». Voilà des gens qui pensent pouvoir se passer d’une bonne partie des enseignements de l’œnologie. Des gens qui ne souffrent pas le soufre, pas plus que la chaptalisation. Qui refusent les levures sélectionnées.
L’intention est louable. Comme Rousseau vantait l’homme revenu à l’état de Nature, ils vantent des vins à l’état de Nature. Mais la Nature est cruelle. Parfois, les fermentations ne démarrent pas bien; parfois, elles s’arrêtent à mi-course. Et faute d’une hygiène parfaite (œnologique !), certains vins ont de drôles de goûts. L’oxydation rode, les brettanomyces aussi. Pomme blette et sueur de cheval, la nature à l’état brut!
Avec les autres dégustateurs, nous nous regardons, désemparés: impossible de reconnaître l’origine de la plupart des vins et même leur cépage. Comme si le mode d’élaboration avait gommé toute typicité. N’est-ce pas ce que l’on reproche justement aux partisans du «tout œnologique»?
Combien de fois ai-je entendu des oenophiles pester contre les levures de labo «qui  finiront par faire que tous les vins se ressemblent». On encore : «Avec telle ou telle souche, c’est banane ou framboise». Ce genre de conversation finit toujours de la même façon : «le vin est une chose trop sérieuse pour être laissée aux œnologues». Je répondrai avec malice et sans oxydation: «C’est réducteur» !

Œnologue à tout faire

L’an dernier, aux Sélections de Québec, un œnologue bordelais se confie à moi : «Je viens d’être appelé à conseiller la nouvelle propriété d’un riche industriel. Il a des ambitions. Je lui demande: quel type de vins souhaitez-vous produire? Il me répond : des vins qui décrochent plus de 90 chez Parker». Un autre travaille en vallée du Rhône. Un de ses clients vient de s’acheter un beau domaine à Châteauneuf-du-Pape. Mon œnologue lui demande là aussi le type de vins qu’il aimerait produire :  «Des vins très fluides, élégants, tout en légèreté…». Comment convaincre son client que Châteauneuf n’est pas le terroir le plus adapté pour ce type de vin ?
Bref, pris qu’ils sont entre les modes du vin et l’évolution des techniques, le rôle des œnologues est ingrat. On attend trop d’eux. Les années 70 ont vu la science résoudre les problèmes les plus criants qui se posaient au vin ; à tel point que certains d’entre eux –comme la casse ferrique– sont  inconnus des jeunes consommateurs. Est-ce à dire que les sorciers en blouse blanche vont faire de vins à gros rendements de véritables grands crus ? Non, mon Canon !

Du bois dont on fait les vins

Mes compétences en œnologie ne dépassent guère celles d’un honnête utilisateur. J’apprécie un vin propre, fidèle à l’idée que je me fais de son terroir, ou au moins à son cépage, pour les produits plus simples. C’est comme pour mon break. J’aime que le moteur tourne rond, mais je n’ouvre pas le capot chaque matin. Et même si je n’ai rien à redire au travail de mon garagiste, je ne l’invite pas à déjeuner chez moi.

Vitisphère consacrait voici quelques semaines un dossier au bois, sous l’angle économico-commercial.
J’y ajouterai mon grain de sel: la mode consistant à boiser de petits vins pour singer les grands crus a abouti à des aberrations. Faute de capital, les barriques utilisées étaient souvent  médiocres, et on ne pouvait les renouveler assez vite. Le résultat était mauvais. Pour ce type de produits, où le prix final ne permet pas d’intégrer le coût d’une bonne barrique, il vaut certainement mieux recourir aux copeaux.
Pour les autres aspects traités, j’avoue mon ignorance. Les biogènes ne font pas partie de mon cercle d’amines. Pas plus que les enzymes stabilisantes de couleur. La gestion de l’oxygène m’intéresse moins que celle de mon fond de cave.

En conclusion

Comme tout amoureux du vin, j’ai parfois peur que la technologie prenne le pas sur la l’authenticité. Mais les oenologues ont bon dos. Combien de vignerons de renom ont dû leur succès à une recette transmise de père en fils ou découverte plus ou moins par hasard, avant de tomber dans le domaine public de l’œnologie? Le microbullage, au départ, c’est de  la science, ou de l’empirisme?

Hervé Lalau

(Extrait d'une chronique parue sur www.vitisphere.com)

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |