13 juillet 2009

Authentiquement vôtre

"Qu'est-ce qui est le plus rare aujourd'hui dans le vin? Une caisse de Le Pin? Une caisse de magnums de Le Pin? Deux caisses de magnums de Le Pin? Non, bien que rares seraient ceux d'entre nous qui les refuseraient si elles leurs étaient offertes. La chose la plus rare dans le vin est toute simple: c'est son authenticité".

Ces lignes, elles ne sont pas de moi, elles sont de Hugh Johnson, et elles figurent en préembule de l'édition 2009 de son fameux Guide des Vins du Monde Entier (17,5 euros chez Flammarion, même pas le prix d'un dé à coudre de Le Pin).

On peut penser ce que l'on veut des Anglais, mais pour mettre le doigt là où ça fait vraiment mal, ils sont imbattables.

Qu'est-ce qu'un vin authentique? Un vin qui a de la personnalité? Quelle personnalité? Dans certains coins de Toscane, je l'ai vu, cela tient plus au clone de cabernet sauvignon utilisé et au savoir-faire du tonnelier, qu'à tout autre facteur. Et qu'on ne me parle pas de tradition! Peut-être que dans 250 ans, Bolgheri sera perçu comme la Mecque du cabernet? Après tout, le cépage du Muscadet, le Melon, vient bien de Bourgogne... où on ne le trouve plus. Les climats changent, les hommes bougent, les traditions meurent et naissent.

L'authenticité est-elle liée à la technologie, ou plutôt, à l'absence de technologie? Pas évident: j'ai dégusté des vins dits naturels qui, bien que vinifiés avec le moins d'intervention possible, présentaient un niveau de personnalité proche de zéro - l'effet terroir étant tout à fait gommé par la vinif - car même l'absence d'intervention, c'est déjà une intervention.

"Terroir", le mot est lâché! Mettons lui tout de suite sa laisse et rentrons-le dans sa niche, car il veut tout dire et son contraire. Et puis, on l'invoque à tout bout de champ - pardon, de vigne.

Sa définition n'est pas très claire, elle non plus. J'ai eu à ce propos des discussions épiques avec mon confrère et ami Marc Vanhellemont. J'en tenais pour la définition large du mot, qui englobe sols, climats et l'élément humain, notamment les pratiques viticoles. Lui en tient pour la définition stricte, sans l'élément humain. A la réflexion, je crois qu'il a raison. Même si c'est l'homme qui met le terroir en valeur, il préexiste à l'homme. Et puis, sauf à devenir président de syndicat d'AOC (ce qui nécessite certainement un grand sens du consensus et même une formation qui doit s'apparenter au lavage de cerveau), qui pourrait expliquer qu'un même terroir, dont l'élément humain serait partie intégrante, donne des vins de qualité si disparate, des vins de caractère d'un côté, des vins sans aucun charme de l'autre. Prenez l'AOC Corbières, par exemple. Qui pourrait honnêtement recommander à un ami d'acheter un Corbières sur la seule foi de la présence du mot Corbières sur l'étiquette? "Tu verras, il est très Corbières". Et toi, tu es bien crédule! La Cuvée Romain Pauc, de la Voulte Gasparets, est-elle plus Corbières que la cuvée de base de la Coop de Gruissan? Il parait qu'il y a au moins une dizaine de terroirts en Corbières. Et malgré ça, sur Alaric, on trouve un Mansenoble et beaucoup de mansepiquettes.

Bref, le terroir a bon dos, il peut justifier les erreurs comme les réussites; il y a bien des années, on considérait pas mal de faux goûts comme la marque du terroir - regardons les vieux ouvrages, les notes d'écuries étaient prétendument consubstanciels à quelques grands crus. Aujourd'hui, cela s'appelle des brettanomyces, et ce n'est pas particulièrement bienvenu dans les chais, sauf peut-être pour quelques allumés qui considèrent que la Providence fait le vin toute seule.

Je connais même des vignerons - enfin, des communicants, plutôt - qui voudraient faire passer le goût de poivron pour l'expression d'un terroir. Ce terroir doit être particulièrement vaste, car on le retrouve à Bordeaux, en Loire et même au Chili; les cépages varient (cabernet sauvignon, cabernet franc, carménère), les sols et les climats aussi, le goût reste. Et finalement, la seule constante, c'est une vendange trop précoce.

Je pourrais continuer longtemps comme ça. D'ailleurs, je n'ai toujours pas défini l'authentique. Peut-être que c'est ce qui reste quand on a enlevé tout le reste.

Alors, il y a du boulot! Je vous le laisse, car moi, je suis en vacances, et la piscine m'attend.

 

 

 

09:19 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, tradition, authenticite | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

11 juillet 2009

A wine blog: what for?

Pour ceux qui apprécient l'anglais, voici mes réponses à un questionnaire sur les blogs de vin, rédigé dans cette langue. Rien de révolutionnaire ni d'inédit, j'en ai bien peur, mais ceux qui souhaiteraient sauter le pas y trouveront peut-être matière à réflexion. Evidemment, à chacun son approche du blog...

When I created my blog, my aim was to be able to share my thoughts on wine, and also to publish articles or summaries more rapidly than a magazine can.

I dedicate roughly two hours a day to my blog. I update it everyday, except when I am on a wine trip.

My average of visitors is 500 a day. I don’t have a counter for pages.

My blog’s readership is composed of colleagues journalists, importers, producers or wine lovers.
There are readers from France, Belgium, Switzerland, Luxembourg, Spain and Italy, mainly, plus a small amount of readers from the UK, Denmark and the Netherlands.

The originality of my blogs derives from my work. It is a reflection of my personality: I am interested in wine as a product, and as a market, so I write about both. I also try not to take myself too seriously, so you will often find some humour in my posts.

I believe blogs are a real revolution in the wine world: information is circulating more rapidly, more freely, also. They are a complement to the magazines and sites on wine, as they are usually more personal in their approach to wine.
Blogs also allow information from other countries to circulate, which would otherwise be blocked: no all the press communiqués are translated in all languages; a good blogger can do that for no cost, just for the sake of information.

People feel what is written on blogs is more sincere. There are less or no commercial ties, since there is no cost for publication.

I think paper magazines can cohabitate with blogs. Some quote blogs, as well as blogs quote magazines. Some magazines have even developed their own blogs (in Belgium, for instance, In Vino Veritas does), which allows them to respond more quickly to their readers, maintain a closer link with them. Others encourage their writers to create their own blogs, also.

If blogs frighten the paper press, this is because the paper press is too dependent on the producers’ money. Nobody ever said that the people in wine clubs, who share opinions on wine, frighten the wine press – blogs are just another, more modern media for people to express and share their thoughts, no more.

16:40 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |