18 août 2009

Sauvignons blancs et blancs d'Afrique

Me voici à Durbanville, une dénomination plus fraîche que Stellenbosch, et réputée pour ses sauvignons et ses merlots. La preuve par l’exemple chez Diemersdal.

La famille Louw, qui gère le domaine et son superbe ensemble d’architecture hollandaise, a pris conscience du potentiel de ses micro-terroirs, et a développé toute une gamme de sauvignons bien identifiables. A ceux qui débâtent encore de la noblesse de ce cépage et de ses capacités en tant que révélateur de terroir, je conseille un visite ici ; une dégustation comparée du Single Vineyard, sur les fruits de la passion, et du Eight Rows (huit rangs plantés sur des sols de granite décomposés), à la fois floral et salin, vaut mieux qu’un long discours.
Les Louw aiment leurs sauvignons bien mûrs, dans un style plutôt tropical, et non végétal, grassy, à la Néozélandaise.
Un de leurs sauvignons va cependant un peu dans cette direction, mais il vient d’un autre vignoble, hors de Burbanville : celui de Lambert’s Bay, au nord du Cap, sur l’Atlantique.
Leur Sir Lambert présente un soupçon d’asperges au nez, mais la bouche étonne par sa minéralité et sn côté iodé.

Voici quelques semaines  à peine, les parents Louw ont été victimes chez eux d’une attaque en règle par une bande de brigands armés de machettes ; frappés, ligotés, menacés, ils ont été soulagés de tous leurs biens de valeur ; depuis, me dit leur fils, la police ne semble pas avoir été d’une grande efficacité dans ses recherches. Beaucoup d’Afrikaners  se plaignent de  la détérioration du climat social et politique au Cap, région longtemps protégée de ce genre d’attaques. Certains se sont aussi vu exproprier de leurs fermes. Le fossé entre les communautés, qu’on espérait voir se réduire, comme la belle image d’une société Arc en Ciel le voudrait, semble au contraire s’élargir. Au ressentiment des Noirs traités comme des citoyens de seconde zone, pendant toute la période de l’Apartheid, s’ajoute maintenant la peur des Blancs de devoir subit une situation comparable à celle qui s’est installée au Zimbabwe.

Je vous épargnerai mes digressions politico-raciales, d’autant que je n’ai aucun repère sur la vie sud-africaine. Si j’évoque ce sujet, c’est pour vous dire que bon nombre de Sud-Africains blancs quittent le pays, inquiets de cette violence généralisée et apparemment souvent impunie, dont certains viennent à penser qu’elle fait partie d’une complot destiné à les déposséder.
Ceci pose en tout cas le problème de la pérennité des la viticulture sud-africaine, toujours dans les mains des Blancs, majoritairement, et alors que peu de Noirs sont encore à même de prendre le relais.

17:40 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

10 août 2009

A la garde!

Ca fait longtemps qu'on n'a pas lancé une jolie polémique dans le domaine de la dégustation, non? Alors, je me dévoue.

Dans le dernier numéro de la RVF, mon confrère Jean-Emmanuel Simond (que je n'ai pas l'honneur de connaître), établit un classement des 100 meilleurs rouges du Languedoc. On peut discuter ses choix, il discuterait certainement les miens, et c'est bien mieux ainsi pour la diversité d'opinion comme pour la diversité des vins.

Mais ce n'est pas ça qui, pour moi, vaut une polémique. C'est quand il dit (je cite): "Seule la garde permet d'apprécier l'évolution du travail des producteurs".

 

Garde
Vins de garde, ou vins de musée?

 

 

Je m'oppose tout d'abord à l'idée que seuls les vins qui durent sont de grands vins. C'était peut-être vrai pour une autre génération; mais pour moi, certains jeunes vins sont trop séduisants pour qu'on ait l'idée saugrenue d'attendre ce qu'ils pourraient devenir plutôt que de les ouvrir. "Echangerais une femme de 40 ans contre 2 de 20", comme disait le regretté Pierre Dac. Je ne suis ni collectionneur, ni nécrophile, juste oenophile. Si j'ai tant de mal à émettre des jugements sur les vins vendus en primeurs, ce n'est pas pour encenser les vins de musée non plus...

D'autre part, la capacité de vieillissement d'un vin au sein de la production d'un même domaine, suivant les années, est très aléatoire. Bon ou mauvais vigneron, le climat joue beaucoup trop pour qu'on puisse juger de la valeur du travail accompli, simplement en fonction de cet élément.

Le vigneron fait avec ce que la nature lui donne (enfin, espérons le, sinon, autant donner des étoiles aux inventeurs de l'osmose inverse ou des levures aromatiques). Et par voie de conséquence, les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas.

Surtout, la teneur en acidité et en tannins des vins ne se décrète pas - et ce sont surtout ces deux éléments qui décident de la garde des vins.

Et quand bien même le vigneron réacidifierait-il et extrairait-il plus de tannins (à moins qu'il ne copeaute), cela rsiquerait fort de déséquilibrer son vin.

Libre à vous de me contredire, bien sûr...

 

00:35 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, conservation | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |