04 septembre 2009

Un blog à découvrir: celui de Quentin Sadler

A ceux qui aiment la langue de Shakespeare et les idées originales, je conseille la lecture de cette chronique de Quentin Sadler, Wine Educator de son état.


http://quentinsadler.wordpress.com/2009/09/04/nothing-but...

 

Le vin doit rester une fête des sens, plutôt qu'un exercice intellectuel. La perfection n'est pas de ce monde, et si elle existait dans le vin, en boire tous les jours me lasserait...

11:58 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

03 septembre 2009

La main de ma sœur dans la vendange du zouave

Les vendanges ont commencé! Manuelles ou mécaniques? Plus de trente ans après l’introduction des premières machines à vendanger en Europe, la question garde une connotation polémique. Il y a les pros et les antis. La tradition et le modernisme s’affrontent dans bien des domaines. En chaque Français, il y a un Gaulois qui sommeille, et c’était tellement mieux avant, quand on sabrait les amphores…

Pourtant, personne ne remet en question l’intérêt du sécateur pneumatique pour la taille (les  paumes apprécient). Mais la machine à vendanger, ça ne passe pas. Sans doute la symbolique de la main qui travaille et qui nourrit, allez savoir?


Pas pour tous les terrains


Au delà de la querelle des Anciens et des Modernes, il faut admettre que les détracteurs de la mécanisation n’ont pas toujours tort. En zones très pentues, les machines ne font pas l’affaire. Autre facteur contraignant : l’espacement des rangs – des largeurs trop faibles ne conviennent pas, pas plus que des rangs trop courts qui ne permettent pas aux machines de tourner (en terrasse, par exemple).  Il faut aussi renforcer le palissage, qui a tendance à souffrir avec les vendangeuses mécaniques. Et bien préparer les vignes avant le passage de la machine, en pratiquant le cas échéant un effeuillage.
Mais aussi, que de progrès accomplis depuis les premiers modèles ! Bon nombre des critiques formulées au départ («quel massacre, les raisins souffrent!» ; ou «quelle perte!») ne tiennent plus la route. Avec les modèles équipés de capteurs et de correcteurs d’assiette, la perte ne dépasse plus guère les 5%. Et encore faut-il comparer ce qui est comparable ; plus rapide, la vendange mécanique permet aussi plus facilement de «passer entre les gouttes», et donc, souvent, de s’assurer une vendange globalement plus saine. A moins, bien sûr, d’avoir les moyens de maintenir à disposition des bataillons de vendangeurs, dans l’attente du bon moment. Ce que seuls quelques grands châteaux peuvent se payer. Là où ils sont installés, les règlements des AOC ne permettent généralement pas la vendange mécanique, ce qui tranche la question. A noter cependant que cette interdiction n'est pas un gage de qualité; toute la Champagne est en vendange manuelle, de même que tout le Beaujolais...


Qualité, intégrité


Quand à la qualité de raisins, ou plutôt, soyons précis, leur intégrité, notons que les machines modernes sont équipées de trieuses qui permettent d’éliminer les composants indésirables de la vendange.  Au delà, pas d’illusion : une vendange mal faite peut gâcher une récolte, mais si le raisin de départ n’est pas bon, qu’importe la méthode de ramassage.
J’ai déjà souvent eu l’occasion de comparer les vins d’une même vigne passés dans différents types de barrique ; jamais les vins d’une même vigne vendangés à la main et à la machine – ce serait là le meilleur moyen de se faire une opinion.


Reste l’argument marketing. Sur certaines étiquettes, ou dans certains communiqués de presse, on lit toujours la mention «Vendanges Manuelles».  «Aucun rapport avec la main d’œuvre portugaise !», précise mon copain Eric, qui vit avec une farouche Lusitanienne. On voit aussi parfois «Récolté à la main», ou même, pour les plus cosmopolites, «Hand picked».
Le plus drôle, c’est de se retrouver au milieu de 4000 hectares  de vignoble chilien, et de s’entendre dire qu’on pratique le «hand picking».  Le même responsable me confie ensuite qu’il assemble la récolte du lieu et celle de vignes situées à 600 km de là, livrée en 8 à 10  heures par camions frigorifiques.  L’argument «tradition» en prend un coup.

Je ne lui ai pas demandé d’où venaient ses vendangeurs. Sans doute du Pérou, où le niveau de vie est plus bas. Mais ça me fait penser que la mécanisation est aussi le moyen de pallier un manque cruel de main d’œuvre qualifiée. En Europe, l’exode rural a dépeuplé les campagnes, les gentils étudiants qui venaient encore dans les années 80 se casser le dos sous la hotte ont trouvé d’autres moyens de se faire de l’oseille, ou bien les nouvelles générations ont-ils les reins plus fragiles ; même les gentils Portugais viennent moins, on recourt maintenant souvent à une main d’œuvre plus lointaine. Il n’est pas toujours évident de la former – certains n’ont aucune expérience de la vigne dans leur pays d’origine.  Les meilleurs sont très demandés. Et puis, il y a l’Inspection du Travail, de plus en plus sévère.


Tous comptes faits


En moyenne, à surface égale, la location d’une machine revient deux fois moins cher que la main d’œuvre humaine. Seule une qualité supérieure du produit fini peut donc justifier  de garder des vendangeurs. Toute autre considération (la noblesse de la main de l’homme, face à la force brute de la machine) me semble relever de la philosophie (niveau bac), plus que de la viticulture.


Association d’idées, je repense au débat sur les caisses automatiques dans les grandes surfaces (le self-scanning). Personne n’en veut, ni les clients, ni les patrons ; et pourtant, elles se multiplient. Tout le monde vous dit préférer le contact humain (si c’est pas socialement correct, tout ça !)..  Mais franchement, à la caisse de mon hyper, le contact humain…


Hervé Lalau

 

07:23 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |