12 septembre 2009

Une visite chez Franc Mayne

Me voici à Saint Emilion; et plus précisément, au Château Franc Mayne, propriété bien connue des Belges, puisque un temps dans les mains de la famille Fourcroy, et aujourd’hui propriété de Griet Van Malderen et Hervé Laviale.
La propriété a bénéficié d’investissements très importants, tant dans le vignoble (90% de merlot pout 10% de cabernet franc) qu’à la cuverie. Dernière arrivée en date : une « tri-baies », une machine allemande qui, avant la table de tri, permet de mesurer le sucre de chaque baie et d’éliminer ainsi celles qui n’ont pas la maturité voulue. Quasi indispensable  sur une vendange mécanique (comme au Château de Lussac, autre propriété de la famille), mais également utile pour les perfectionnistes sur une vendange manuelle comme à Franc Mayne.

chateau-franc-mayne-2_02

Outre sept hectares de vignobles sur un coteau argilo-calcaire au nord-ouest de l’appellation, et un château hôtel de charme, Franc-Mayne, c’est aussi un extraordinaire réseau de caves creusées dans la colline (deux hectares de galeries !).

C’est à l’entrée de ces « catacombes vineuses » (bien plus sympathiques) que j’ai dégusté  quatre vins de la propriété : Franc Mayne 2004 et 2005, et son second vin, « Les Cèdres », dans les mêmes millésimes. Le premier, élevé entre 14 et 18 mois en barrique, est produit à raison de 24.000 bouteilles par an ; le second, élevé entre 12 et 14 mois, est produit  à raison  de 6000 cols par an.

Les Cèdres de Franc Mayne 2004


Un vin un peu serré, aux tannins fins, bien fondus. Pas une grosse matière, mais un beau travail de vinification ? 100% merlot. *

Les Cèdres de Franc Mayne 2005

Dès le premier nez, on est dans le fruit rouge bien mûr, et l’impression se poursuit en bouche ; la matière est riche, mais doit encore absorber le bois – ce qu’elle fera assez vite, n’en doutons pas. Finale sur les groseilles bien juteuses, agrémentés de notes grillées. 100% merlot.  **(*)

Franc Mayne 2004


Très beau nez de sous bois, petites notes de prune à l’alcool ; bouche suave à l’attaque, mais les tannins assèchent un peu. Un petite manque de maturité.*(*)

Franc Mayne 2005
Superbe nez de griottes et de framboises bien mûres, la bouche reste fraîche malgré une grosse matière ; le vin se balance tel un funambule entre l’élégance et la puissance. Grand vin. ***(*)

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

10 septembre 2009

Oenotourisme, ou schizophrénie ?

Quel beau programme que de faire (re)découvrir aux touristes les charmes du vignoble! Mais ne lâchons pas la proie pour l‘ombre. La finalité d’un domaine viticole, ce n’est pas de recevoir des familles en mal de ruralité authentique: c’est de faire du vin, et même du bon, qui se vend. Le reste, c’est bien, mais c’est en plus.


Pour quoi faire, au juste ?


Gouverner, bien sûr, c’est l’art du compromis. Mais installer, comme en France, un Haut Conseil de l’Oenotourisme, tout en diabolisant la consommation du vin, ce n’est plus du compromis, c’est de la schizophrénie. Comme si la main droite refusait de voir ce que fait la main gauche. Excusez mon angélisme, mais je ne voudrais pas que l’oenotourisme soit au vin ce que le tourisme industriel a été au charbon. Mes gosses ont visité deux fois une mine, avec leur école; ça ne ressuscitera pas les Charbonnages de France.
Oenotourisme, disions nous. Déjà, je n’aime pas le mot. Quelle idée d’avoir ainsi greffé un mot du grec ancien (oinos) sur un mot anglais (tourism) datant de 1811? Un Enarque n’aurait pas fait mieux. Et puis surtout, amis vignerons, est-ce que ça vous parle? Avez-vous une idée concrète de ce que ça recouvre? En quoi ça consiste?

Poser des jolis panneaux? Repeindre votre grange? Refaire vos toilettes? Vous mettre aux normes électriques? Ajouter un accès pour les handicapés à votre cave?  Improviser un musée du sécateur?
Mais au fait, voulez-vous vraiment accueillir des gens chez vous? Quelle augmentation de chiffre d’affaires en attendez-vous? Comptez-vous faire tout ça tout seul dans votre coin, ou bien vous inscrire dans une démarche commune, une route des vins, un circuit, une charte de l’accueil. Et si oui, combien ça coûte?


Le mot et la chose


Au-delà du mot, personne ne peut mettre en doute l’intérêt de la chose. Sauf ceux qui n’ont rien à vendre, bien sûr ! Si tant de châteaux du Bordelais sont fermés au public, c’est que leur vin est déjà vendu via le négoce. Pourquoi dépenser en personnel, en structures d’accueil, en formation, quand on sait qu’on ne vendra pas une bouteille de plus? Dommage quand même, car ces grands châteaux pourraient être de belles vitrines.
L’oenotourisme, ça ne s’improvise pas. Ca se budgète. Qui dit bon vigneron ne dit pas forcément  bon «accueillant». On peut bien sûr engager un(e) BTS tourisme, à condition qu’il ou elle soit réceptif au vin. Mais cela suppose une structure déjà importante, un potentiel de ventes supplémentaires qui puisse justifier le salaire de l’employé. A défaut, c’est le vigneron ou la vigneronne qui s’y colleront. Pas toujours évident. Vous pouvez être passionnés, ça ne fait pas de vous des pédagogues. Il y a des formations pour cela.


D’aucuns en ont mis sur pied, comme Yves Paquier. Ce Suisse-là a tout compris. Pour lui, l’oenotourisme  ne se limite pas à l’art du bien recevoir, si cher à Mme de Rothschild. Ni à offrir du fromage et des noix ou à accrocher des tableaux aux murs de sa cave. Cela s’inscrit dans un ensemble. Une perspective culturelle au sens large, régionale ou autre. Cela se traduit d’abord par un discours – le vôtre, sincère, mais intelligible. Et puis par une théâtralisation, des animations, de l’événementiel. Mais dans un contexte. La question qui se pose étant: à part faire déguster mon vin, qu’est-ce que je peux présenter de crédible pour attirer les gens chez moi, les faire rester plus longtemps, et au final, les faire acheter? Et est-ce que c’est cohérent par rapport mon offre de vin?


Faites appel à des professionnels !


Ayant pu visiter une entreprise ayant bénéficié de ses conseils (le Domaine de Terre Neuve, près de Morges), je peux vous dire qu’on sent la différence. Rien à voir, évidemment, avec de grosses machines comme le petit train des Champagnes Mercier ou le musée vivant des cépages de Torres… Mais la plupart des entreprises ne visent ni les cars de retraités ni les comités d’entreprises, ou je me trompe ? 
Rien à voir, non plus, avec l’oenotourisme à la va-comme-je-te-pousse, où l’expert est un vague cousin avec vingt ans de MJC, et qui veut à toute force faire de votre cave le nouveau temple de l’art conceptuel, section Sud-Bergeracois.
Bref, pour le tourisme viticole, aussi, mieux vaut faire appel à des professionnels.


Hervé LALAU

 

Contact Yves Paquier: yves.paquier@bluewin.ch

07:21 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |