03 septembre 2009

La main de ma sœur dans la vendange du zouave

Les vendanges ont commencé! Manuelles ou mécaniques? Plus de trente ans après l’introduction des premières machines à vendanger en Europe, la question garde une connotation polémique. Il y a les pros et les antis. La tradition et le modernisme s’affrontent dans bien des domaines. En chaque Français, il y a un Gaulois qui sommeille, et c’était tellement mieux avant, quand on sabrait les amphores…

Pourtant, personne ne remet en question l’intérêt du sécateur pneumatique pour la taille (les  paumes apprécient). Mais la machine à vendanger, ça ne passe pas. Sans doute la symbolique de la main qui travaille et qui nourrit, allez savoir?


Pas pour tous les terrains


Au delà de la querelle des Anciens et des Modernes, il faut admettre que les détracteurs de la mécanisation n’ont pas toujours tort. En zones très pentues, les machines ne font pas l’affaire. Autre facteur contraignant : l’espacement des rangs – des largeurs trop faibles ne conviennent pas, pas plus que des rangs trop courts qui ne permettent pas aux machines de tourner (en terrasse, par exemple).  Il faut aussi renforcer le palissage, qui a tendance à souffrir avec les vendangeuses mécaniques. Et bien préparer les vignes avant le passage de la machine, en pratiquant le cas échéant un effeuillage.
Mais aussi, que de progrès accomplis depuis les premiers modèles ! Bon nombre des critiques formulées au départ («quel massacre, les raisins souffrent!» ; ou «quelle perte!») ne tiennent plus la route. Avec les modèles équipés de capteurs et de correcteurs d’assiette, la perte ne dépasse plus guère les 5%. Et encore faut-il comparer ce qui est comparable ; plus rapide, la vendange mécanique permet aussi plus facilement de «passer entre les gouttes», et donc, souvent, de s’assurer une vendange globalement plus saine. A moins, bien sûr, d’avoir les moyens de maintenir à disposition des bataillons de vendangeurs, dans l’attente du bon moment. Ce que seuls quelques grands châteaux peuvent se payer. Là où ils sont installés, les règlements des AOC ne permettent généralement pas la vendange mécanique, ce qui tranche la question. A noter cependant que cette interdiction n'est pas un gage de qualité; toute la Champagne est en vendange manuelle, de même que tout le Beaujolais...


Qualité, intégrité


Quand à la qualité de raisins, ou plutôt, soyons précis, leur intégrité, notons que les machines modernes sont équipées de trieuses qui permettent d’éliminer les composants indésirables de la vendange.  Au delà, pas d’illusion : une vendange mal faite peut gâcher une récolte, mais si le raisin de départ n’est pas bon, qu’importe la méthode de ramassage.
J’ai déjà souvent eu l’occasion de comparer les vins d’une même vigne passés dans différents types de barrique ; jamais les vins d’une même vigne vendangés à la main et à la machine – ce serait là le meilleur moyen de se faire une opinion.


Reste l’argument marketing. Sur certaines étiquettes, ou dans certains communiqués de presse, on lit toujours la mention «Vendanges Manuelles».  «Aucun rapport avec la main d’œuvre portugaise !», précise mon copain Eric, qui vit avec une farouche Lusitanienne. On voit aussi parfois «Récolté à la main», ou même, pour les plus cosmopolites, «Hand picked».
Le plus drôle, c’est de se retrouver au milieu de 4000 hectares  de vignoble chilien, et de s’entendre dire qu’on pratique le «hand picking».  Le même responsable me confie ensuite qu’il assemble la récolte du lieu et celle de vignes situées à 600 km de là, livrée en 8 à 10  heures par camions frigorifiques.  L’argument «tradition» en prend un coup.

Je ne lui ai pas demandé d’où venaient ses vendangeurs. Sans doute du Pérou, où le niveau de vie est plus bas. Mais ça me fait penser que la mécanisation est aussi le moyen de pallier un manque cruel de main d’œuvre qualifiée. En Europe, l’exode rural a dépeuplé les campagnes, les gentils étudiants qui venaient encore dans les années 80 se casser le dos sous la hotte ont trouvé d’autres moyens de se faire de l’oseille, ou bien les nouvelles générations ont-ils les reins plus fragiles ; même les gentils Portugais viennent moins, on recourt maintenant souvent à une main d’œuvre plus lointaine. Il n’est pas toujours évident de la former – certains n’ont aucune expérience de la vigne dans leur pays d’origine.  Les meilleurs sont très demandés. Et puis, il y a l’Inspection du Travail, de plus en plus sévère.


Tous comptes faits


En moyenne, à surface égale, la location d’une machine revient deux fois moins cher que la main d’œuvre humaine. Seule une qualité supérieure du produit fini peut donc justifier  de garder des vendangeurs. Toute autre considération (la noblesse de la main de l’homme, face à la force brute de la machine) me semble relever de la philosophie (niveau bac), plus que de la viticulture.


Association d’idées, je repense au débat sur les caisses automatiques dans les grandes surfaces (le self-scanning). Personne n’en veut, ni les clients, ni les patrons ; et pourtant, elles se multiplient. Tout le monde vous dit préférer le contact humain (si c’est pas socialement correct, tout ça !)..  Mais franchement, à la caisse de mon hyper, le contact humain…


Hervé Lalau

 

07:23 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

18 août 2009

Sauvignons blancs et blancs d'Afrique

Me voici à Durbanville, une dénomination plus fraîche que Stellenbosch, et réputée pour ses sauvignons et ses merlots. La preuve par l’exemple chez Diemersdal.

La famille Louw, qui gère le domaine et son superbe ensemble d’architecture hollandaise, a pris conscience du potentiel de ses micro-terroirs, et a développé toute une gamme de sauvignons bien identifiables. A ceux qui débâtent encore de la noblesse de ce cépage et de ses capacités en tant que révélateur de terroir, je conseille un visite ici ; une dégustation comparée du Single Vineyard, sur les fruits de la passion, et du Eight Rows (huit rangs plantés sur des sols de granite décomposés), à la fois floral et salin, vaut mieux qu’un long discours.
Les Louw aiment leurs sauvignons bien mûrs, dans un style plutôt tropical, et non végétal, grassy, à la Néozélandaise.
Un de leurs sauvignons va cependant un peu dans cette direction, mais il vient d’un autre vignoble, hors de Burbanville : celui de Lambert’s Bay, au nord du Cap, sur l’Atlantique.
Leur Sir Lambert présente un soupçon d’asperges au nez, mais la bouche étonne par sa minéralité et sn côté iodé.

Voici quelques semaines  à peine, les parents Louw ont été victimes chez eux d’une attaque en règle par une bande de brigands armés de machettes ; frappés, ligotés, menacés, ils ont été soulagés de tous leurs biens de valeur ; depuis, me dit leur fils, la police ne semble pas avoir été d’une grande efficacité dans ses recherches. Beaucoup d’Afrikaners  se plaignent de  la détérioration du climat social et politique au Cap, région longtemps protégée de ce genre d’attaques. Certains se sont aussi vu exproprier de leurs fermes. Le fossé entre les communautés, qu’on espérait voir se réduire, comme la belle image d’une société Arc en Ciel le voudrait, semble au contraire s’élargir. Au ressentiment des Noirs traités comme des citoyens de seconde zone, pendant toute la période de l’Apartheid, s’ajoute maintenant la peur des Blancs de devoir subit une situation comparable à celle qui s’est installée au Zimbabwe.

Je vous épargnerai mes digressions politico-raciales, d’autant que je n’ai aucun repère sur la vie sud-africaine. Si j’évoque ce sujet, c’est pour vous dire que bon nombre de Sud-Africains blancs quittent le pays, inquiets de cette violence généralisée et apparemment souvent impunie, dont certains viennent à penser qu’elle fait partie d’une complot destiné à les déposséder.
Ceci pose en tout cas le problème de la pérennité des la viticulture sud-africaine, toujours dans les mains des Blancs, majoritairement, et alors que peu de Noirs sont encore à même de prendre le relais.

17:40 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |