11 août 2014

Oenologue et oenophile: ne pas confondre!

Récemment,  à la RTBF, mon copain Eric Boschman a consacré une émission au Vin de Coing de Roisin - je vous en ai déjà parlé, Ludovic Boucard est un excellent vinificateur. Ou faudrait-il parler de  "cognificateur"?

Puisqu'on en est à discuter du sens des mots, relevons au passage que contrairement à ce que prétend la RTBF, Eric n'est pas "le plus célèbre oenologue de Belgique".

Certes, il est célèbre, certes, il est même grandiose en son genre - et c'est un copain, je vous l'ai dit. Mais il n'est pas oenologue. Pour rappel, un oenologue est un universitaire (bac +5, en France) à la formation scientifique, notamment en biochimie, et dont le rôle est de faire du vin ou à tout le moins, d'assister un vigneron dans ses choix de vinification. C'est une formation sanctionnée par un diplôme.

Alors certes, il y en a de plus doués, de plus ouverts, de plus techniques que d'autres; mais dans tous les cas de figure, ce n'est ni la formation ni le métier de base d'Eric (qui est sommelier); ni, d'ailleurs, le mien - et oui, moi aussi, on m'affuble aussi de temps à autre de ce titre d'oenologue, que je récuse toujours.

Eric et moi faisons partie de la catégorie des oenophiles. Nous ne sommes ni Rolland ni Dubourdieu. Le vin, nous l'aimons, étymologiquement et viscéralement, mais nous sommes incapables d'en faire, et c'est aussi bien ainsi, parce que ça nous laisse l'indépendance nécessaire pour parler de celui des autres.

07:58 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Vins de tous pays | Tags : eric boschman | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

18 juillet 2014

Une question de rendement

Le CIVC vient d'annoncer la limite officielle du rendement pour la récolte 2014 - celui-ci reste à 10.500 kilos de raisin par hectare. 

La Champagne est un des rares vignobles français à exprimer ainsi ses rendements, et il faut une bonne calculette pour le transposer en hectolitres: le ratio retenu par la profession est de 0,006375.

Si on l'applique, les 10.500 kilos se transforment en 66,93 hectos à l'hectare.

Rien ne dit, bien sûr, que le ration soit exact pour chaque producteur: en fonction de la date de récolte et de l'année et même du cépage, un kilo de raisin peut fournir plus ou moins de liquide. 

Plus généralement, les chiffres de rendements sont à prendre avec beaucoup de pincettes.

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Et l'irrigation? (Photo (c) H. Lalau)

Qu'ils soient exprimés en kilo ou en hectolitres, plusieurs facteurs peuvent fausser l'analyse: la densité de plantation à l'hectare; les cépages (et notamment la couleur, le rendement étant en général plus élevé en blanc qu'en rouge); le type de vin (avec notamment le cas des vendanges tardives, des VDN et des mistelle). La possibilité ou non d'irriguer (un élément déterminant dans les zones du Sud de l'Europe) .

Une mesure au pied de vigne serait plus exacte. Mais les habitudes ont la vie dure.

Certains utilisent le rendement (et plus précisément, la faiblesse des rendements) comme argument qualitatif.

C'est exagéré.

Certaines zones sèches du Sud de l'Europe, et à faible densité de plantation ont naturellement de faibles rendements, qui ne confèrent pas forcément à leurs vins un avantage qualitatif, par exemple. Par ailleurs, si l'on compare les chiffres officiels entre différents pays, on s'aperçoit que les plus faibles rendements ne sont pas focément associés aux pays et aux vignobles les plus prestigieux.

Ainsi, les rendements les plus bas en Europe sont relevés à Chypre (13 hl/ha), et les plus élevés au Luxembourg (122 hl/ha). La France et l'Italie se situent en situation médiane, avec respectivement 58 et 68 hl/ha. 

L'Espagne est nettement plus bas, à 33h/ha, la Suisse plus haut, à 81 hl/ha.

 

14:58 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, France, Portugal, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |