16 septembre 2009

La Dame de Corbin

Je dinais vendredi soir au Château Corbin, chez Anabelle Cruse-Bardinet et son mari Sébastien.
Corbin, c’est un des « quartiers » de Saint Emilion, à la limite de Pomerol. Un ancien grand domaine morcelé entre six propriétés dont cinq sont des grands crus classés : Château Corbin déjà cité, avec ses 13 hectares de sables anciens et d’argiles, mais aussi Corbin Michotte, Haut Corbin, Corbin d’Espagne et Grand Corbin.
Fait intéressnat à rapporter, les 6 propriétaires s'entendent bien, c'est "l’esprit Corbin", et ils font vivre le quartier.

Corbin1

Château Corbin

 

Mais revenons à Anabelle Cruse-Bardinet. Rejeton d’une longue lignée de vignerons médocains du côté de son père, et libournais du côté de sa mère, elle a le vin dans le sang : à quinze ans, elle sait déjà qu’elle en fera son métier; quelques années plus tard, elle décroche son diplôme d’oenologie; elle exerce d'abord chez Branaire-Ducru, puis chez son père, à Laujac.
Anabelle a aussi la passion des gens ; avant d’entamer son cursus oenologique, n’a-t-elle pas travaillé pendant 6 mois auprès de Mère Teresa, en Inde ? Pas si courant, parmi les grandes familles de Bordeaux...

Quand l’héritage maternel, le Château Corbin, divisé entre de nombreux cousins, menace de quitter la famille, cette battante ne peut se résoudre  à baisser pavillon.
Au prix de la vente de Certan-Giraud, avec sa soeur, elle rachète les parts des autres, et s’investit corps et âme dans le sauvetage de la propriété, longtemps délaissé. Je l’imagine bien en train de se battre avec les corps de métier pour redonner vie à Corbin, de lutter en cave avec les degrés (en 2003, par exemple), avec le négoce pour trouver les meilleurs débouchés, avec sa famille et ses collègues pour faire reconnaître sa compétence de «winemaker».

Vous l’avez compris, j’ai été séduit par la belle Anabelle – en tout bien tout honneur. Séduit par son engagement, par sa pugnacité, par sa rectitude morale, par la grâce toute simple qui irradie dans ses gestes. Et, last but not least, dans ses vins soyeux.


Corbin 2006

Né à l’ombre du géant 2005, 2006 ne manque pourtant pas d’attrait. Chez Corbin, cela s’appelle l’élégance. D’emblée, un fruit croquant de griotte et de groseille vient me taquiner le nez ; il se prolonge en attaque de bouches, où il se mêle à des tannins très ronds – le boisé a cette discrétion de bon aloi qui fait les vins vraiment bien élevés, car il en préserve la race; ce vin est droit, aimable ; ses plus belles vertus : précision et buvabilité.



Corbin 2003

Une surprenante fraîcheur pour un millésime aussi chaud. Aucune sécheresse ni amertume en finale. Certes, le nez est sur un fruit très mûr, limite prune à l’alcool, la matière est robuste et les degrés sont là – l’attaque fait penser à un Gigondas ; mais la bouche est bien celle d’un Bordeaux, suave. Belle finale épicée, la classe.

Les prix restent sages - Cheval Blanc a beau être tout proche, la Dame de Corbin n’a pas pris la grosse tête.

23:08 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

12 septembre 2009

Une visite chez Franc Mayne

Me voici à Saint Emilion; et plus précisément, au Château Franc Mayne, propriété bien connue des Belges, puisque un temps dans les mains de la famille Fourcroy, et aujourd’hui propriété de Griet Van Malderen et Hervé Laviale.
La propriété a bénéficié d’investissements très importants, tant dans le vignoble (90% de merlot pout 10% de cabernet franc) qu’à la cuverie. Dernière arrivée en date : une « tri-baies », une machine allemande qui, avant la table de tri, permet de mesurer le sucre de chaque baie et d’éliminer ainsi celles qui n’ont pas la maturité voulue. Quasi indispensable  sur une vendange mécanique (comme au Château de Lussac, autre propriété de la famille), mais également utile pour les perfectionnistes sur une vendange manuelle comme à Franc Mayne.

chateau-franc-mayne-2_02

Outre sept hectares de vignobles sur un coteau argilo-calcaire au nord-ouest de l’appellation, et un château hôtel de charme, Franc-Mayne, c’est aussi un extraordinaire réseau de caves creusées dans la colline (deux hectares de galeries !).

C’est à l’entrée de ces « catacombes vineuses » (bien plus sympathiques) que j’ai dégusté  quatre vins de la propriété : Franc Mayne 2004 et 2005, et son second vin, « Les Cèdres », dans les mêmes millésimes. Le premier, élevé entre 14 et 18 mois en barrique, est produit à raison de 24.000 bouteilles par an ; le second, élevé entre 12 et 14 mois, est produit  à raison  de 6000 cols par an.

Les Cèdres de Franc Mayne 2004


Un vin un peu serré, aux tannins fins, bien fondus. Pas une grosse matière, mais un beau travail de vinification ? 100% merlot. *

Les Cèdres de Franc Mayne 2005

Dès le premier nez, on est dans le fruit rouge bien mûr, et l’impression se poursuit en bouche ; la matière est riche, mais doit encore absorber le bois – ce qu’elle fera assez vite, n’en doutons pas. Finale sur les groseilles bien juteuses, agrémentés de notes grillées. 100% merlot.  **(*)

Franc Mayne 2004


Très beau nez de sous bois, petites notes de prune à l’alcool ; bouche suave à l’attaque, mais les tannins assèchent un peu. Un petite manque de maturité.*(*)

Franc Mayne 2005
Superbe nez de griottes et de framboises bien mûres, la bouche reste fraîche malgré une grosse matière ; le vin se balance tel un funambule entre l’élégance et la puissance. Grand vin. ***(*)

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |