27 septembre 2009

Pourquoi tant de haine

Je lis sur le blog d'Olif, blogueur jurassien anti-gourous, une violente altercation entre Olif et ses supporters, d'une part, et Michel Bettane. Voici le lien.

http://www.leblogdolif.com/archive/2009/09/03/le-mur-du-bio-con.html

Chacun est libre d'avoir sa vision du vin, et même de ne pas apprécier les opinions des autres. Mais là, les noms d'oiseaux fusent, et on est loin de l'esprit qui faisait dire à un auteur dont j'ai oublié le nom que l'eau sépare les gens, mais que le vin les unit.

Quelle cause mérite qu'on s'attaque ainsi aux hommes derrière les idées?

Accessoirement, la revue pour laquelle je travaille, In Vino Veritas, est citée dans le cours des "échanges". Nous ne comprenons rien aux vins nature, nous dit-on. Et nous nous disputons entre nous à leur sujet. La première affirmation nous fait sourire. La deuxième, nous la revendiquons. Notre pluralisme est nécessaire dans un monde de diversité.

A propos des vins nature, soyons clairs: nous ne pouvons promouvoir un concept, aussi séduisant soit-il, sans nous intéresser aux vins qu'il produit. Il y a un tri à faire parmi les vins nature comme parmi les autres; parce que toute oeuvre humaine est sujette à caution, parce qu'il y a de bons vignerons nature et d'autres moins bons.

A priori, tout ce qui est proche de la nature, et contribue à réaliser des vins sincères et fidèles à leur lieu de naissance (s'ils le revendiquent), en un mot authentiques, nous séduit infiniment plus que l'approche industrielle; encore faut-il que nous puissions en toute honnêteté recommander les vins aux consommateurs, qui sont aussi ceux qui paient les vins.

On nous dit que les vins nature sont à boire plus qu'à comprendre. Le journalisme ne peut se contenter de cette idée, même si elle séduit le buveur; c'est pourquoi nous continuerons à essayer de comprendre, et d'expliquer les vins, nature ou pas. Sans haine, de préférence.

Parce qu'il n'y a pas les méchants d'un côté et les bons de l'autre; parce qu'il faut cultiver différence et tolérance comme des fleurs rares.  Qui voudrait d'un monde industriel aux mains de quelques grands groupes, avenir que nous promet le productivisme capitaliste? Pas nous.

Laissons donc chacun faire son vin et en parler à sa manière. Pourquoi aimons-nous le vin: pour sa part de culture, de convivialité, sa valeur comme base d'échanges, avant tout!

08:00 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

23 septembre 2009

Un dernier pour Chabalier

Le film inspiré du livre d'Hervé Chabalier, "Un dernier pour la route" sort aujourd'hui dans les salles.

Interviewé à ce sujet sur Europe 1, l'auteur a retracé son parcours, sa plongée et sa rédemption de l'alcool.

On adhère jusqu'à un certain point. Qui pourrait rester insensible aux méfaits de l'alcool - comme à toute déchéance, d'ailleurs? Mais suis-je le seul à déplorer l'amalgame que Chabalier (le journaliste, pas l'alcoolique repenti) établit entre vin et alcool - car il ne fait pas de détail - et entre alcool et danger.

Tout est potentiellement dangereux dans ce monde, interdire toute communication sur un produit au prétexte qu'il présente un danger pour certains esprits fragiles, c'est oublier qu'on peut éduquer les gens; c'est aussi ouvrir une grosse boîte de Pandore, celle qui consiste à vouloir le bien des gens malgré eux, et à faire d'une majorité les otages de quelques uns.

Chabalier a la foi extrême des nouveaux convertis, il voit des complots alcooliques partout, son hygiénisme - mis en musique dans son fameux rapport - a de quoi donner la nausée. Il traite chaque buveur comme une victime potentielle. Cet extrémisme ne peut que séduire les ligues de vertu, qui pourront toujours clamer "lui sait de quoi il parle, voyez d'où il vient".

Je sais aussi de quoi je parle, je consomme du vin chaque jour depuis 25 ans, avec autant de délectation que de modération. Comme beaucoup d'autres. On n'en fera jamais un film car ne parle jamais des trains qui arrivent à l'heure. 

Comme d'habitude, les journalistes qui interrogeaient ce Cassandre moderne l'ont traité avec une grande complaisance - on ne tire poas sur un repenti, l'idée, c'est plutôt d'extraire le maximum de pathos; et puis, on est entre confrères. Sans compter que le principe de précaution, c'est vendeur.

Pas de contradicteur pour notre journaliste engagé, donc - de quoi filer une sacrée gueule de bois aux amateurs de débats pluralistes, non?

Alors, un dernier pour la route, Hervé? Oui, un dernier conseil: "Ne fais pas de ton cas une généralité".

 

 

00:29 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |