20 octobre 2009

Envoyé Spécial: la réaction de Robert Joseph

Le critique britannique Robert Joseph connaît bien le vignoble français, auquel il a consacré plusieurs livres et guides en langue anglaise. Il réagit à la polémique suscitée par le reportage d'Envoyé Spécial diffusé voici deux semaines; pour dénoncer les excès du reportage, mais aussi, en prenant appui sur lui, pour exhorter les vignerons français à diminuer l'emploi de pesticides, qui selon Robert, reste beaucoup trop important.

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Robert Joseph

Il s'étonne notamment que les normes françaises de la lutte raisonnée soient si peu  contraignantes en comparaison de celles dites du Développement Durable en vigueur dans les pays du Nouveau Monde, et notamment en Nouvelle Zélande et au Chili. Quand on sait que seuls 20% des vignerons français sont en lutte raisonnée, et qu'il n'existe pas de programme national, mais que chaque région en propose un (voir plus bas l'exemple de la région Rhône Méditerranée) Joseph a raison de s'inquiéter pour les exportation sfrançais. Les normes du développement durable sont en passe de devenir la règle pour l'importation de vin aux Etats-Unis...

Voici le texte de Robert dans son intégralité:

"French television programme makers, like their UK counterparts are often capable of giving viewers an unbalanced view of the subject they cover. British viewers may recall a very misleading recent programme presented by Jane Moore called "What's in your wine?".
And Diane Flamand, as someone working in Bordeaux, is right to say that - in her region - pesticide use has been reduced over the last couple of years.
But that reduction was very necessary, and France like the rest of Europe still uses appallingly high amounts of industrial treatments in its vineyards

According to Jean-Baptiste Traversac, of the French National Agronomy Research Institute (INRA SAD-APT Paris) in a speech two years ago, French grape growers use 25,000 tons of pesticide per year. Data collected by the French Department of Agriculture the Union of Pesticide Producers, viticulture represents 3% of French agriculture, but is responsible for 20% of the value and 50% of the total weight of pesticide use.

I spent some time studying Lutte Raisonnée in France - when preparing to launch a set of Sustainable Vin de Pays d'Oc under the Greener Planet brand of which I am co-owner. Naively, I initially imagined that Lutte Raisonnée might resemble the Sustainable rules that are being introduced in the New World. I could not have been more mistaken. Unlike New Zealand - which will go 100% sustainable in 3 years - France has no national programme. Individual regions set their own standards - standards that in many cases are laughable low.

To illustrate the point, I have included in this comment precise wording from set of rules for the Rhône-Méditerranée region. For non French-speakers, I'll offer a brief translation: to be part of Lutte Raisonnée, growers undertake to keep a record of their pesticide stocks and its usage. They undertake only to use authorised products.
And no more than the authorised dose. Other undertakings include the promise not to abandon or burn plastic rubbish in the vineyard (clause 9.1) and to provide workers with clean washrooms and toilets (11.1). In other words, signing up for Lutte Raisonée is little more than agreeing to apply what most people would call good farming practice.

This is not only my view: ask any French organic grower what he thinks of Lutte Raisonnée. But despite their lightweight nature, the Lutte Raisonnée rules have been adopted by less than 20% of French winegrowers.

For Greener Planet, we decided to draw up our own Sustainable charter based on the far stricter rules that have been introduced in New Zealand, California, Oregon, the US, South Africa and Chile, and are gradually being brought into line between those countries and regions.

The France 2 programme may have got many things wrong, but I for one would applaud anything that shakes the French wine industry out of its apathetic state. France's winemakers need to realise that within 5 years, genuinely Sustainable viticulture will be the norm in the New World - and the Chileans at least expect the US to include a requirement for sustainability as a tariff barrier issue. In other words, exporting a nom-Sustainable wine to America may be as difficult as importing US beef produced using growth hormones".


Charte de la lutte raisonnée Rhône Méditerranée

Le vigneron s'engage à :

8.1. s'abonner à un service de conseil technique agricole (exigence 40) ou de situation phytosanitaire émanant d'un organisme officiel (SPV, Chambres d'Agriculture, IFV) et les conserver.

8.2. (R) enregistrer les éléments qui motivent chaque intervention phytosanitaire (cf. Annexe 5) sur le cahier d'enregistrement (exigences 30 et 31).

8.3. réaliser un inventaire écrit des stocks des produits phytosanitaires (exigence 34) au début novembre.

8.4. (R) n'utiliser que des produits bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché et autorisés pour les usages considérés, en respectant la dose homologuée (exigence 37).

8.5. (R) connaître les précautions d'usage obligatoires (période d'application, délais avant récolte, dose maximale autorisée, existence ou non de zones non traitées), afin de réduire les risques de dépassement des limites maximales de résidus et de pollution (exigence 38).

Robert Joseph

01:25 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

19 octobre 2009

Les plus critiques ne sont pas ceux que l'on pense...

Très intéressante chronique de mon confrère Bernard Burtschy, dans le Figaro (et oui, certains journaux français se remettent à parler du vin), où l'on découvre (?) que les plus critiques ne sont pas toujours ceux qu'on pense:

"En 1980, la France comptait 19 millions de consommateurs réguliers. Aujourd'hui, une bonne moitié a disparu. Corollaire, la consommation occasionnelle monte en flèche, répartie à part à peu près égale entre hommes et femmes, ce qui est en soi une information importante. Et les attentes de ces consommateurs ont fortement évolué, car ils ont changé. Jeunes, urbains, ouverts, ils possèdent quelques moyens et sont prêts à de nouvelles expériences. Pour en avoir le cœur net, Monoprix, qui justement est implanté au cœur des villes, a cherché à les connaître par l'entremise de son acheteur de vin, Jean-François Rovire : «Je cherche à faire déguster mes vins à de véritables amateurs avec l'objectif suivant : le conseilleriez-vous à un ami ?»

Reste à monter un jury de consommateurs. Là, l'objectif est un peu différent. Un jury de six à huit amateurs jeunes passe en revue, très méthodiquement, une quinzaine de vins aux prix compris entre 5 et 25 €. Le jury déguste à l'aveugle avec, comme seules indications, la région d'origine, la couleur et le prix. Les vins qui obtiennent une large majorité mériteront de porter la collerette Monoprix.

Première constatation, le jury de jeunes consommateurs est bien plus impitoyable qu'un jury de professionnels. Là où le professionnel juge avec bienveillance une petite dureté tannique ou un petit défaut de vinification, l'amateur le rejette sans ménagement. Lors de la dernière séance, sur une quinzaine de vins présentés, seuls deux ont été sélectionnés. Et pas question de leur expliquer que le défaut passera, que ce n'est pas grave. La bouteille se doit d'être parfaite, un point, c'est tout !

Deuxième constatation, l'hypersensibilité au prix. Un vin qui s'affiche deux euros plus cher se doit de présenter un véritable supplément. Inutile de plaider qu'il s'agit d'une appellation prestigieuse. L'explication classique du producteur, qui est de dire péremptoirement «mais, c'est du pommard, monsieur !», est un peu courte pour un jeune d'aujourd'hui. Si le vin est plus cher, il doit être meilleur. Bien des appellations françaises qui se drapent dans leurs noms ont du souci à se faire avec la nouvelle génération. Elles ne croient plus le producteur sur parole, mais sur le contenu du verre. Exit les monstres sacrés.

Cette évolution, qui est révolutionnaire dans le microcosme français, est la suite logique de l'incroyable complexité des appellations françaises. Faute de repères, la génération précédente stressait devant les rayons des hypermarchés et finissait par abandonner le vin, d'où la chute de consommation. La nouvelle génération est plus curieuse, cherche quelques pistes, partage ses expériences entre amis, se renseigne sur Internet et fait ses essais.

Autre changement de donne, l'évolution des goûts : l'amertume et la verdeur sont violemment rejetées, tout comme les arômes animaux ou les manques d'équilibre du vin. En revanche, les nouveaux consommateurs testent avec le même enthousiasme blancs, rouges, rosés, moelleux et effervescents à condition que le vin présente un intérêt."

C'est dire qu'il y a du bon dans cette évolution, mais pas que du bon. A méditer.

Source: http://www.lefigaro.fr/vins/

07:50 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |