23 février 2010

In Vitro Veritas

La vérité est dans le verre, lit-on souvent dans la prose vineuse. Moi-même, j’en use à l’occasion.

Une autre façon de dire que la dégustation prime. Ou bien qu’il n’y a que le résultat qui compte. Est-ce si sûr ? Faut-il tenir pour négligeable la franchise des moyens employés ?

On peut trouve des arguments pour et contre.

Prenez le cas des vins bio. Pendant des années, leur qualité laissait à désirer. On avait beau adhérer philosophiquement au concept, le résultat n’était pas là.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ni pour le bio, ni pour le biodynamique. Ni même pour les vins dits naturels. Les dégustations que j’ai pu faire au salon Renaissance des Appellations, à Angers, voici quelques semaines, m’en ont définitivement convaincu.

Bien sûr, il y a du déchet dans le bio, tout n’est pas bon, loin de là. Mais du côté du «conventionnel» non plus. Alors on en revient à notre axiome du début : « In vitro veritas ». sauf qu’à qualité égale, qui ne préférerait un vin produit dans le respect maximal de l’environnement – et de la santé des gens, consommateurs et producteurs, surtout.

Reste une petite musique discordante qui résonne dans ma tête : est-il possible de maquiller un vin au point qu’il séduise même l’amateur averti, de lui donner l’aspect d’un vin de terroir, d’un vin authentique, d’un vin d’auteur, tout en employant des méthodes productivistes et tout l’arsenal de l’œnologie correctrice ?

Quand je traversais le Chili, l’an dernier, je me suis parfois demandé si la fraîcheur des certains chardonnays n’était pas due à une réacidification.  Je n’ai pas de preuve, juste de vagues soupçons. Mais si l’on ajoute à ça l’osmose inverse, les levures sélectionnées, le mouillage, la chaptalisation, les copeaux, les moyens de rectifier un vin pour l’adapter au goût dominant sont tellement nombreux  qu’on se demande comment un nez pourrait tous les identifier dans un même vin.

C’est sans doute pour ça que nous autres journalistes aimons bien visiter les vignes et les chais ? Ce n’est pas une garantie absolue, mais passer quelques heures avec  le vigneron, l’écouter raconter son vin et sa vigne, les yeux dans les yeux,  permet de comprendre bien des choses. In oculo veritas.

06:45 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

22 février 2010

A la Percée du Vin Jaune

Chaque première fin de semaine de février le Vin Jaune attire la liesse populaire. Un curieux rendez-vous, nommée la Percée du Vin Jaune, rassemble quelque 50.000 personnes. Elles viennent fêter la naissance d’un millésime déjà vieux de 7 ans.

Cette année, la ville de Poligny, capitale d’une autre star du Jura, le fromage de Comté, en était l’hôte. Marc Vanhellemont, un habitué des lieux, nous relate l'affaire.

 Le Vin Jaune et son clavelinage

Ce vin particulier qui s’élève au minimum 6 ans et 3 mois en barrique sous un voile de levure possède son propre concours agréé par l’OIV. Une dizaine de jurys dégustent à l’aveugle le samedi matin de la Percée entre 6 et 8 clavelins (le flacon de 62 cl réservé au Jaune). Sont choisis, ceux qui offrent les meilleures caractéristiques, sans dépasser le quota d’1/3 en conformité avec le règlement de l’organisme. Ce clavelinage n’est pas obligatoire, mais le prestige du Vin Jaune claveliné rejaillit sur la gamme entière du vigneron récompensé !

La cession 2010 a gratifié des Jaune des 4 appellations, Château Chalon, Arbois, L’Étoile et Côtes du Jura, dans les millésimes 2003, 2002 et 1999.

Liste complète : www.percee-du-vin-jaune.com/clavelinage 

 

Un coup de cœur parmi les lauréats

Une vingtaine de Vin Jaune se sont vus clavelinés, parmi cet aréopages vineux, voici celui de Daniel Dugois des Arsures, un petit village au nord d’Arbois.

 Vin Jaune Arbois 2003 Domaine Dugois

La robe jaune dorée éclatante avec de jolis reflets cuivrés témoins d’un été des plus ensoleillés.

Au nez, le confit des fruits exhale ses parfums de gelée de coing et de poire, la note grillée des noix et des amandes effilées augmente l’impression de torréfaction.

On pourrait croire la bouche chaude et sèche, le contraire s’opère. Une fraîcheur inattendue jaillit dès la première gorgée, elle sinue au travers de l’opulence voluptueuse de ce Jaune 2003.

Année de la canicule !  Qui a vu les Savagnin de celui-ci se cueillir le 12 août, soit avec un bon mois d’avance. Toutefois, si la chaleur a accéléré la maturité et dopé les sucres, elle a aussi concentré l’acidité. Un équilibre particulier en est né. Ample et volumineux, les Jaune 2003 équilibrent leur caractère capiteux grâce à une vivacité bien installée. 

 

Quelques sites recommandés :

www.percee-du-vin-jaune.com

www.laroutedesvinsdujura.com

www.jura-vins.com

  

Marc Vanhellemont

 

07:15 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |