04 avril 2010

Boisson d'avril

Retour de la chronique dominicale du Sieur Boschman Eric. Et ce n'est pas n'importe quel dimanche: c'est Pâques... Alors il nous sort le papier des grands jours, et un alcool fort...

En matière de whisky, c’est un peu comme en matière de cigare, de titre d’article et autre produit où au bout d’un certain temps on a fait le tour de la question ou presque. Comment renouveler un genre qui met quelques années à se faire ? En pensant un rien plus loin que le bout de son nez, c’est sûr, mais aussi en préparant l’avenir en préparant de nouveaux produits régulièrement.

 

Sonnalta
Sonnalta, la générosité... et l'onctuosité du Pedro Ximenez

 

Il a deux approches dans ce genre de choses. D’une part, on peut changer l’habillage; c’est souvent n’importe quoi, mais parfois il y a des choses à dire, genre Johnny Walker qui change le sens de sa marche, il y a quelques années. Tout le monde s’en fout royalement, avant il allait de la droite vers la gauche, mais pour montrer qu’il a de l’allant, qu’il est positif et j’en passe et des meilleures, on le retourne pour qu’il marche vers la droite. Il devient un mouton, marche comme tout le monde, mais ça permet aux responsables marketing des pays du monde entier de flipper un peu et de lancer une campagne. On peut refaire le coup avec un tas de trucs, mais à la longue ça saoule un peu et puis ce n’est pas une information, tout juste une note en bas de page ou presque.

Et puis, il y a aussi la solution de proposer de nouveaux produits, en cohérence ou pas avec la ou les gammes existantes, c’est une question de choix, mais au moins c’est un rien plus novateur qu’un changement de flaconnage.

En fait, c’est presque le cœur du réacteur de l’industrie du luxe liquide que nous touchons là. Lorsqu’il s’agit de vin, les possibilités de multiplier les cuvées sont limitées. D’une part, les législations n’autorisent que fort peu de plaisanteries; d’autre part, et c’est bien plus important que les lois des hommes, la nature a une fâcheuse tendance à limiter les quantités produites. Donc, à part des blagounettes au goût douteux genre «Les seconds vins», il y a peu de gags marketings de grande ampleur, ces dernières années, chez nous.

En matière de vin qui pétille, c’est déjà un poil plus large. Non que les quantités produites soient plus facilement augmentables, même en y ajoutant 40 villages, on est Ali et on en reste Baba, mais les arguties commerciales sont plus nombreuses. Par exemple, on peut demander à tel vieux styliste de faire quelques photos avec des mannequins de préférence presque anorexiques et fort jeunes et hop, c’est in ze pocket. Ou on fait des cuvées hyper limitées, genre «venez chez nous doser vous même vos vins» etc etc.

En matière de spiritueux, longtemps les alcooliers se sont contentés de sortir des vieilles réserves, "vachement vieille", "super vachement vieille", etc etc, et de les taper dans des flacons d’exception. Le dernier avatar du genre, en trois dimensions bien sûr, vient de chez Havana Club et se nomme Maximo (ndlr: comme le Lider Price du même nom). 1.500 euros pour 50 cl grâce à un très belle bouteille, ça le fait chez la banane flambée.

Et puis, il y a aussi ceux qui cherchent, qui créent de nouveaux produits, bien sûr en édition limitée, sinon personne ne va se casser la nénette à en vouloir très vite, mais c’est un détail. La rareté est déjà un luxe en soi, c’est une lapalissade. Dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, deux phénomènes se juxtaposent. D’un côté, le goût du whisky évolue, avec les clients; il y a les traditionnels traditionalistes qui veulent des choses racées, structurées, aux origines hyper définies et aux goûts marquants. Mais il y a aussi une génération de d’jeuns abreuvés de limonades et de «cocktails» tous plus sucrés les uns que les autres, à qui il faut présenter des produits compréhensibles.

Au travers de sa bien belle cuvée «Sonnalta», Glenmorangie, lui, joue sur les deux tableaux. On fait du whisky, du très bon whisky même, pas une rareté recherchée par les obsédés du distillat, mais un alcool que tout amateur se doit de posséder dans son bar si prétend être vaguement connaisseur. Mais dans le même temps, en le laissant mûrir quelques temps dans des fûts ayant contenu du PX, on va lui donner une touche «sucrée», douce et plus accessible aux néo-consommateurs. Et ça le fait plutôt bien. Je l’ai testé hier et aujourd’hui sur des VDO (volontaires désignés d’office), pas particulièrement amateurs d’alcools secs et un peu forts. Ce fut un vrai triomphe écossais!

Les notes caramélisées, de chocolat, de cassonade, de raisins secs, de café, de miel appellent immédiatement ou presque une première gorgée. La bouche est très souple, ronde, pleine de ces impression que l’on trouve au nez. C’est n’est pas un whisky de mec qui se balade en kilt et torse nu avant de souffler dans une chèvre, c’est plutôt un produit destiné à baliser le chemin de gens qui veulent découvrir les joies du whisky sans se brusquer le palais.

C’est une bien belle bouteille que celle là, qui rend aussi au PX un peu de la notoritété qui lui fait tant défaut. C’est promis, la semaine prochaine, je vous raconte en détail ce qu’est un PX. Non, ce n’est pas un magasin hors taxes destiné aux militaires en Allemagne. Ce n’est pas non plus un nouveau 4X4 destiné à braver les autoroutes wallonnes et leurs ingénieurs d’un autre âge. C’est tout simplement l’anagramme de Pedro Ximenez. Non, ce n'est pas l'avant-centre du FC Séville. C’est le nom d’un cépage, mais aussi d’un type de Sherry ou de Montilla Morilles. Mais, j’en ai déjà bien trop écrit pour cette semaine, revenez dans sept jours, je serai là.

Sonnalta, plus ou  moins 80 € chez les meilleurs cavistes.

Eric "Mac" Boschman

04:04 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

02 avril 2010

Wine in Moderation

Mon confrère espagnol Gonzalo Sol relate ici sur son blog que la Fédération Espagnole du Vin et la Fondation pour la Recherche sur le Vin et la Nutrition se joignent au programme de la Commission Européenne intitulé "Wine In Moderation" (eh non, la Commission ne se donne plus la peine de traduire ses slogans).

Et Gonzalo de faire remarquer que l'Espagne est très en avance sur ce plan, puisqu'en 40 ans, la consommation moyenne de vin en Espagne est passée de 75 à 18 litres par tête d'habitant.

Aujourd'hui, le slogan qui convient le mieux, dans les anciens gros pays consommateurs, comme l'Espagne, la France ou l'Italie, c'est "Vino en Desaparicion".

07:19 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |