27 avril 2010

Koshu qui s’en dédit

A Val D'isère, lors du Concours de la Bouteille Blanche, j'ai pu déguster pour la première fois de ma vie un vin japonais, le «Magrez-Aruga Koshu Isehara».

Comme son nom l'indique, le vin est produit par Bernard Magrez en association avec un certain Yuuju Aruga, vigneron apparemment très connu là-bas, mais dont la notoriété n’a pas encore atteint les rives de notre belle Comté, comme dirait Frodon.

Koshu, c'est le cépage. Isehara, c'est le cru, enfin, la région.

magrezarugakoshu2007

Isehara (qui rit)

 

Au pays du sourire

Au cas où vos pas vous mèneraient un jour vers l’Empire du Soleil Levant, je vous donne les coordonnées GPS : 35° 24′ 10″ Nord, 139° 18′ 54″ Est.
Là, vous êtes au centre bourg; pour le vignoble, passez au Commissariat de quartier, le samouraï de service vous indiquera; sinon, essayez le Temple de la Sérénité Céleste (la petite maison dans la rizière, avec une lampe rouge) et demandez Mme Butterfly de ma part.

Pour ceux qui ne pourraient pas faire le voyage, une petite révision. Isehara se trouve au pied du Mont Fuji. Jusqu’ici, la région était plus réputée pour ses fleurs (les fameux platycodons) et son porc pané que pour ses vignes. Mais en cherchant bien, vous en trouverez au moins 6ha, à 1200m d’altitude, aux couleurs de Magrez-Aruga. Je ne sais pas comment on dit "pergola" en japonais, mais c’est le type de conduite qu’on s’achète là-bas.

Les ampélographes amateurs, dont je suis, seront ravis d'apprendre que le Koshu est un raisin rose, cultivé au départ pour le raisin de table. A part Bernard Magrez et son partenaire japonais, d'autres producteurs en ont acquis quelques parcelles, comme l'Américain Ernest Singer. Pour ce dernier, ce n'est pas fortuit: il préside aux destinées de Millésimes, un des principaux importateurs de vin à Tokyo.

Et ces gens ont du mérite. Car au Japon, la climatologie n'est pas des plus favorables à la vigne: avec l'humidité qui règne ici l'été, même atténuée par l'altitude, et avec les typhons, le rendement est faible, et la qualité assez irrégulière. Bref, c'est plutôt le pays du lard que du Koshu (désolé, je n'ai pas pu résister).

Alors, que cherche notre Magrez national au pays du sourire? Quand il a acheté les vignes, en 2008, il a déclaré vouloir accroître ses ventes au Japon. Notez qu’il ne pensait pas spécialement à ses ventes de vins japonais. D’ailleurs, la production de ce domaine ne dépasse pas les 2.500 bouteilles!
Non, l’idée, au travers de ce partenariat, c’est de tisser un lien plus étroit avec le Japon. Un propriétaire de Grand Cru de Bordeaux qui achète un vignoble chez eux, c’est on ne peut plus valorisant pour les fiers Nippons. Bernard Magrez a dû tomber dans la marmite du marketing quand il était petit, ou alors, ce sont les leçons de l’Oncle Doumeng.

En dentelle

Quoi qu'il en soit, la valeur n’attend pas le nombre des bouteilles. J’aurais sans doute dû commencer par là: j’ai beaucoup aimé ce vin. N’ayant aucune connaissance du terroir local, ni du cépage utilisé, je pratiquerai par analogie. Au nez, un petit côté sauvignon, mais plus floral que végétal, des agrumes, du pamplemousse notamment, mais élégant. Pas de litchi, pas de fleur de cerisier japonais, désolé.
En bouche, c’est tout en dentelle, je pense à un Rias Baixas, pas une grosse structure, mais quelle finesse! Et quelle «désaltérance», si vous me passez le néologisme…

Bref, l'essayer, c’est l’adopter. Si comme moi, vous résidez sur le vieux continent, votre meilleure chance de goûter à cette japonaiserie, c’est encore de passer à la boutique Bernard Magrez à Pessac – et oui, le plus court chemin n’est pas toujours celui qu’on pense. Amis explorateurs du vin, je compte sur vous.

Koshu qui s’en dédit.

00:50 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : japon, magrez, koshu | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

24 avril 2010

On s'appelle et on se fait une bouffe?

"On s'appelle et on se fait une bouffe". C'est souvent comme ça que se terminent les rencontres entre copains/copines (et plus si affinités).

Mais où est-ce qu'on boufferait bien? Et qu'est-ce qu'on boirait avec?

Choisir un restau entre amis en fonction des plats, c'est déjà coton. Christiane n'aime pas le chinois, moi je ne suis pas très poisson; la dernière fois, on s'est fait un Italien, il faudrait trouver autre chose...

Et si vous êtes amateur de vin, alors là, ça se corse, comme on dit à Bastia.

 

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Votre addition, avec ou sans le conseil?

 

L'autre jour, j'étais invité chez un étoilé. A titre professionnel, je précise. Pour accompagner un Saint Emilion, on a servi un poisson sauce safran. Je suis assez ouvert, comme garçon, mais comme mariage d'amour, on fait mieux. Il paraît que les accords avaient été répétés en cuisine, pourtant. Je crois que je préfère encore les mariages de mon copain Marc. Ils sont parfois inconoclastes sur le papier, mais ils ne nuisent jamais au vin.

Maintenant, je ne peux m'empêcher de frémir à l'idée de la note qu'on m'aurait tendue à la sortie si je n'avais pas été invité. Note qui aurait compris le poisson, le safran, le Saint-Emilion... et le conseil du sommelier.

A choisir, je préfère l'accueil qu'on m'a réservé voici peu au Caprice de Phil, à La Hulpe, près de Bruxelles, où ma femme et moi étions allés fêter notre anniversaire de rencontre - sur nos propres deniers, donc. Pour le plat principal, nous avions pris une volaille aux truffes. J'ai hésité pour le vin, à cause des truffes. J'ai suggéré un Châteauneuf. La dame qui prenait les commandes - il n'y avait pas de sommelier - m'a juste dit que c'était un bon choix.

Je ne l'ai pas regretté, c'était un Château Maucoil 2004, il était élégant, mais nerveux, et son boisé léger allait bien avec les truffes.

Tout ça pour vous dire, non pas que tous les sommeliers peuvent aller pointer au chômage, les pauvres, mais qu'il serait temps, tout de même, qu'ils justifient leurs émoluments, surtout dans la restauration de prestige. Car si c'est moi qui dois faire le boulot...

 

En attendant, si vous passez par La Hulpe, voici les coordonnées du restau cité:

Le Caprice de Phil, Avenue Reine Astrid 81, 1310 La Hulpe, tél: 02 652 15 28

10:34 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |