13 mai 2010

La vérité, toute la vérité?

Mon confrère américain du Wine Spectator Matt Kramer s'est fendu d'un manifeste, le "Manifesto 2010", dans lequel il exhorte les producteurs de vin  d'Outre-Atlantique à déclarer sur l'étiquette tout ce qu'ils ajoutent ou retirent au vin: de l'eau, de l'alcool, des colorants, des acides, des tannins, de la caséine, etc...

Rien que de très louable. Sauf que cet appel laisse à penser que les recettes actuelles des vignerons américains sont dignes du parfait petit chimiste. Il faut dire que là bas, le principe est à peu près le suivant: "tant que cela ne nuit pas à la santé, c'est permis"...

On a aussi du mal à croire que si ces mentions étaient rendues obligatoires, les producteurs ne cherchent pas à contourner la loi: qui aurait envie d'apposer "réacidifié", ou "désalcoolisé" sur son étiquette?

Si M. Kramer milite pour l'abandon de telles tambouilles, pourquoi ne le dit-il pas clairement, et pourquoi ne lance-t-il pas un manifeste pour que la Californie les abolisse?

Ici, en Europe, certains producteurs tirent argument du laxisme réglementaire américain en la matière pour justifier le recours qu'ils ont (en douce) à des méthodes comme le mouillage, notamment. Il faut dire que selon la loi californienne, ce mouillage est tout à fait licite.

Gardons-nous cependant de prendre les Américains de haut. Les vins réacidifiés abondent dans le Sud de L'Europe. Ailleurs, c'est la chaptalisation qui fait rage. Ailleurs encore, l'osmose inverse, le levurage aromatisé, etc... En toute légalité, ou parfois en toute opacité.

Ce qui est plus choquant, c'est que nous, sur le Vieux Continent, avons d'autres ambitions. Nous nous réclamons de nos terroirs, d'une tradition... Où sont-ils quand nous rectifions la nature? Comment le vinificateur pourrait-il prétendre gommer l'effet millésime, dans les petites années, sans gommer l'effet terroir?

Vaste débat que je lance ici en espérant que l'un de vous le reprenne au vol, et me démente. J'ai tellement envie de croire que le vin est un produit de la terre.

 

00:15 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

03 mai 2010

Genèse du vin

Le troisième jour, dans la clarté du matin,  Dieu créa la vigne avec toutes les espèces végétales, car Dieu sait ce qui est bon.

Le 7ème jour, par une belle après-midi d’été, Dieu créa le vigneron, parce que Dieu n’aime pas que ce qui est bon se perde. Le vin fut et Dieu vit que ce n’était pas mal.

 

michelangelo-creation

Michelangelo n'a pas oublié de peindre la grappe


Au bout de 5 milliards d’années, par une sombre soirée d’hiver, Dieu créa le critique vineux. On dit que c’est pour trier le bon vin de l’ignoble. Mais plus sûrement, c’est la marque du côté schizophrène de Dieu. Quand une chose est trop bonne, il lui faut lui inventer un défaut.

Vous aimez la paix? Vous préparerez la guerre.
Vous êtes gourmands? Vous aurez une indigestion.
Vous aimez l’amour ? Vous aurez des boutons (au mieux).
Vous aimez le vin? Vous devrez lire d’abord des tonnes de commentaires de dégustation qui mettront le doute dans votre esprit.

Sans oublier les inévitables mises en garde de ceux qui veulent votre bien malgré vous, les hygiénistes, les prohibitionnistes, et leur cortège de repentis... Repentis de quoi, au fait, d'un du partage, d'une certaine culture de tolérance?

Depuis, si le Seigneur aime à visiter ses vignes et que l’Esprit flotte au dessus des cuves, le Verbe sombre souvent au fond des encriers.

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |