17 octobre 2010

Vin & santé: Honneur du Vin face aux bourdes d'"une journaliste santé"

Petites aux grandes, intentionnelles ou non, qu'elles soient le fruit de l'ignorance ou de la mauvaise foi la plus éhontée, les contre-vérités en matière de vin et de santé doivent TOUTES être dénoncées et combattues. C'est ce que fait avec brio Honneur du Vin, depuis deux ans. Et c'est ce que nous autres journalistes du vin devrions faire au quotidien, dans nos médias, nos blogs, nos tribunes, à chaque fois que nous en lisons, en nous disant bien qu'à force d'enfoncer le clou, le reste de la profession finira par y prêter attention.

La dernière histoire en date, celle de la chronique de Christelle Ballestrero dans "Version Femina", illustre à merveille les dérives d'un système rédactionnel déconnecté de toute connaissance approfondie d'un sujet.

Plutôt que de vous embêter, cette fois, avec les détails sordides de cet article (j'y reviendrai demain), je préfère vous donner copie de la lettre envoyée à l'éditeur de la chronique (Le Midi Libre/Groupe Lagardère) par ce même "Honneur du Vin", sous la plume de Jean Clavel. Je remercie au passage Michel Rémondat (Vitisphère) de me l'avoir transmise.

Une affaire à suivre, car les lecteurs du Midi Libre, au premier rang desquels les vignerons, liront certainement avec attention la réponse de l'éditeur...


Monsieur le Président du directoire de Midi Libre, Monsieur le Directeur de la publication,


J'ai pris connaissance avec étonnement de l'article cité en référence paru aujourd'hui dans «Femina» Midi Libre.

Cet article est un tissu de fausses informations, d'erreurs factuelles et d'interprétations erronées.
Il concerne la production de vin, activité agricole principale du Languedoc, et porte atteinte au commerce des vins ressource essentielle de nombreux habitants de notre région.

Par ailleurs, l'association «Honneur du Vin» a engagé une action judiciaire contre la Direction Générale de la Santé du Ministère de la Santé et contre les affirmations de l'INCA (Institut national du Cancer) action judiciaire en cours d'instruction, alors que la journaliste affirme «Ces conclusions viennent conforter la dernière expertise de l'Institut National du Cancer (Inca) qui montre que non seulement les boissons alcoolisées-dont le vin- ne protègent pas des cancers, mais que même à petites doses, elles augmentent les risques».

Je vous recommande la lecture du rapport réalisé par 3 Montpelliérains spécialistes de la question, publié dans un périodique scientifique: Cahiers de nutrition et de diététique (2009) 44, 239—245 Critical analysis of the National Institute of Cancer report ‘‘Alcohol and risk of cancers’’: What are the questions that should be raised? Marie-Annette Carbonneau , Alain Carbonneau ,François d’Hauteville, UMR 204 « prévention des malnutritions et des pathologies associées », UFR de médecine UM1, IURC, 641, avenue du Doyen-Gaston-Giraud, 34093 Montpellier cedex 5, France b Montpellier SupAgro, 2, place Viala, 34060 Montpellier cedex 1, France


Voici quelques réactions aux affirmations contestées de l'INCA:

-Professeur C. Cabrol, cardiologue mondialement connu, ancien président du Conseil National de l'alimentation: Les consommateurs de vin ont moins de maladies cardiovasculaires que les autres, c'est le paradoxe français qui étonne les Américains et que nous ont expliqué les chercheurs français.

-Professeur David Khayat, cancérologue et ancien président de l'INCA: Le premier verre de vin n'est pas dangereux, l'excès oui!! La conclusion de l'INCA sur la dangerosité du premier verre de vin s'appuie sur une monstrueuse erreur de traduction: No threshold was identified, qui signifie pas de seuil identifié, que l'INCA a traduit par: il n'existe pas de seuil, donc danger dès le premier verre.

-Professeur Norbert Latruffe, Laboratoire de biochimie métabolique et nutritionnelle, Université de Bourgogne-INSERM UMR 866, Dijon: Il existe par conséquent une consommation de vin en-deçà de laquelle il n’y a pas de risque. De plus, les polyphénols du vin (par exemple le resvératrol) ralentissent fortement la croissance de cellules tumorales humaines Ces résultats ont été confirmés par des centaines de publications internationales. D’un autre côté, de façon intéressante, l’éthanol va favoriser l'absorption des polyphénols en augmentant la fluidité membranaire.

-Professeur Henri Pujol, ancien président de la ligue contre le Cancer: La question à laquelle vous me demandez de répondre est la suivante: La consommation modérée de vin est elle identifiée comme porteur de risque de cancer? Pour moi la réponse est claire , ce risque personnel n'est pas, actuellement démontré de façon suffisamment rigoureuse. (11/2009)

-Professeur Bernard Debré, célèbre urologue: Je suis révolté par une étude sans queue ni tête, sans réel fondement scientifique.

-Professeur Michel de Lorgeril, Midi Libre du 19/02/2009: L'inexpérience (l'inculture) des rédacteurs du rapport de l'INCA sautent aux yeux de quiquonque a travaillé sur ces sujets.

-Professeur de Leiris: Sur le danger présenté par le premier verre de vin consommé, énoncé par la ministre de la santé: Or, en l'occurrence, elle lance des affirmations non fondées, sans doute à la demande de ses conseillers, cela me choque !! (Le Figaro 20/02/2009)

Le «Journal of Epidemiology and Community Health» démontre qu'une faible consommation d'alcool ou de vin par la femme enceinte n'expose pas son enfant à des dommages ultérieurs irréparables comme voudraient le faire croire les ligues anti-vin françaises, qui ont obtenue l'apposition obligatoire d'un signe distinctif sur les étiquettes. Cette étude montre même qu'un ou deux verres par semaine ou par occasion, avait un effet positif sur le niveau cognitif moyen des enfants âgés de 5 ans, qui présentent moins de problèmes comportementaux ou d'hyperactivité que les enfants nés de mères totalement abstinentes.

Le «Royal Collège of Obstetricians and Gynaecologists», qui réunit 12 000 praticiens dans 100 pays, a ainsi reconnu que la consommation d'un ou deux verres une ou deux fois par semaine était acceptable. Est-ce que la ministre française de la Santé voudra bien reconnaître, un jour, que la politique de prohibition menée par son ministère est absurde, inefficace et anti économique ??


Quant aux propos sur l'élaboration et l'ajout de sucre dans les vins, contenus dans l'article de Femina en question, ils démontrent la totale incompétence de la journaliste dans ce domaine: le sucrage des vins est absolument prohibé dans le Midi de la France depuis 1907, et les efforts œnologiques réalisés à notre époque portent sur la réduction de tout produit chimique dans l'élaboration et la conservation des vins, et leur remplacement par une hygiène totale dans tout le processus. Il faut aussi indiquer que le Languedoc est la région viticole française où les progrès de la production de raisins bio sont les plus importants.

Souhaitant que tenterez, à l'avenir, de mieux contrôler le contenu des périodiques que vous distribuez à vos lecteurs, je vous prie d'agréer Messieurs, mes bien cordiales salutations.


Jean Clavel, secrétaire de «Honneur du Vin»

http://www.honneurduvin.com

http://1907larevoltevigneronne.midiblogs.com

14:28 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Vins de tous pays | Tags : vin, santé, bourde, journalisme, prohibition, languedoc | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

14 octobre 2010

Jacky Rigaux et la "guerre du vin"

Jacky Rigaux, dont je vous parlais avant-hier, m'adresse ce qu'il appelle "quelques bribes faites à la hâte" à propos de la polémique Bourgogne-Australie lancée par un de ces raccourcis saisissants dont les éditeurs ont le secret - en l'occurrence, Decanter, à propos de l'article d'Andrew Jefford. Mais laissons parler l'auteur du "Réveil des Terroirs"...

Le-réveil-des-terroirs1.jpgLe dernier livre de Jacky Rigaux

 

Il y a quelques années le BusinessWeek (septembre 2001) titrait "Wine War, How American and Australian wines are stomping the French ?" Suivait un très long article où il était rappelé que les classifications françaises,  la classification bourguignonne en particulier, étaiten trop compliquées... et contestable. L'avenir du vin ne pouvait être que dans une simplification de l'offre : basic wines, popular premium wines, super premium et ultrapremium wines. L'affichage du cépage, la vinification plus ou moins puissante, la note administrée par les critiques reconnus... devaient donner une lisibilité facile à déchiffrer pour une clientèle pressée de consommer , sans se poser trop de questions, prise dans cette civilisation moderne marquée par la vitesse, l'impatience, le désir de vouloir tout, tout de suite!  On était en pleine société de production-consommation où les différents vins de de cépage et de marque s'affrontaient à coups de marketing et de coups médiatiques! On n'avait pas encore mesuré l'inconséquence de cette infernale logique du profit avec les faillites de Madoff et compagnie !

Heureusement, dans le même temps, les amateurs devenaient de plus en plus nombreux, un peu partout dans le monde, les cercles et clubs de dégustateurs se développaient, des revues consacrées au vin sans publicité arrivaient à se faire une place, les premiers blogs d'amateurs apparaissaient.... Bref, aux côtés des consommateurs se développaient d'authentiques connaisseurs pour qui les valeurs du lieu de production des vins, avec tout le cortège d'histoire et de culture qui l'accompagnent, prenaient une importance toujours grandissante.

Ce mouvement de reconquête du vin par les amateurs était contemporain du "réveil des terroirs" activé par quelques gardiens du temple de la trempe d'Henri Jayer en Bourgogne, Léonard Humbrecht en Alsace, plus tard Didier Dagueneau en Loire.... Bien sûr il fallait que "les bonnes pratiques" reviennent sur le devant de la scène.

Un peu partout dans le monde on voit la réaffirmation de cette viticulture de "climat" comme on dit en Bourgogne, ou de "Terre Noble" comme le dit Ted Lemon en Californie. Pour accompagner ce mouvement les pratiques de viticulture biologique et surtout bio-dynamiques se développent. Alors on déguste à nouveau des Corton-Charlemagne, des Chevalier-Montrachet, des Meursault Perrières... qui expriment les saveurs du lieu où ils sont nés ! Plus on est en présence d'un terroir complexe, plus le raisin arrive à maturité physiologique optimale, moins il est besoin d'intervenir en vinification. Le vin prend alors sa direction et non celle que l'oenologue ou le winemaker lui imposent ! La traçabilité est évidente, les vins sont les plus naturels possibles, à savoir qu'ils n'ont besoin que d'un minimum de soufre pour pouvoir bien vieillir !

Les termes du débat sont donc clairs: vins techniques, de cépages et de marques où tous les artifices et ajouts oenologiques sont permis, ou vins de terroir où la recherche de la pureté d'expression passionne des vignerons-artisans, voire artistes pour quelques-uns. Ce qui est recherché alors c'est la diversité d'expression de ces vins de climat que l'on se plait à taster (à tâter) plus qu'à tester et à noter! Le goût et le charme d'un vin né d'une terre particulière n'ont rien à voir avec une éventuelle supériorité par rapport à un autre vin, mais se nichent dans la profondeur  et la subtilité de sa différence. Amateurs japonais, coréens, américains..., européens également bien sûr, se passionnent de plus en plus pour la recherche de ces plaisirs sans cesse renouvelés que les grands vins de "climats" procurent !

Jacky, j'aimerais bien pouvoir écrire aussi bien que toi  "à la hâte"....

06:33 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Bourgogne, Vins de tous pays | Tags : rigaux, terroir, vin, vignoble, wine war, climats | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |