03 novembre 2010

Mémoire du vin

Je prends quelques jours de vacances en famille; sans ordi, sans blog, non plus. Pour vous faire patienter, voici quelques lignes à caractère philosophique, voire poétique; voire carrément fumeux. Amis rationalistes (tiens, j'en aurais donc?), passez votre route.

Pour les autres, accrochez-vous, c'est plus fort que la mémoire de l'eau, dont on ne sait pas trop si elle existe ou non...

Qui nous rendra le goût de la première gorgée de vin avalée à la sauvette un soir d’anniversaire, à l’heure où les adultes n’y prenaient plus garde?
Pour moi, c’était un bourgogne – le pinot noir trônait presque seul au panthéon des cépages de mes parents. Quant à dire lequel ? On ne demande pas à Marcel si sa madeleine venait de Commercy.

Qui nous rendra l’émotion ? Des bourgognes, j’en ai bu bien souvent depuis, des moins bons et des meilleurs. Et bien d’autres origines. Mais cette fois-là, j’avais poussé la porte d’un monde nouveau, plein de senteurs étranges, mélange inhabituel de douceurs olfactives et d’âpreté en bouche. Impossible de remettre le nez dessus.

Des commentaires de vin, j’en ai écrit des milliers, mais ce vin là restera comme une page blanche dans ma bibliothèque. La plus belle, forcément, car potentielle.
Le vin possède une force évocatrice peu commune, à la mesure ou à la démesure du dégustateur ; le chimiste catalogue des molécules, l’œnologue des défauts et  le poète de bouquets de fleurs. Les mots transcendent la réalité; la raccrochent à une histoire, à une origine, celle du vin, et à un vécu, celle de celui qui boit.
Dans cette chaîne improbable où je me retrouve, moi qui n’avais au départ aucun don particulier, et qui n’en ai probablement pas beaucoup plus aujourd’hui, si ce n’est celui qui confère l’entraînement, me voici passeur de goûts et d’images. Je ne crée rien, je transporte, je restitue, je présente, je contextualise.

Oui, qui nous rendra ce goût ? Et gommera celui de la technique, la poussière d’habitude qui se dépose sur tout ce que l’on fait avec trop de facilité. Qui nous rendra la spontanéité de la première fois, l’émerveillement. Je les retrouve parfois, lorsque je déguste un nouveau cépage, quelque chose d’imprévu, quand je perds mes repères, comme si se levait la barrière, la frontière, la fenêtre qui  ne permet pas de sentir le vent.
Si j’étais musicien, je décrirais des sons. Si j’étais peintre, des couleurs. Je décris des vins dont les arômes évoquent les deux.
L’analogie n’est pas fortuite. Le goût de la première gorgée de vin, c’est un peu le goût de la première écoute du premier 33 tours acheté avec l’argent des étrennes– était-ce Brel ou Alan Stivell? Ou bien les Beatles?

Ces premiers disques, même disparus sous leur forme initiale, et téléchargés bien des années plus tard, on ne les réécoute pas tout à fait avec la même oreille que les autres, tant sont nombreuses les associations cachées au fond de leurs microsillons aujourd'hui dématérialisés.

En attendant le vidage ultime du disque dur qui tourne dans ma tête, j'ai plaisir à partager un peu de la bibliothèque de mes sensations vineuses, en espérant que tout cela vive, et ne se perde pas comme ces grands crus oubliés au fond d'un coffre-fort, surcotés mais complètement inutiles.

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

01 novembre 2010

L'alcool, le vin... "et autres drogues"

Une étude britannique de l'Independent Scientific Committee on Drugs, publiée dans la revue médicale the Lancet, affirme "que l'alcool est la plus dangereuse des drogues". Certes, selon l'étude (ou ce que veut bien nous en dire l'agence Reuters), l'héroïne et le crack tuent plus de gens, "mais l'alcool a des effets plus dangereux pour la société".

Sur une échelle de dangerosité graduée par l'ISCD de 1 à 100, l'alcool est est 72, l'héroïne à 55 et le crack à 54.

Ces conclusions ne font pas l'unanimité: ce comité a été fondé très récemment par le Professeur Nutt, qui occupait jusqu'en janvier le poste de conseiller au "British Advisory Council on the Misuse of Drugs", un organisme officiel dont il a été exclu pour avoir soutenu que le cannabis était moins dangereux que l'alcool. Le Ministère britannique de la Santé reste sceptique, même si la publication dans The Lancet va sans doute relancer la polémique.

Deux questions. Primo, puisqu'il a pris la peine de différencier les drogues entre elles, pourquoi le Professeur Nutt n'a-t-il pas tracé une ligne entre les alcools forts et le vin, notamment? Mettre le breuvage de Bacchus dans le même sac que la vodka, leur attribuer la même dangerosité, voila qui me choque. Compte tenu du degré d'alcool, des effets d'accoutumance, du prix au degré aussi. Sans parler de la force des marques.

Secundo, a-t-on pris en compte le fait que l'alcool est en vente libre, et que donc sa consommation touche un plus grands nombre de gens, pour estimer sa dangerosité vis à vis de la société?

En clair, si le crack était consommé par une base aussi large que l'alcool, sa dangerosité serait-elle toujours plus basse que l'alcool, compte tenu de son taux de mortalité plus élevé?

Question subsidiaire: quid de l'influence culturelle, de la répartition de la consommattion entre les différentes boissons alcoolisées? L'étude se base sur des données britanniques; est-elle pertinente pour la Russie comme pour le Luxembourg et l'Italie?

Vos idées, les amis?

 

 

10:22 Écrit par Hervé Lalau dans Grande-Bretagne, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, alcool, alcoolisation | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |