27 octobre 2010

In Vino Veritas 144

Petite publicité gratuite pour la revue dont j'ai l'honneur d'être le rédac chef adjoint:

In Vino Veritas, 144ème du nom, vient de sortir de presse.

Armagnac, Collioure, Graves, Liban, Champagne, Priorat... il nous fait voir du pays.

J'y ai commis un article sur la Moselle Luxembourgeoise (en tandem avec Marc Vanhellemont), des notes de dégustation, un édito et deux ou trois broutilles.

Vos commentaires sont les bienvenus

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00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, in vino veritas | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

18 octobre 2010

A day in the life of a wine journo

Parmi les commentaires que j'entends, de la part de proches ou de moins proches, ou que je lis sur ce blog, il y en a un qui revient assez régulièrement, et qui a le don de m'exapérer. C'est celui qui dit, en substance: "Vous avez la belle vie, vous autres journalistes du vin. Voyages aux frais de la princesse, logement, restaus, bonnes bouteilles, belles rencontres, vous ne vous embêtez pas".

Cela me chagrine à deux titres.

D'une part, parce que cela peut laisser supposer une connivence avec les organisateurs de ce genre de voyages, les vignerons, les régions qu'ils représentent. Et mettre en doute notre intégrité. C'est vrai que dans un monde parfait, les médias paieraient les frais de leurs journalistes. Mais avec quoi, aujourd'hui? Avec l'argent des abonnements qui couvrent à peine les frais postaux? Avec l'argent des pubs qu'ils ne vendent plus? Et quand bien même ils en vendraient encore assez, le soupçon de collusion serait-il moins grand? Quel éditeur ne serait-il pas tenté de gommer les critiques envers ses sponsors, ou au moins, de les atténuer? Quoi qu'il en soit, j'ai ma conscience pour moi. A chaque voyage, j'ai mon lot de coups de coeur et de déceptions dans le verre. Je parle souvent des premiers, rarement des secondes, parce que la vie est trop courte et le papier trop cher. Et puis, je ne suis qu'un passeur.  Un vigneron ne peut pas inviter la planète chez lui, il m'invite moi pour que je vous en parle. Et si cela en vaut la peine, je vous en parle. Je trouve ça bien.

D'autre part, et cela me touche plus personnellement, cela me chagrine parce que cela laisse à penser que nous n'avons que ça à faire et à penser, alors que pour ce qui me concerne, ce mode de vie, que j'ai choisi, certes, me pèse souvent.

J'ai une femme, trois enfants de 19, 15 et 10 ans. Demain, je pars au Portugal pour 6 jours. Super, le pied! Oui, il y a une partie de moi qui est ravie de revoir l'Alentejo, le Tejo, et de découvrir les vins de l'Algarve. J'espère d'ailleurs pouvoir vendre un ou deux articles sur mon voyage - car c'est de ça que je vis. Rien n'est moins sûr, cependant, car mon dernier article sur le Tejo, il y a 2 ans, n'a pas trouvé preneur. Je l'ai publié sur ce blog, parce que c'était la seule manière pour moi d'honorer des vignerons méritants qui m'ont donné de leur temps. Mais financièrement, l'opération a donc été nulle.

Et pendant ce temps, ma femme doit se coltiner toute seule les aléas de la vie de famille, les grèves de train, les nez qui coulent, les visites chez le médecin, le taxi vers l'école, les pannes de réveil, j'en passe et des plus graves mais qui sont du ressort de notre intimité familiale.

Ah, j'oubliais aussi, je paie mon billet d'avion et mon parking à l'aéroport (et pour 6 jours, ce n'est pas rien).

Vous allez me dire que j'aurais pu refuser d'y aller, cette fois-ci comme il y a deux ans. Qu'un journaliste indépendant doit d'abord s'assurer des débouchés avant de partir. Oui, sauf qu'on ne sait pas forcément si les vins en vaudront la peine, et que les éditeurs peuvent aussi avoir des changements d'agenda. Et puis, cette fois-ci comme il y a deux ans, je n'y vais pas seulement pour moi mais pour l'association dont je suis le secrétaire général, la FIJEV, qui remettra un prix du meilleur vin de la région. En plus, l'organisateur est un bon copain, je ne peux pas lui faire faux bond. Bref, je suis coincé.

Et pour couronner le tout, lundi dernier, j'ai subi une petite opération chirurgicale à la gencive. J'avais donc toutes les bonnes raisons d'avoir envie de rester chez moi - sans parler des articles en cours, qui vont prendre un peu de retard. J'emporte mon ordi, j'essaiera d'avancer un peu au Portugal, si les soirées ne sont pas trop longues.

Côté belles bouteilles, c'est vrai que j'en ouvre - parmi beaucoup d'autres; mais au rythme où je déguste, je n'ai jamais le temps de les boire, et une bonne partie finit par arroser mes plantes - elles s'en portent très bien, merci pour elles.

Voila, vous en savez un peu plus sur ma vie de tous les jours. Je ne demande surtout pas qu'on me plaigne, je suis conscient de faire un des plus beaux métiers du monde; d'ailleurs, je l'ai choisi.

Bref, je plaide coupable d'émotions, d'enthousiasmes idiots, d'emportements tout aussi bêtes, mais pas d'intéressement. Mon train de vie est modeste. Autant que ma petite personne. Ce n'est pas moi qui fais le vin, ce n'est pas moi la vedette. Combien de journalistes ou critiques de vin sont-ils vraiment célèbres dans le monde, d'ailleurs? Parker, Robinson, Johnson, Bettane, on peut sans doute les compter sur les doigts des deux mains. Et que "pèsent-ils", financièrement, face aux propriétaires des crus classés qu'ils jugent? Heureusement que le Bon Dieu m'a préservé du péché d'envie!

Ah oui, pour les belles rencontres, je plaide aussi coupable. Elles font la joie de ce métier. Au hasard des voyages, j'ai côtoyé, plus ou moins longuement, des gens aussi différents qu'Hervé Durand, Marc Imbert, Laurent Combier, Sylvain Fadat, Christian Seely, Gérard Perse, Bernard Magnez, Frédéric Brochet, Francis Boulard, Denis Thomas, Jean-Marc Brocard, Anabel Cruse-Bardinet, Abi Duhr, Ralf Anselmann, Miguel Torres, Thierry Sabon, Jean-Marc Pagès ou le Comte d'Assay. Ce furent de grands moments, à des titres divers. Je ne me fais pas d'illusion, cependant, la plupart ne se souviennent plus de moi.

J'ai aussi fait la connaissance de pas mal de chroniqueurs ou de professionnels du vin au contact desquels j'ai pas mal appris; je pense à mes mentors d'IVV, bien sûr, que vous connaissez, Philippe Stuyck et Marc Vanhellemont en tête; mais aussi à mes amis Louis Havaux, Bernard Sirot, Eric Boschman, Aristide Spies et Frank Van Den Bogaert, à Mark Schiettekat, à Alain Vercouter, à Jacqueline Jensen, à Michel Smith, à Jim Budd, à Jacky Rigaux, à David Cobbold, à Sébastien Durand-Viel, à Laurent Courtial, à Alain Leygnier, à Christian Duteil, à Evelyne Malnic, à Suzanne Mustacich, à Adeline Brousse, à Philippe Durst, à Christine Ontivero, à Marie Gaudel, à Benoît Roumet, à Yves Paquier, à Alexandre Truffer, à Isabel Mijares, à Ronald De Groot, à Anibal Coutinho, à Quentin Sadler, à Sagi Cooper, à Helmut Knall, à Filippo Magnani, à Emanuele Pellucci, à Franco Ziliani, à Ghislain Laflamme, à Ghislain Tremblay, à Nicole Barrette, à Jacques Orhon, à Eli Maamari, à Patricio Tapia, à Gonzalo Sol - bref, à tous ceux avec qui j'ai plaisir, non seulement à déguster mais à plaisanter, à me promener dans les vignes, à parler du vin et de tout autre chose. C'est une camaraderie que nos fréquents déplacements hors de nos foyers rendent presque inévitable - on n'est pas des machines!

J'en oublie, des copains, bien sûr, et ils me pardonneront. Et puis, il y a les contacts établis ou rétablis via ce blog, Iris, Isabelle Perraud, Olif, Berthomeau, Luc Charlier...

Alors oui, je suppose que le jeu en vaut la chandelle. Heureusement, ma femme l'accepte, la plupart du temps. Merci, Chérie.

 

 

 

12:01 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (9) | | | |