08 novembre 2010

Souffrez que je vous parle encore de soufre...

Voici un très bon post de Lilian Bauchet (un tantinet provoc, comme on les aime), sur le thème du soufre.

C'est ici:

http://bachelards.blogspot.com/2010/11/ne-jetez-pas-la-pi...

Et maintenant, comme dit l'agent sulfite, circulez, y a rien à voir!

 

 

00:12 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, soufre | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

03 novembre 2010

Mémoire du vin

Je prends quelques jours de vacances en famille; sans ordi, sans blog, non plus. Pour vous faire patienter, voici quelques lignes à caractère philosophique, voire poétique; voire carrément fumeux. Amis rationalistes (tiens, j'en aurais donc?), passez votre route.

Pour les autres, accrochez-vous, c'est plus fort que la mémoire de l'eau, dont on ne sait pas trop si elle existe ou non...

Qui nous rendra le goût de la première gorgée de vin avalée à la sauvette un soir d’anniversaire, à l’heure où les adultes n’y prenaient plus garde?
Pour moi, c’était un bourgogne – le pinot noir trônait presque seul au panthéon des cépages de mes parents. Quant à dire lequel ? On ne demande pas à Marcel si sa madeleine venait de Commercy.

Qui nous rendra l’émotion ? Des bourgognes, j’en ai bu bien souvent depuis, des moins bons et des meilleurs. Et bien d’autres origines. Mais cette fois-là, j’avais poussé la porte d’un monde nouveau, plein de senteurs étranges, mélange inhabituel de douceurs olfactives et d’âpreté en bouche. Impossible de remettre le nez dessus.

Des commentaires de vin, j’en ai écrit des milliers, mais ce vin là restera comme une page blanche dans ma bibliothèque. La plus belle, forcément, car potentielle.
Le vin possède une force évocatrice peu commune, à la mesure ou à la démesure du dégustateur ; le chimiste catalogue des molécules, l’œnologue des défauts et  le poète de bouquets de fleurs. Les mots transcendent la réalité; la raccrochent à une histoire, à une origine, celle du vin, et à un vécu, celle de celui qui boit.
Dans cette chaîne improbable où je me retrouve, moi qui n’avais au départ aucun don particulier, et qui n’en ai probablement pas beaucoup plus aujourd’hui, si ce n’est celui qui confère l’entraînement, me voici passeur de goûts et d’images. Je ne crée rien, je transporte, je restitue, je présente, je contextualise.

Oui, qui nous rendra ce goût ? Et gommera celui de la technique, la poussière d’habitude qui se dépose sur tout ce que l’on fait avec trop de facilité. Qui nous rendra la spontanéité de la première fois, l’émerveillement. Je les retrouve parfois, lorsque je déguste un nouveau cépage, quelque chose d’imprévu, quand je perds mes repères, comme si se levait la barrière, la frontière, la fenêtre qui  ne permet pas de sentir le vent.
Si j’étais musicien, je décrirais des sons. Si j’étais peintre, des couleurs. Je décris des vins dont les arômes évoquent les deux.
L’analogie n’est pas fortuite. Le goût de la première gorgée de vin, c’est un peu le goût de la première écoute du premier 33 tours acheté avec l’argent des étrennes– était-ce Brel ou Alan Stivell? Ou bien les Beatles?

Ces premiers disques, même disparus sous leur forme initiale, et téléchargés bien des années plus tard, on ne les réécoute pas tout à fait avec la même oreille que les autres, tant sont nombreuses les associations cachées au fond de leurs microsillons aujourd'hui dématérialisés.

En attendant le vidage ultime du disque dur qui tourne dans ma tête, j'ai plaisir à partager un peu de la bibliothèque de mes sensations vineuses, en espérant que tout cela vive, et ne se perde pas comme ces grands crus oubliés au fond d'un coffre-fort, surcotés mais complètement inutiles.

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, philosophie | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |