08 décembre 2010

Jérôme nous parle du soufre

Pour plus de visibilité, je préfère poster dans une chronique séparée le commentaire reçu de mon confrère "naturiste" Jérôme van der Putt, auquel je posais la question: quel taux de soufre maximum pour les blancs et pour les rouges?

A mon avis, 50 mg/l de SO2 total devrait être un maximum pour les blancs secs et 30 mg/l de SO2 total un maximum pour les rouges secs. Étant entendu que les conditions pour faire ces vins les plus naturels possibles sont optimales: raisin sain à la vendange, vendange manuelle, hygiène de cave irréprochable et grande maîtrise et expérience du vigneron / vigneronne. Je prends beaucoup de plaisir en ce moment à rendre des hommages répétés à la mémoire de Marcel Lapierre en dégustant ses merveilleux morgon 2009 sans sulfites ajoutés. Pur jus de raisin fermenté, qui est un hymne à la vinification naturelle et la preuve qu'on peut trouver des vins "les plus naturels possible" parfaitement bons, goûteux, plein de fruit, sans aucune déviation arômatique. Mais çà demande du savoir-faire! A la vôtre.

PS1: j'ai goûté à plusieurs reprises des chenins à fort taux de sucre résiduels, sans aucun ajouts de SO2, notamment d'Elise Brignot (450 grammes de sucre!). Le vin d'Elise est tout simplement sompteux. Je ne sais comment c'est possible mais j'en ai goûté, çà existe et j'aime çà.

PS2: peut-on juste foutre la paix à ceux qui comme moi et bien d'autres autour de moi préfèrent le vin le plus naturel possible, issu de raisin bio, vendangé à la main, levures indigènes, pas d'intrant à la vinification et très peu ou pas de SO2 quand c'est possible et ... réussi évidemment? Nous (et ces vins et ceux qui le font) ne sommes une menace pour personne. On a de leçon à donner à personne, on aime çà. Point. Et comme on en demande et que d'autres nous en fournissent, et dans la bonne humeur encore bien, la vie est belle!

Jérôme van der Putt

20:41 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, soufre, vin nature | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07 décembre 2010

Protectionnisme: l'exemple français

Je reviens sur le protectionnisme australien, dont je vous parlais dans le post précédent. Je m'étais demandé comment les Kangourous réagiraient si les Belges décidaient à leur tour de boire local pendant un mois. J'aurais pu prendre l'exemple des Britanniques, beaucoup plus embêtant pour nos amis australiens, compte tenu de la taille du marché.

Et les Français, me direz-vous? Ah, non, désolé, mauvais exemple, les Français sont déjà les champions du protectionnisme vineux, et tout au long de l'année.

COQ GAULOIS.jpgAh, la France...

Peut-être pas les Français de la base (il y en a sûrement qui seraient curieux de goûter autre chose), mais leurs distributeurs. Ceux-là n'ont sans doute pas envie de se faire piller leurs rayons par quelques agités du vignoble qui pratiquent l'ouverture à géométrie variable. Du genre: "nous, on a le droit d'exporter - regardez comme ils sont bons, nos pays d'Oc et nos AOC; mais vous, gardez vos sales vins étrangers ou sinon on vide vos citernes." Je caricature un peu, mais vous avez l'idée générale.

Ce protectionnisme de fait (si peu conforme à l'esprit européen, au passage), explique en bonne partie le peu de conversation du consommateur français quand on lui parle de vins étrangers. Sans parler des vignerons. Quel contraste avec leurs homologues étrangers!

J'ai rencontré un jour un vigneron piémontais, Giorgio Pelissero, qui me disait toute l'admiration que les viticulteurs de sa région vouaient aux crus de Bourgogne. Certains n'hésitaient pas à visiter la Bourgogne plusieurs fois par an. Combien de vignerons bourguignons connaissent les crus de Barolo, de Barbaresco ou de Barbera d'Asti?

Plus récemment, je faisais la connaissance d'un oenologue tchèque, Jan Stavek, qui me parlait des ambitions des vignerons de sa région en matière d'effervescents. Et quelle était la référence, pour eux? Le Champagne, bien sûr. Car à Prague, aujourd'hui, les hôtels en proposent plus que d'effervescents locaux.

Et en France? A quand remonte la dernière importation de mousseux morave? A Benès? A Kafka? A François Joseph?

N'est-il pas pathétique que les vignerons français se persuadent d'être les meilleurs au monde, et les buveurs français, les plus avertis, alors qu'il sne connaissent rien du reste du monde?

Vivant en Belgique une bonne partie de l'année (quand je ne suis pas sous des climats plus favorables, pour la cause vineuse), et même si je me sens toujours bien Français, j'ai viré cette cutie-là. Je n'ai aucun mérite, toute la planète est représentée ici.

Aussi, je ne veux pas donner de leçon - ce n'est pas la faute des consommateurs français s'ils n'ont pas la chance de pouvoir boire des vins étrangers chez eux. Mais je leur souhaite vraiment que cela change. 

Quant aux vignerons, il me semble que la dégustation des produits étrangers devrait faire partie de la formation permanente... On gagne toujours à connaître l'autre. On s'étalonne, on sait alors quels sont ses vrais points forts et ses points faibles, ses différences, son originalité. On sait mieux de quoi on cause quand on évoque la concurrence (toujours plus ou moins "déloyale", dans la bouche des responsables français).

Pourtant, en Espagne, en Italie, en Australie, au Chili, en Argentine, il y a aussi des gens qui ont le droit de vivre et de produire. Avant de les juger, avant d'enfoncer leurs vins, goûtez-les. Vos produits n'en seront que meilleurs, car vous vous connaîtrez mieux.

Let us drink to that!

 

 

15:18 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, france, protectionnisme | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |