29 décembre 2010

Post incorrect (je me lâche)

Aujourd'hui, je me lâche. C'est plus fort que moi, je vais être bloguistiquement incorrect. Bravoure? Inconscience? Vanité? Peu importe, il faut que ça sorte.

Il faut que cela soit dit: bon nombre de blogs de vin sont à chier. Pour plagier le Grand Jacques: "Amis blogueurs, quand je pense à vous, j'aime que rien ne se perde".

Hervé.jpgMorceau de bravoure


Faisons un rapide inventaire - c'est de saison.

Tout d'abord, il y a les blogs qui ne parlent que de pochtronades entre amis. Sympathiques, mais d'un intérêt limité hors d'un petit cercle imbibé. 

Ensuite, il y a ceux qui ne s'intéressent qu'aux vins nature du Nord-Bugey ou du Sud-Ardéchois; un créneau très particulier, éminement sympathique, mais dont la matière exploitable est rare - d'où, peut-être, la rareté des billets vraiment incontournables.

Il y a ceux, au contraire, qui ne parlent que des Grands Crus acquis très chers et bus religieusement, mais sans recul aucun - si c'est cher, c'est bon; et puis, on ne va quand même pas dire qu'on achète mal, on passerait pour des cons. Pire, pour des parvenus...

Il y a ceux qui vous bassinent avec des commentaires poético-hermétiques, longs comme des jours sans vin, ceux pour qui vigneron rime avec abscons. Je ne citerai pas de noms. Il y en a même qui reçoivent des prix pour ça. L'avantage, c'est qu'une fois le prix rendu, les jurés sont dispensés de relire cette prose. C'est un détail qui a son importance.

Il y a ceux qui vous assènent leurs videos à-mateurs, et dont le seul mérite est d'avoir été là, d'avoir filmé tel grand producteur ou tel grand chroniqueur avec sa tête des mauvais jours au moment où il aurait mieux valu ne pas le filmer. A ceux-là, on a envie de dire: less is more. Le petit bout de la lorgnette, ça use les yeux.

Il y a encore les blogs de vignerons. Là, il faut faire la part des choses; certains sont très bons - on peut être vigneron et savoir parler de ce qu'on fait, au travers de ses gestes, de ses travaux, de l'année vigneronne. Ceux-là savent partager leur passion...  D'autres pas.

Il y a les blogs de genre: les blogs de filles, les blogs de mecs, les blogs de beaufs, les blogs de blondes, les blogs de collectionneurs d'étiquettes, les blogs à clef.

Mais tous ceux-là ne ne sont pas les pires: ils sont plus ou moins supportables, au moins à petite dose. Il y a aussi une petite proportion de très bons blogs, ne les oublions pas - mais ce n'est pas mon sujet aujourd'hui. Ils n'ont d'ailleurs pas besoin de moi pour se reconnaître.

Non, les pires, pour moi, ce sont ceux qui jetent l'anathème (sur tout et son contraire); ceux qui professent l'amour du vin mais le désamour du prochain. Non seulement ces blogs me déplaisent, mais en plus, ils m'emmerdent. Parce qu'ils ont tout compris. Moi pas.

Certes, les blogs confèrent aux gens une liberté d'expression incomparable. Et souhaitable. Mais bon sang, liberté, que de conneries s'étalent en ton nom sur la toile!

Ce n'est pas que nous autres journalistes soyons irréprochables - loin de là. Des faux dieux, des gourous insupportables, des incompétents, des suffisants et des insuffisants, nous en avons notre lot. Dieu sait, d'ailleurs, s'il ne m'arrive pas de l'être.

Mais le papier coûtant ce qu'il coûte, il y a quand même une certaine sélection qui s'opère. On publie bien quelques belles merdes deci-delà, et puis beaucoup de banalités. Sans oublier toute la copie qu'on pisse sur commande publicitaire.

Mais même en s'y mettant à plusieurs, toutes les revues de vin ne pourront jamais lutter contre le flot d'inutilité déversé sur le web.

Bon, je n'ai aucune solution à ça.

Vous me direz que mon jugement est très subjectif. Mais qu'est-ce qui ne l'est pas? Peut-être ce blog-ci vous donne-t-il des aigreurs d'estomac, voire de l'urticaire? Et qui suis-je pour me moquer des "confrères"? Pour qui me prends-je, Solange?

Le fait est qu'il n'y a pas vraiment de fraternité dans la blogosphère. Nous sommes trop différents, trop dispersés aussi. A chacun sa vie, à chacun sa vérité.

Sauf qu'aujourd'hui, marketing oblige, des moteurs de recherche, des fournisseurs d'accès, des réseaux plus ou moins sociaux se sont mis en tête de classer les blogs.

L'élément déterminant étant la fréquentation, je crains qu'on en arrive vite au moins disant culturel.

Le son du roteur (mp3 stereo) attire plus que la fine description du négoce bordelais dans les années 1750. La minute 25 où une accorte jeune fille (bonnet C) vous dit toute son estime pour le flacon d'un improbable vin moldovalaque ou burdigalais, peu importe, voila qui vous scotche plus sûrement à votre écran que la prose édifiante d'un authentique passionné.

Voila pourquoi je crains qu'on ait pas fini de voir de mauvais blogs sur le vin. Pire, même, ils pourraient bien se multiplier comme la misère sur le bon peuple cathodique. A croire que moins on boit de vin, et plus on aime à en parler, et n'importe comment.

Et excusez ma franchise!

19:17 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : blog, vin, vignoble, incorrect | Lien permanent | Commentaires (117) | | | |

21 décembre 2010

L’affaire Pusztai

Les OGM... vaste débat. N'ayant pas la compétence pour le trancher, je m'en remets à d'autres. Régulièrement, je vois fleurir dans les commentaires et dans les blogs des infos rassurantes. Je reste assez sceptique, sans trop pouvoir dire pourquoi.
Non que je réprouve toute forme de progrès, surtout quand il pourrait contribuer à abaisser les doses de pesticides, par exemple. Doses de pesticides dont d'autres commentateurs nous disent qu'elles sont parfaitement sous contrôle, cependant. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque la science nous permettra bientôt de résoudre des problèmes qui ne se posent même pas.
Mais trève de persiflage. Je suis tombé par hasard sur une curieuse histoire, celle du Dr Pusztai. Cette histoire démontre, d'une part, que contrairement à une unanimité de façade, tout le monde scientifique ne s'accorde pas  en ce qui concerne l'innocuité des OGM. Mais aussi, et cela me semble au moins aussi grave, comme journaliste, que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire à l'ère des mass media. Voyez ici

On pourra objecter que ce site a choisi son camp, qu'il n'a rien de neutre. C'est vrai. Les informations qu'il reprend, cependant, émanent des très sérieux Daily Mail et The Guardian, deux quotidiens britanniques de tendances politiques opposées, mais qui se rejoignent sur un point: l'information sur les OGM serait manipulée par ceux qui ont intérêt à nous les vendre, et ce, au plus haut niveau.
D'où ma question toute bête: moi qui n'ai aucune compétence pour juger, je me demande pourquoi, si la technologie est sûre, on aurait besoin de recourir à une telle désinformation. Pourquoi on ne pourrait laisser des voix discordantes s'élever dans le monde scientifique...
Apparemment, en l'espèce, les partisans de Monsanto n'ont pas choisi d'argumenter, de discuter, de remettre en cause tout ou partie de leur travail, quitte à améliorer leur offre (le doute, c'est pourtant important, dans la science). Non, ils se sont arrangés pour que le trublion soit réduit au silence. Pire: ils ont tout fait pour le discréditer. Trente ans de carrière mis aux orties. Orties OGM, sans doute.
Là, on quitte le monde de la recherche pour entrer dans celui des affaires et de la politique. Moi qui n'avait aucun a priori contre Monsanto, je me pose des questions. Je sens comme un vague haut-le-coeur qui monte. J'ai toujours eu une aversion pour tout ce qui ressemble à une théorie du complot, j'ai dû mal à concevoir que des entreprises multinationales nourrissent de noirs desseins contre leurs clients potentiels. Mais là, je ressent comme une gêne. Pardon, un gène.
En France, les faucheurs volontaires de champs OGM ont été jugés, condamnés et abondamment décriés - ne les traite-t-on pas de "facistes verts"? Grâce à eux, pourtant, on a au moins appris une chose: que l'INRA réalisait des tests sur des vignes OGM à Colmar. On n'en avait guère entendu parlé auparavant. 
Sans excuser leurs excès, le black-out qu'on observe sur cette question ne justifie-t-il pas un petit peu de leur activisme? Même s'il convient de garder là aussi notre esprit critique, de ne pas prendre pour argent comptant des peurs qui peuvent devenir irrationnelles, seule une information pluraliste peut nous permettre d'exercer notre libre arbitre. Science sans conscience...