09 janvier 2011

2011, année du Q

Mon excellent confrère du Blog des 5 du Vin, j'ai nommé Hervé Lalau, cet autre moi-même, vient gentiment de m'autoriser à reproduire un de ses derniers textes. C'est qu'il me sert de tremplin pour aller encore plus loin dans le mauvais goût, dans l'incorrection, dans tout ce qui fait que ce blog est honni de ceux qui aimeraient me voir y faire la défense et l'illustration de la viticulture française, et uniquement cela.

"Je rebondis (mollement mais en souplesse) sur le post de Michel Smith qui décrète 2011 Année de la Douceur  (voir ICI). Je soutiens l'initiative. J'étais même prêt à la soutenir devant l'OIV, voire devant l'Unesco (les 5 du Vin ne doutent de rien, c'est sans doute l'effet Berthomeau). Las! 2011 est déjà prise. 2011 est l'année Unesco de la Chimie.

Ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Bien sûr, certains producteurs recourent à la chimie de M. Chaptal pour obtenir leurs nectars. D'autres, à la physique de M. Cryo. Demain, peut-être, à la génétique de M. Monsanto.

Mais ce ne sont certainement pas là les vins auxquels Michel pensait..."

Et maintenant, la surenchère: je propose que 2011 soit proclamée Année du Q.

Il s'agira de fertiliser la production en sélectionnant uniquement les reproducteurs de qualité.

Je compte obtenir la collaboration au moins passive de l'INAO-Q (Q pour Qualité, bande de vicieux).

 Du Cul.jpg

Q de bouteille, s'entend...

Le schéma serait simple. Seul un certain nombre de collerettes AOQ seraient imprimées (avec filigrane, code infalsifiable, tout le toutim), ce qui limiterait à 20% le nombre de bouteilles pouvant revendiquer l'Appellation par rapport au volume actuel. Les autres continueraient à pouvoir revendiquer l'AOC, mais tout le monde en rigolerait - encore plus qu'aujourd'hui, je veux dire. Et vexés de se sentir ainsi exclus de la qualité, ils feraient des efforts surhumains pour recoller au peloton.

Mais je vous vois venir: qui déciderait de ceux qui pourraient avoir l'AOQ et de ceux qui ne pourraient pas l'avoir?

J'ai la réponse, bien sûr, et je vais vous la donner, si vous me le demandez poliment.

"S'il vous plaît, Hervé, qui ferait ce tri entre AOQ et AOC?"

Mais nous, bien sûr!

Les 5 du Vin ont commencé petit, sous la forme d'un blog, mais leur ambition cachée (comme toute ambition qui se respecte) était beaucoup plus vaste. D'ailleurs, réunir un grand commis de l'Etat, un Belge, un Anglais, un Sénégalais et un Expat français, ça ne vous a pas mis la puce à l'oreille? On dirait un panel!

Nous avons rôdé la formule avec le Carignan (merci Michel). Aujourd'hui, nous voici en mesure d'étalonner l'ensemble de la production française (et demain, qui sait, le monde...). Les échantillons seront envoyés chez Jacques B., bien sûr, en vertu de son glorieux passé dans l'administration. Mais les vins seront dégustés, appréciés, recrachés ou vomis par les 5 collectivement.

Compte tenu des volumes en question, un délai d'environ 4 ans est à prévoir pour l'obtention de la mention (un peu comme dans le cas du bio, mais moins pour des raisons de conversion à la qualité que de quantité).

Alons, je déconne! Oubliez tout ce que je viens de dire. Si ce Q là faisait vendre, ça ce saurait!

 

  

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Pour rire, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, qualité, q | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

08 janvier 2011

Lurton l'Argentin

J'ai eu la chance l'année dernière d'interviewer François Lurton. Un homme au destin peu banal.

Héritier d'une grande dynastie vineuse girondine, formé à la comptabilité et au commerce international, François Lurton avait son avenir tout tracé devant lui: il vendrait les vins du "clan" à Bordeaux. Et pendant dix ans, il l’a fait. Mais la famille, ce n'est pas toujours facile à vivre. Et encore moins à bouger.  Ou bien était-ce vraiment l’appel du large et des terroirs? Comme en Languedoc, où il prospectait pour son père, d’abord, puis beaucoup plus loin...

François Lurton 03.jpgLurton dans la Pampa

Ses galons de chef d’entreprise et de vinificateur, en tout cas, c’est bien loin de Bordeaux qu’il les a gagnés. D’abord comme consultant, avec son frère Jacques, de la Californie à la Moldavie en passant par la Loire. Mais assez vite, les frères Lurton ont voulu faire leurs propres vins. Ils acheté des terres, planté des vignes. En Argentine, d’abord, puis en Espagne, au Chili, au Portugal, au fil des coups de cœur.  Sacré défi que de coordonner des activités réparties entre 5 pays et deux continents, de former et d’animer les équipes, de déléguer sans perdre le contact avec le terrain. D’autant que depuis 2007, François a repris seul les rênes de la société.

L’aventure est née un peu du hasard, des relations de famille. Mais François, lui, ne laisse rien au hasard. Dans le choix de ses implantations, dans les techniques de vinification, dans la recherche de l’esprit d’un lieu, dans le marketing de ses gammes, susceptibles de plaire au consommateur moderne et cosmopolite, Lurton est un perfectionniste. C’est tout cela qui s’exprime dans ses vins. Typés, mais commerciaux. Ni trop peu, ni pas assez.

Je ne vous le cache pas, voila un type, et il ne sont pas si nombreux, pour lesquels je ressent une réelle admiration.

Las Higueras.jpgLas Higueras Malbec 2009

En Argentine, François s’est installé dans la Vallée d’Uco, sur les rives du fleuve Mendoza, à 700 m au dessus du niveau de la mer. C’est un terroir d’argiles et d’alluvions, au climat quasi-méditerranéen (pas étonnant que la finca porte le nom d'Higueras, les Figuiers), et propice au Malbec. Mais aussi à la Bonarda et au Pinot Gris.

Voici ici le Malbec 2009 - sans doute le plus emblématique des cépages d'Argentine.

Une petite digression à ce propos: c'est faire preuve d'un grand manque de curiosité que d'attribuer ainsi aujourd'hui à chaque pays son cépage; ou peut-être faut-il y voir la marque de ce marketing simplet qui voudrait que tous les Touraine blancs soient des sauvignons, quand le monde croule sous le sauvignon... Simplifier pour expliquer, d'accord, mais simplifier l'offre pour ne plus avoir rien à expliquer, c'est autre chose...

Quoi qu'il en soit, notre expat' bordelais signe avec ce Malbec un vin élégant, structuré mais pas body-buildé, d’une étonnante fraîcheur. Aux fruits noirs du nez répondent de beaux épices en bouche,  de soyeux tannins.  Belle longueur, mais surtout beaucoup de délicatesse (12,8°, c'est très raisonnable, pour le Nouveau Monde).

Voici un Argentin civilisé, un hidalgo plus qu'un gaucho, dirons-nous (mais je n'ai rien contre les gauchos)...

Pour les Belges ou les frontaliers; en vente chez Delhaize, au prix modique de 4,79 euros.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Bordeaux, Vins de tous pays | Tags : lurton, vin, vignoble, argentine, malbec | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |