21 décembre 2010

L’affaire Pusztai

Les OGM... vaste débat. N'ayant pas la compétence pour le trancher, je m'en remets à d'autres. Régulièrement, je vois fleurir dans les commentaires et dans les blogs des infos rassurantes. Je reste assez sceptique, sans trop pouvoir dire pourquoi.
Non que je réprouve toute forme de progrès, surtout quand il pourrait contribuer à abaisser les doses de pesticides, par exemple. Doses de pesticides dont d'autres commentateurs nous disent qu'elles sont parfaitement sous contrôle, cependant. Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes puisque la science nous permettra bientôt de résoudre des problèmes qui ne se posent même pas.
Mais trève de persiflage. Je suis tombé par hasard sur une curieuse histoire, celle du Dr Pusztai. Cette histoire démontre, d'une part, que contrairement à une unanimité de façade, tout le monde scientifique ne s'accorde pas  en ce qui concerne l'innocuité des OGM. Mais aussi, et cela me semble au moins aussi grave, comme journaliste, que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire à l'ère des mass media. Voyez ici

On pourra objecter que ce site a choisi son camp, qu'il n'a rien de neutre. C'est vrai. Les informations qu'il reprend, cependant, émanent des très sérieux Daily Mail et The Guardian, deux quotidiens britanniques de tendances politiques opposées, mais qui se rejoignent sur un point: l'information sur les OGM serait manipulée par ceux qui ont intérêt à nous les vendre, et ce, au plus haut niveau.
D'où ma question toute bête: moi qui n'ai aucune compétence pour juger, je me demande pourquoi, si la technologie est sûre, on aurait besoin de recourir à une telle désinformation. Pourquoi on ne pourrait laisser des voix discordantes s'élever dans le monde scientifique...
Apparemment, en l'espèce, les partisans de Monsanto n'ont pas choisi d'argumenter, de discuter, de remettre en cause tout ou partie de leur travail, quitte à améliorer leur offre (le doute, c'est pourtant important, dans la science). Non, ils se sont arrangés pour que le trublion soit réduit au silence. Pire: ils ont tout fait pour le discréditer. Trente ans de carrière mis aux orties. Orties OGM, sans doute.
Là, on quitte le monde de la recherche pour entrer dans celui des affaires et de la politique. Moi qui n'avait aucun a priori contre Monsanto, je me pose des questions. Je sens comme un vague haut-le-coeur qui monte. J'ai toujours eu une aversion pour tout ce qui ressemble à une théorie du complot, j'ai dû mal à concevoir que des entreprises multinationales nourrissent de noirs desseins contre leurs clients potentiels. Mais là, je ressent comme une gêne. Pardon, un gène.
En France, les faucheurs volontaires de champs OGM ont été jugés, condamnés et abondamment décriés - ne les traite-t-on pas de "facistes verts"? Grâce à eux, pourtant, on a au moins appris une chose: que l'INRA réalisait des tests sur des vignes OGM à Colmar. On n'en avait guère entendu parlé auparavant. 
Sans excuser leurs excès, le black-out qu'on observe sur cette question ne justifie-t-il pas un petit peu de leur activisme? Même s'il convient de garder là aussi notre esprit critique, de ne pas prendre pour argent comptant des peurs qui peuvent devenir irrationnelles, seule une information pluraliste peut nous permettre d'exercer notre libre arbitre. Science sans conscience...

15 décembre 2010

Est-ce que j'ai une gueule de protocole?

On parle beaucoup de protocole, ces derniers temps, dans le microcosme du vin.

Protocole de dégustation, s'entend. Après la mise en place de celui du nouveau label des crus bourgeois, on réfléchit à celui du prochain classement de Saint Emilion. François Mauss, qui y consacre quelques chroniques sur le blog de son Grand Jury Européen, en profite pour rappeller le sien, de protocole.

Le mot a deux sens. Le premier est "procédure". C'est d'ailleurs à celui-là qu'on a affaire.

Le second est "étiquette", "hiérarchisation".

Chez In Vino Veritas, où je déguste le plus souvent, la première est réduite à sa plus simple expression. Une table, deux verres, dégustation à l'aveugle, juste la mention de l'appellation et du millésime, pas de fiches détaillées du genre de celle de l'OIV, notation sur 20, commentaire facultatif. Redégustation de contrôle: très rare (hors goût de bouchon, bien sûr).

Quant au second sens, l'étiquette, nous ne nous y soumettons guère. Même son Eminence le rédac chef déguste comme les autres et n'a pas voix prépondérante. Les grands crus de Bourgogne sont jugés comme les petits vins de Triffouillis les Cagades. Et je vous le confesse: il y a même des séances où l'on rit. Jaune, rouge ou blanc.

Un peu trop simple? Il y a du pour et du contre. C'est vrai que nous passons peut-être à côté de certains vins, notamment des vins de prestige, ce qui peut être dommage, mais il est rare qu'on se trompe tous en même temps.

Bien sûr, nos avis n'ont rien d'officiel, nous ne visons pas non plus à devenir une quelconque référence.

Peut-être d'ailleurs est-ce que c'est ce principe même, le côté officiel, référence, qui pose problème dans la démarche des classements. Petite incise: il serait intéressant de pouvoir avoir accès aux commentaires des vins qu'on écarte des classements. Sont-ils vraiment moins bons et en quoi? A quel instant T et en vertu de quelle prétendue typicité? Et si vous, vous les appréciez? Etes-vous dans l'erreur?

Avons-nous, avez-vous besoin qu'on vous dise quoi penser des vins avant que vous ne les buviez, de manière irréfutable? Nous ne le pensons pas. Nous pouvons vous recommander des vins, on ne vous oblige pas à les trouver bons.

Notre jury, nous le voyons plutôt comme une émanation de vous. Vous ne pouvez pas tous tout goûter, alors nous le faisons pour vous. Sérieusement, mais simplement.

Et merde pour le protocole!

 

06:22 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |