08 janvier 2011

Lurton l'Argentin

J'ai eu la chance l'année dernière d'interviewer François Lurton. Un homme au destin peu banal.

Héritier d'une grande dynastie vineuse girondine, formé à la comptabilité et au commerce international, François Lurton avait son avenir tout tracé devant lui: il vendrait les vins du "clan" à Bordeaux. Et pendant dix ans, il l’a fait. Mais la famille, ce n'est pas toujours facile à vivre. Et encore moins à bouger.  Ou bien était-ce vraiment l’appel du large et des terroirs? Comme en Languedoc, où il prospectait pour son père, d’abord, puis beaucoup plus loin...

François Lurton 03.jpgLurton dans la Pampa

Ses galons de chef d’entreprise et de vinificateur, en tout cas, c’est bien loin de Bordeaux qu’il les a gagnés. D’abord comme consultant, avec son frère Jacques, de la Californie à la Moldavie en passant par la Loire. Mais assez vite, les frères Lurton ont voulu faire leurs propres vins. Ils acheté des terres, planté des vignes. En Argentine, d’abord, puis en Espagne, au Chili, au Portugal, au fil des coups de cœur.  Sacré défi que de coordonner des activités réparties entre 5 pays et deux continents, de former et d’animer les équipes, de déléguer sans perdre le contact avec le terrain. D’autant que depuis 2007, François a repris seul les rênes de la société.

L’aventure est née un peu du hasard, des relations de famille. Mais François, lui, ne laisse rien au hasard. Dans le choix de ses implantations, dans les techniques de vinification, dans la recherche de l’esprit d’un lieu, dans le marketing de ses gammes, susceptibles de plaire au consommateur moderne et cosmopolite, Lurton est un perfectionniste. C’est tout cela qui s’exprime dans ses vins. Typés, mais commerciaux. Ni trop peu, ni pas assez.

Je ne vous le cache pas, voila un type, et il ne sont pas si nombreux, pour lesquels je ressent une réelle admiration.

Las Higueras.jpgLas Higueras Malbec 2009

En Argentine, François s’est installé dans la Vallée d’Uco, sur les rives du fleuve Mendoza, à 700 m au dessus du niveau de la mer. C’est un terroir d’argiles et d’alluvions, au climat quasi-méditerranéen (pas étonnant que la finca porte le nom d'Higueras, les Figuiers), et propice au Malbec. Mais aussi à la Bonarda et au Pinot Gris.

Voici ici le Malbec 2009 - sans doute le plus emblématique des cépages d'Argentine.

Une petite digression à ce propos: c'est faire preuve d'un grand manque de curiosité que d'attribuer ainsi aujourd'hui à chaque pays son cépage; ou peut-être faut-il y voir la marque de ce marketing simplet qui voudrait que tous les Touraine blancs soient des sauvignons, quand le monde croule sous le sauvignon... Simplifier pour expliquer, d'accord, mais simplifier l'offre pour ne plus avoir rien à expliquer, c'est autre chose...

Quoi qu'il en soit, notre expat' bordelais signe avec ce Malbec un vin élégant, structuré mais pas body-buildé, d’une étonnante fraîcheur. Aux fruits noirs du nez répondent de beaux épices en bouche,  de soyeux tannins.  Belle longueur, mais surtout beaucoup de délicatesse (12,8°, c'est très raisonnable, pour le Nouveau Monde).

Voici un Argentin civilisé, un hidalgo plus qu'un gaucho, dirons-nous (mais je n'ai rien contre les gauchos)...

Pour les Belges ou les frontaliers; en vente chez Delhaize, au prix modique de 4,79 euros.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Argentine, Bordeaux, Vins de tous pays | Tags : lurton, vin, vignoble, argentine, malbec | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

07 janvier 2011

2011 selon l'ami Boschman

Eric Boschman nous adresse ses voeux et ses envies pour 2011 - nous parlons de cuisine et de vin, bien sûr, car pour le reste, c'est carré blanc...

Ben oui, j’ai des envies moi pour l’année qui vient de naître, autant les partager avec vous hein, tant qu’à faire!

Le cadre : si les entrepreneurs pouvaient comprendre que le meilleur concept lorsque l’on ouvre un restaurant c’est que ce soit bon. Le reste on s’en tape un peu, oui, je l’avoue, quand c’est joli c’est nettement mieux, mais personne ne va à table pour manger les rideaux ou juste mater les fortes poitrines des étudiantes à piercing.

L’accueil : et si, en cette époque où le service tend à disparaître dans les très grands restaurants à la mode, puisque ce sont les cuisiniers qui viennent directement porter leurs assiettes à table, les quelques serveurs et héritiers de ce bon vieux Loufiat, se souvenaient qu’ils sont là parce qu’ils l’ont choisi ? Au lieu de recevoir les gens d’un coup de menton comme cela arrive trop souvent, ou de taper les assiettes sur les tables sans aucun don de soi, il y avait juste une petite lueur qui indique l’envie ? Allez, rêvons qu’en 2011 partout les serveurs auront le sourire.

Boschman.jpgLe maître fait le pitre, mais ne vous y fiez pas...

Les cartes: et si en 2011 on arrêtait de nous gonfler avec les termes genre "local", "original", "de saison"? Parce qu’au rythme où c’est parti, on va nous resservir le coup de la convivialité ou, pire encore, l’idée du «Produit» avec le chef en veste blanche qui va faire son marché à l’aube. Et puis, si on est cohérent avec cette idée locale, va falloir arrêter au moins le thé et le café. Vive le retour de la chicorée !

Les vins: en 11 les vins seront tarifés à un juste prix. Tranquille, peinard. Pas de coefficients délirants, plus de matraquage sur des vins qui s’achètent en moyenne entre 3 et 5 euros et se vendent entre 25 et 30 au minimum.

Est-ce cher? La restauration est un métier difficile, ce n’est pas en regardant quelques pauvres bougres faire les chiens savants devant quelques caméras et des jurés indigents que l’on devient cuisinier. Les gamins qui veulent devenir top chef doivent savoir qu’en cuisine, c’est comme chez les Messies, beaucoup d’appelés pour peu d’élus…

Faut-il y aller? Quelle bête question, un restaurant, même pas terrible, c’est quand même souvent mieux qu’un plat préparé sortant du micro-ondes!

Eric Boschman

Ndlr: Eric, juste un souhait de ma part: moins d'additifs, de conservateurs, de glutamates... J'ai des allergies.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |