01 février 2011

Kanonkop

On a parfois l'impression que les Sud-Africains veulent un peu tout faire à la fois, du sec, du doux, du frais, du boisé, du rouge, du blanc, de la syrah et du sauvignon. Ce qui choque nos esprits européens, habitués à une spécialisation par terroirs.

Il faut nuancer: d'abord, la diversité géologique et surtout climatique est telle, au Cap, entre petites sous-régions, qu'on peut effectivement obtenir une palette de vins assez large au sein d'une région ou d'un district donné. Ainsi, entre Stellenbosch et Elgin, on passe d'un climat méditerranéen à un climat océanique nettement plus frais; il n'y a pourtant qu'un saut de puce entre les deux - mais une montagne, aussi, et cela fait toute la différence.

Et puis, il y a des contre-exemples: Kanonkop, notamment. La preuve dans le verre lors d'une belle dégustation organisée sur place, en compagnie du winemaker Abrie Beeslaar et d'un des deux copropriétaires, Johann Krige.

L1030065.jpgKom binnen!


Ceux-ci nous expliquent que la maison s'est spécialisée dans les rouges, avec une prédilection pour le pinotage et le cabernet sauvignon. La gamme Kadette accueille les vins de jeunes vignes, plus vite prêts, le reste comprend les vins Kanonkop proprement dits (y compris un vin de single vineyard) et une ligne de vins de réserve intitulée du nom du grand père, une figure de la viticulture sud-africaine, Paul Sauer.

Au final, une très bonne impression; des vins bien travaillés, un style maison qui transcende les cépages: le fruit, et un je ne sais quoi de charmeur, d'élégant, de séduisant sans affectation.

Kadette Rooi 2009
Vernis à ongle, bonbon, cuir, céleri, très sympa.
50% pinotage, 25% cabernet-sauvignon et 25% merlot. 13° alc. 14/20

Kanonkop Rosé 2009  pelure d'oignon, bonbon anglais, fraise, sec, alcool, très friand. Quelle buvabilité! 15/20

Kanonkop Pinotage 2009
Fumée et prune au nez, cuir, épices, en avant bouche,  une peu rustique en finale, mais de la personnalité. 14/20

Kanonkop Pinotage 2001
Prune, violette et fruits noirs bien mûrs au nez, cuir, truffe et notes de Porto en bouche. Et quelle longueur 15/20

Kanonkop Pinotage 2006 "Single Vineyard"
Goudron, tabac, fruit, truffe au nez; épices, tannins suaves, belle complexité en bouche, avec un peu de fumée en finale. Bonne extraction, pas trop poussée, juste ce qui faut. Plus élégant que le Kanonkop Pinotage 2009. Un des plus beaux vins dégustés en Afrique du Sud jusqu'à présent. 17/20

Kanonkop Cabernet Sauvignon 1998
Poivron, fruit mur, notes fumées, la bouche est assez fraîche malgré le bois (22 mois de barrique dont 70% de bois neuf). A attendre. 15/20

 

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Kanonkop Cabernet Sauvignon 2003
fumé, raffiné, humus, très équilibre, long, thym, étonnement jeune
"2003, contrairement à L'Europe, a été ici un millésime plutôt frais; mais sec" précise Abrie.


Kanonkop Cabernet Sauvignon 2007
Très jeune encore. Poivron rouge, assez simple au nez.  Un peu  dur en bouche. 13/20

Kanonkop "Paul Sauer" 1995 Cabernet Sauvignon

Nez de Porto et de raisins secs, juteux en bouche, avec quelques très belles notes de moka, de goudron et de fumée. Les tannins sont bien présents mais fins. Un vin très droit. 15,5/20

Kanonkop "Paul Sauer" 2004 Cabernet Sauvignon
Au nez, un blend très complexede fuit compoté, d'humus, de truffe et de cacao; en bouche , de torréfaction et une superbe minéralité. Un vin de caractère 17/20

Kanonkop "Paul Sauer" 2007 Cabernet Sauvignon
Puissant, imposant, un monument. Doit encore s'affiner 15/20

00:32 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, afrique du sud | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

25 janvier 2011

650 euros le tonneau de 900 litres de Bordeaux

La société s'appelle "Grands Vins de Gironde" mais elle ne doit pas vendre que ça, puisqu'elle a été bloquée la semaine dernière par les Jeunes Agriculteurs de Gironde. Ceux-ci lui reprochaient d'avoir conclu des contrats d'achat à... 650 euros le tonneau (de 900 litres). 

Ajoutez les marges, le transport, l'embouteillage où l'embibage... et ça vous donne l'équivalent bouteille de 75cl aux alentours d'un euro-un euro 30 au détail, je suppose...

Ceci n'est qu'une illustration, certes assez extrême, de la décote des AOC Bordeaux: sur toute l'année 2010, selon la porte-parole des Jeunes Agriculteurs, Magali Vérité, "45 % des volumes de Bordeaux en vrac ont été vendus en dessous de 800 euros le tonneau, ce qui est très largement en dessous du coût de production".

Que faire? Instaurer un prix minimum? Et la liberté du commerce? Est-ce à GVG d'assumer le risque d'un prix hors marché? Car en définitive, le consommateur achètera-t-il?

Produire moins et meilleur, alors? Sans doute. Mais c'est un travail de longue haleine, il faut remonter la notoriété d'ensemble de l'AOC, et trouver des débouchés à des prix plus élevés.

Se reconvertir? Oui, ce sera sans doute le lot de bon nombre d'exploitations. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.

Je me demande ce qu'en pensent les Sud-Africains. D'ailleusr, je vais le leur demander.

 


00:45 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, cotations, cours, tonneau | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |