22 mars 2011

De l'eau dans mon vin

Aujourd'hui est une journée particulière. C'est la Journée Mondiale de l'Eau.

C'est donc aussi un peu la nôtre, amis du vin, puisque le vin contient entre 85 et 90% d'eau.

A ce titre, nous ne pouvons que tirer un grand coup de chapeau aux Danone, aux Nestlé, à tous les grands groupes qui sont parvenus à faire d'un produit insipide (par définition, quoi qu'en disent les goûteurs d'eau) et totalement inutile (l'eau embouteillée, par opposition à l'eau du robinet) un succès commercial planétaire.

vin,eauQue d'eau, que d'eau!

Que nos producteurs de vin, dispersés, atomisés, inaudibles, en prennent de la graine. C'est sans doute une question de puissance des marques. Et de publicité. L'eau qui fait maigrir, "balance ta balance", "l'eau vitalité", c'était bien vu. Je connais même des midinettes qui y croient encore.

C'est une question de lobbying, aussi. Quand je pense que les jeunes accouchées de ce pays reçoivent des bons d'achat pour des bouteilles d'eau, "pour bébé", je me demande de qui on se moque. Si l'Europe avait une vraie politique de l'environnement, ce sont des bons pour le recyclage des bouteilles en plastique qu'on leur distribuerait, pour les conscientiser. Et si les responsables de la santé publique n'étaient pas si proches des grands groupes d'intérêts, les eaux en bouteille seraient-elles toujours déclarées d'utilité publique? Leur bénéfice santé par rapport à l'eau du robinet est limité, mais leur prix au litre est exorbitant et leur empreinte carbone est terrifiante.

En attendant, bien sûr, je lève mon verre de Bourgogne blanc à la Journée Mondiale de l'Eau, en espérant qu'un jour, chaque homme sur cette planète pourra avoir accès à ce luxe incroyable. H 2O. L'eau.

11:41 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, eau | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

21 mars 2011

Vin, journalisme et convictions

Un certain Gracien, sur le Blog des 5 du Vin, me fait remarquer que le rôle d'un journaliste n'est pas d'avoir des convictions, mais de mener de bonnes enquêtes.

Je suis d'accord avec lui.

Raton.jpgSuis-je à la hauteur des vins que je commente?

J'étais journaliste avant de m'intéresser professionnellement au vin. L'enquête à charge et à décharge, la vérification des sources, je connais. Evidemment, dans la critique du vin, ce n'est pas toujours facile.

Un exemple: comment être sûr que les cépages ou l'origine indiqués sur l'étiquette correspondent tout à fait à la réalité? On ne peut pas mettre un gendarme derrière chaque bouteille...

Mais la recherche de l'objectivité est aussi nécessaire dans le journalisme vineux qu'ailleurs. Même sur ce blog. Car comme un médecin ne cesse pas d'être médecin en dehors de ses heures de consultations, un journaliste reste toujours un journaliste, même quand il n'est pas payé pour ce qu'il écrit.

Le langage est parfois trompeur. Mes commentaires de vin laissent parfois échapper un "j'adore!" ou un "quelle classe!" qui pourraient laisser croire que je fais d'abord parler mes sentiments plutôt que d'analyser le vin pour ce qu'il est.

Les deux ne sont pas incompatibles, au moins sur ce blog, au ton forcément plus personnel. Parce qu'ici, j'ai tendance à vous proposer ce qui me plaît vraiment, ce qui m'étonne, ce qui me bluffe ou ce qui m'interpelle. Je ne vais quand même pas vous imposer les commentaires de tous les vins inintéressants que je goûte!

D'un autre côté, ce blog n'est que la partie émergée de mon iceberg; dans le cadre des dossiers que mes chers éditeurs me confient, il m'arrive souvent de me dire que tel vin que je n'aime pas... est un bon vin. De faire abstraction de mes préférences gustatives, de lui laisser sa chance. Et de l'écrire.

J'ai quelques exemples précis en mémoire; quelques grands crus du Médoc, très austères, très classiques aussi, qui ne me donnent pas vraiment de plaisir (chose que je recherche dans le vin pour moi comme pour mes lecteurs), mais qui sont très bien construits. Je pense aussi à certains vins oxydatifs du genre sherry, vin jaune ou même madère, un univers dans lequel j'ai souvent du mal à rentrer le bout de mon nez, mais dont je dois reconnaître qu'il en vaut la peine. Et dans ce cas, mon commentaire ne sera pas plus sévère que pour un vin qui flatterait mon palais.

Des années de dégustation m'ont appris à me méfier de moi-même; de mes élans, de mes dégoûts. Je dois dire que j'y ai été aidé par d'autres; notamment mon ami Marc Vanhellemont, avec lequel je déguste assez souvent. Après tout ce temps chez In Vino Veritas, bon an mal an, je pense que nous nous accordons tous les deux sur à peu près 80% des vins que nous dégustons, même si nous ne mettons pas toujours les mêmes mots dessus (je lui concède volontiers un vocabulaire aromatique plus riche que le mien). Mais je pense que le plus intéressant, ce sont les vins qui nous divisent. "Pourquoi celui-là?" "Qu'est-ce que tu lui trouves?" "Est-ce vraiment un défaut que tu lui trouves ou la marque d'une personnalité?" C'est là qu'on affine, c'est là qu'on doute, c'est là qu'on progresse. Enfin, je parle pour moi.

Bref, je suis d'accord qu'il faut tendre à l'objectivité. Et étayer ses conclusions. M. Gracien, je vous le redis, vous avez raison. Mes convictions sont secondaires.

Mais alors, qu'est-ce qui me donne le droit de vous asséner mes commentaires, quand je sais fort bien qu'ils ne sont jamais tout à fait objectifs, ni forcément meilleurs que d'autres?

Rien, en définitive, si ce n'est la chance que j'ai de pouvoir déguster plus de vins que la moyenne, de visiter plus de caves que la moyenne, de pouvoir remettre tout ça dans un contexte plus global, de pas m'arrêter au dernier vin que j'ai bu.

Bien entendu, je ne peux prétendre à tout connaître, à tout boire, à avoir une opinion avisée sur tout. Mais comme au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, au royaume des buveurs, les dégustateurs professionnels sont censés pouvoir parler en connaissance de cause.

C'est partiellement vrai. Rien ne nous donne, par exemple, le droit d'écrire "ce vin, c'est de la merde". Ou encore, de fustiger toute une corporation, une région, un pays (du genre: "j'aime pas les vins grecs!"), ou un mode de pensée.

Il faut aussi se garder de conclure trop vite. Quand on n'a jamais bu de Pinotage ou de Sciaccarellu, on attend avant d'ouvrir sa grande gueule.

J'ai personnellement horreur de tout ce qui ressemble à un anathème, à une exclusion (et je sais de quoi je parle).

Je déteste  quand on me dit que "les vins nature, c'est de la foutaise". Mais aussi quand j'entend que "les vins nature, y a que ça de vrai". J'apprécie les engagés, pas les enragés. J'ai du mal avec les sectaires du bio, de même que j'en ai avec ceux qui jetent le bio avec l'eau du bain du mauvais bio. Je ne comprends pas plus les gens qui disent "hors des grands Crus Classés, pas d'intérêt" que ceux qui disent "Bordeaux m'ennuie" (même si, je dois le reconnaître, je l'ai écrit un jour, à titre de provocation). On ne peut pas tout mettre dans un même sac. Dans chaque famille de pensée, dans chaque région, on trouve des gens honnêtes.

Où voulais-je en venir, au fait?

Au fait que notre statut de "dépositaires" d'une vérité dans le vin, même s'il est en grande partie injustifié, nous confère une certaine responsabilité. Et donc, le devoir de nous interroger en permanence sur ce que l'on dit et sur ce qu'on écrit. Faire un bon papier, pour moi, ce n'est pas surfer sur la vague de la dernière mode vineuse, ni me mettre en avant, c'est donner au lecteur l'information qu'il est en droit d'attendre sur le vignoble que j'ai la chance de visiter ou sur le vigneron et le vin que j'ai sélectionnés. Je suis sur place, le lecteur pas, que voudrait-il savoir? Ca, c'est mon boulot. Me hisser au niveau de l'information. Pas la faire descendre au mien.

Envahie de gourous, de communicants et de touristes comme elle l'a été, la critique vineuse  peine à se débarrasser de toutes les casseroles qu'elle traine depuis tant d'années. La plus légère étant l'incompétence, la seconde la suffisance (les deux font la paire) et la plus lourde, la corruption.

Je fais de mon mieux pour n'en trainer aucune. Mais, ça, c'est à vous de le dire...

 

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, journalisme | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |