10 mars 2011

Amorim wants you

Comme chaque année depuis 20 ans, la prestigieuse Académie Amorim fait appel à candidatures pour son Grand Prix annuel. Il s'agit de récompenser "des travaux de recherche qui concourent à l'amélioration des conditions d'élaboration et de conservation des vins, ainsi que des travaux de nature juridique, économique et sociologique sur la filière viti-vinicole".

Cette Académie abrite pas mal de "pointures" du vin (Jacques Puisais, Michel Bettane, Ezio Rivella, Louis Havaux, Robert Tinlot, Jocelyn Tremblay...). Des gens d'expérience, à la compétence reconnue. 

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Mais iraient-ils jusqu’à récompenser des travaux mettant en avant les avantages qualitatifs de la capsule à vis, dont le président d'Interloire nous rappelait récemment qu'il était le système de bouchage qui mettait le mieux en valeur les Chinons blancs de son domaine? Ou bien, des études étayant les atouts de ces mêmes capsules en matière environnementale? Ou pire encore, des études sur le goût de bouchon, dont on sait qu'il a disparu. Sauf chez quelques petits producteurs sans le sou ne mettant pas un prix décent dans un bon bouchon, au fin fond des petits terroirs français, comme à Saint Julien, chez Léoville Las Cases.

Non, bien sûr. Récompenser ce genre d'études, pour Amorim, ce serait aussi incongru que de voir une quelconque Académie Bayer primer un travail sur les dangers des traitements phyto...

Et sans faire injure à ses membres, cela décrédibilise un peu ce genre d'organisations.

Pourquoi existent-elles, d'ailleurs? Pourquoi ces missions-là ne sont elles pas remplies, et de manière plus indépendante, par les Etats, les Universités, les Facultés? Ah, j'oubliais, faute de liquidités, les Facultés, les Universités, les Etats recourent aussi à des "sponsors", aujourd'hui. Amorim bouche des bouteilles. Le service public, lui, bouche des trous.

Il y a au moins deux traductions pour ce mot de sponsor, en bon français. D'abord, il y a le terme de mécène. C'est  celui qui s'applique aux plus désintéressés, à ceux qui aiment l'art pour l'art, ou la science pour la science, bref, une race presque aussi éteinte que le dodo de la Réunion ou que le salarié dans la chronique vineuse.

Et puis il y a l'autre acception: le parrain. "Il padrino," comme on dit de l'autre côté des Alpes. Et à celui-là, il ne faut jamais manquer de respect.

 Tiens, il y a peu, un certain Alain me traitait de "Lou Ravi de la presse vineuse". Mais jusqu'à présent, tout benêt que je sois, je suis un des premiers à m'occuper de ces moulins-là. Ca vous en bouche... un coin, non?

10:24 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Dior Addict et Kate Moss, un marketing qui ne sent pas très bon

Pas de rapport avec le vin (sauf peut-être le nez). Mon sujet d'aujourd'hui est plutôt le marketing. Et la décence. Le premier étant plus visible que la deuxième, je tente maladroitement de rétablir l'équilibre. Ceux que ça n'intéresse pas ont ma bénédiction pour aller regarder ailleurs de jolies videos de dégustation.

Cette semaine, les rues sont pleines de la campagne de Dior pour son rouge à lèvres "Addict" (en français, accro, toxico). Pour l'incarner, la marque n'a rien trouvé de mieux que d'utiliser pour ça la frimousse de Kate Moss., alias "la brindille". Une des plus célèbres ex-toxicomanes de la Jet-Set internationale (et quand je dis "ex", c'est parce que je n'en sais rien, je ne vis pas avec elle). La plus belle illustration de ce que les magazines ont appellé naguère l"heroine chic" (mais le mannequin britannique a également eu les honneurs d'une couverture du Daily Mirror, sous le titre de "Cocaine Kate"). Mais aussi, une icone pour la jeune génération. Genre belle et rebelle, un tantinet destroy.

Dans ce contexte, le message de Dior Addict n'est-il pas ambigu? Ses marketteurs, qui sont bien informés, n'ont pas pu ne pas y penser. Ont-ils trouvé amusant de jouer sur cette ambiguité?

Pour moi, c'est une faute de goût.

Attention, loin de moi l'idée de blamer la jolie Kate ni de jouer les pères la pudeur; Mademoiselle Moss fait ce qu'elle veut de sa vie et celle-ci ne se résume certainement pas à la drogue. Et elle a certainement le droit de continuer à exercer son métier de modèle.

Non, ce qui me dérange, c'est plutôt l'utilisation qui est faite de ses déboires. Et le risque de banalisation qui pourrait s'en suivre. D'ailleurs, le nom du produit, "Addict", ne sent déjà pas très bon.

Mais qui a dit que l'industrie du parfum devait sentir bon?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : parfum, nez, marketing | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |