17 mars 2011

Les phases du vin

Au pressoir, dans la cuve, dans la barrique, le raisin, le moût puis le vin connaissent bien des phases. Le vin se trouble, il se ferme, il s'altère, il se disperse. Il n'est plus ou il n'est pas encore lui-même.

Difficile, lors de ces différentes phases, d'estimer son potentiel, sa qualité finale.  Il faut pouvoir faire abstraction de l’apparence, de l’instantané, pour se projeter dans un avenir plus ou moins lointain, plus ou moins radieux. Pour le vigneron, c'est tout un art; il lui faut laisser sa chance au vin, l’accompagner, lui faire confiance, le guider sans trop le brusquer, mais toujours y croire.

vin,vignoble,phasesAuriez-vous envie d'y goûter?

Dans la vie d'un homme, il y a aussi de telles étapes; chacun de nous traverse parfois des moments où il n'est pas à son avantage; d’aucuns, qui ne nous connaîtraient pas bien, qui ne nous feraient pas confiance, ou qui n’auraient pas de patience, pourraient désespérer de nous.

Mais nos vrais amis, eux, peuvent discerner l’essentiel de l’accessoire.

J’ai pu l’éprouver voici peu. Mes amis se reconnaîtront. Les autres aussi.

Comme disait Abraham Lincoln, "on ne peut pas plaire à tout le monde tout le temps".

00:41 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, phases | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

14 mars 2011

Le coût de la réduction des herbicides en viticulture

Je vous assomme souvent, ces derniers temps, avec des histoires de chimie. D'aucuns me disent que je suis trop dans l'air du temps, trop mode. Je leur répondrai que les produits phyto ne sont pas seulement dans l'air du temps, ils sont dans l'air tout court, et que les vignerons les respirent.

Mais c'est une chose de dénoncer. C'en est une autre de vivre de la vigne. Il y a des impératifs économiques. Les a t-on mesurés? L'Institut français de la Vigne et du Vin, oui, dans une intéressante étude intitulée "Réduire l'impact environnemental des herbicides en Viticulture".

De ce travail collectif très dense, j'ai justement extrait la partie concernant les enjeux économiques, sous le titre 'Le risque d'une perte de productivité".

"Les techniques alternatives ont aussi des conséquences économiques indirectes via des effets dépressifs sur le rendement. Le risque d’une concurrence entre l’herbe et la vigne constitue aussi un frein important à l’abandon du désherbage chimique. Cette concurrence est la première raison évoquée par les viticulteurs dans leur réticence à enherber leur parcelle, notamment en zone méditerranéenne.
La perte de rendement engendrée par la mise en place d’un enherbement sur l’inter-rang (50 à 60% de la surface) peut être importante. Les différents essais menés par les organismes de recherche et développement (CA, INRA, IFV) ont mis en évidence des baisses de rendements en moyenne de -10 à -20% par rapport à un témoin désherbé, mais pouvant atteindre -40 à -60% dans les cas les plus extrêmes. Cet impact sur le rendement est toutefois très variable en fonction du type de sol, du type d’enherbement présent (légumineuses ou graminées, espèce semée...), de la climatologie de l’année, des objectifs de production, etc. L’enherbement a aussi un impact sur la qualité des vins, impact souvent positif sur les vins rouges, mais parfois négatif sur les vins blancs en lien avec un stress azoté accentué (perte d’arômes de type «thiols», apparition d’arômes de vieillissement atypique dans certains vignobles).
La mise en place d’un désherbage mécanique sous le rang a également un impact sur la vigne par destruction des racines superficielles, et entraîne des baisses de rendement de -4 à -18% en moyenne sur 4 ans selon les situations (essais IFV Midi-Pyrénées, 2009). Cet impact est d’autant plus marqué lorsque l’implantation des souches n’est pas favorable au passage des outils.

Cette perte de productivité impacte l’équilibre économique de l’exploitation : pour les vins d’entrée de gamme, la clé de l’efficience économique et de la compétitivité est le diviseur des coûts de culture, c’est-à-dire le rendement par hectare (Couderc et Cadot, 2006).

À titre comparatif, en IGP Vins de Pays d’Oc en rouge, à un prix moyen de 58 €/hL (France Agrimer, note de conjoncture Août 2010), au rendement maximal autorisé (80 hL/ha), le produit brut est de 3040 €/ha (frais de vinification déduits, 20 €/hL). Les coûts de production (hors charges de structure) sont d’environ 2200 €/ha, soit une marge nette évaluée à 840 €/ha. Le passage d’un désherbage chimique en totalité à un travail du sol se traduit donc par une diminution de la marge nette de 310 €/ha, soit -37%."

Bref, quitter les voies du chimique, cela veut dire accepter une baisse de sa rentabilité. A moins bien sûr d'être capable de vendre à un prix sensiblement plus élevé.

Pour télécharger l'étude complète, c'est ICI

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |