09 décembre 2014

Les dix commandements du vigneron français

Tu ne tueras point.

Tu ne voleras point.

Tu ne frauderas point.

Tu ne feras point de publicité sur ton vin.

Si tu fais quand même de la publicité, elle ne devra point être vendeuse. Tu pourras éventuellement participer à des émissions télé ou radio mettant en garde le consommateur contre les pesticides, ou contre l'alcoolisation massive des jeunes à la vodka ou au whisky, phénomène auquel tu es associé malgré toi par d'éminents chercheurs sponsorisés par l'industrie pharmaceutique.

Tu mettras ton terroir en avant, tes cailloux, dans l'espoir que le consommateur les suce puisque tu ne peux pas les montrer en train de boire.

dix-commandements-du-salariat-a-domicile.jpgLes tables de la loi... Evin?

 

Quand tu verras Novak Djokovic faire de la pub pour Jacob's Creek, comme c'est permis à l'étranger, tu ne t'offusqueras point.

Tu seras fier d'être Français, producteur d'un produit potentiellement dangereux sur un marché intérieur qui décline mais exportable et curieusement encore prisé par de pauvres étrangers inconscients.

Tu paieras régulièrement à l'Etat français et à ses agences tes cotisations, tes taxes, tes impôts sur la base de la production de ton poison légal.

Tu ne convoiteras pas le vignoble de ton voisin étranger.

Ou alors tu l'achèteras, tu le développeras en profitant du foncier plus abordable, des charges plus faibles, d'un code du travail moins contraignant, et alors, tu pourras concurrencer les vins français sur les marchés tiers.

00:33 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire, Vins de tous pays | Tags : bible, vigneron | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

03 décembre 2014

De la visibilité

Un commentaire récent sur le blog des 5 du Vin me donne à réfléchir.

C'est une question, en fait: "Est-ce que je fais partie des critiques "visibles", de ceux qui comptent dans le petit monde du vin?" 

La réponse est non.

Primo, je ne me considère pas comme un critique. Je suis journaliste, je l'étais avant de me spécialiser dans le vin, et je ne limite pas mon métier aux commentaires ni aux notations. 

Cet aspect mis à part, la réponse est encore non. Même comme journaliste.

Depuis 5 ans, je suis rédacteur en chef adjoint d'In Vino Veritas, une revue dont le slogan bien belge est 'probably the most modest Belgian wine magazine". Et je reprends cette modestie à mon compte.

Ce n'est pas moi qui fait le marché; ce n'est pas mon commentaire que les investisseurs attendent pour acheter ou pas une caisse de grand cru. Ce ne sont sans doute même pas les compte-rendus de mes pérégrinations entre Campanie, Chili, Saint Joseph, Pézenas ou Ajaccio qui peuvent décider massivement des comportements d'achat des buveurs qui me lisent, et encore moins de ceux qui ne me lisent pas.

Je ne suis ni Parker, ni Spurrier, ni Bettane. Je ne me prends pas non plus pour Decanter ou la RVF à moi tout seul.

Il y a bien les deux blogs pour lesquels j'écris régulièrement, celui-ci et les 5 du Vin.

Mais là encore, je ne me fais pas d'illusion. Quelle que soit leur audience (variable, mais je ne m'en plains pas, je m'étonne au contraire chaque jour d'avoir la chance d'intéresser quelques amateurs de vin), je ne pense pas être un véritable "influenceur". Je suis convaincu que les sites comme La Passion du Vin ont beaucoup plus d'influence.

Et ça ne me gêne pas. Il n'y a pas une once de jalousie de ma part envers des gens qui auraient plus de visibilité, plus de notoriété - grand bien leur fasse!

La seule chose à laquelle je tiens, et pour laquelle je suis prêt à me battre, c'est pour ma réputation. C'est pour cela que je n'admets pas que Mme Saporta puisse croire - ou faire croire - que les journalistes du vin mangent tous dans la main des producteurs par crainte de ne plus pouvoir écrire demain.

Je ne sais pas trop quel est l'avenir de mon métier. Je ne suis pas sûr que je le recommanderai à un jeune journaliste. Mais c'est le mien et j'y tiens, je fais de mon mieux pour en mériter le nom, et à ce compte-là, je pense qu'il est aussi noble de tenir la rubrique basket-ball à La Nouvelle République du Centre que de présenter le journal télévisé sur TF1.

Ce n'est sans doute pas le même salaire, mais ce devrait toujours être la même exigence.

06:41 Écrit par Hervé Lalau dans France, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |