18 juin 2011

Compétence

Hervé Bizeul déplore le manque de compétence technique des journalistes du vin.

Moi aussi. Et je me l'applique à moi-même.

J'ai naguère confessé ici même mes difficultés à passer au deuxième chapitre de l'excellent bouquin de M. Fanet sur les terroirs - la faute à mes lacunes en chimie, et plus généralement en tout ce qui touche de près ou de loin les sciences. Ben oui, je suis un littéraire, moi.

Je peux vous faire d'autres aveux: je ne sais pas vraiment comment démarre une fermentation, parce que généralement, ce n'est pas le moment que les vignerons préfèrent pour accueillir des journalistes.

Et puis, je ne sais pas tailler une vigne - j'ai essayé, à Saint Joseph, il y a deux ans, j'y ai gagné de belles ampoules, mais pas vraiment le respect des hommes de l'art. Je me rassure en me disant qu'en ayant taillé trop court, j'ai apporté ma pierre à l'élimination des excédents de production.

Je ne comprends pas très bien non plus comment fonctionne l'élevage en barrique: pourquoi certains élevages longs marquent moins le vin que des élevages courts, à chauffe égale?

Et puis, je ne sais toujours pas si, en théorie, le Nero di Troia est mieux adapté aux sols et au climat du Nord des Pouilles que le Primitivo (même si, à la dégustation, j'ai plutôt préféré le second).

Bon j'arrête là, parce qu'il y a trop d'exemples, et puis, vous finiriez pas croire que je suis totalement incompétent et à vous demander ce que je fais dans ce métier.

De là à me limiter à aligner des notes de dégustation, à me cantonner dans la critique brute, non. Parce que j'aime remettre les choses dans leur contexte, et en essayant de mieux comprendre, avec mes faibles outils d'analyse, je pense faire quand même oeuvre utile: vulgariser, sans tomber dans la vulgarité.

Mais Hervé Bizeul a raison de soulever le problème. On ne demande pas à un journaliste de savoir faire du bon vin, mais on lui demande de savoir en parler avec un minimum de connaissance de cause. Ou sinon, d'éviter les sujets qu'il ne maîtrise pas. En ce qui me concerne, justement, j'ai pris le parti de ne pas faire semblant de comprendre.

Alors évidemment, je ne suis pas une autorité en matière de viticulture bio, par exemple. Combien de cuivre autorisé? Et à partir de combien c'est vraiment nocif? Aucune idée!

J'ai juste le sentiment un peu confus qu'on ne peut pas continuer à tuer les sols avec des herbicides. Ni à ramasser les algues vertes sur les côtes de Bretagne, pour prendre l'exemple d'une autre activité, l'élevage. Qu'il faut trouver une autre solution. Et je pense qu'on s'y dirige doucement.

Je n'ai pas non plus connu les affres de la mévente du vin, puisque je n'en produis pas, et cela affaiblit sans doute ma position quand je propose qu'on renonce à la chaptalisation, par exemple; ou quand je dis que certains vignerons feraient mieux de se reconvertir, parce que le marché ne demande plus le type de vins qu'ils produisent, ou pas au prix où ils le produisent.

Notez bien que pour cet aspect là aussi, il y a des économistes qui sont bien plus compétents que moi.

00:36 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

17 juin 2011

Degrés d'alcool: le réchauffement climatique a bon dos

Une étude de l'American Association of Wine Economics révèle que l'augmentation des degrés d'alcool observée dans le vin a bien moins à voir avec le réchauffement climatique qu'avec une volonté délibérée des producteurs de vins, eux mêmes incités à cette course aux degrés par les critiques vineux les plus influents, adeptes du "fruit très mûr".

Cette étude se base notamment sur les données de 18 ans de mesures effectuées par le monopole de distribution des vins de l'Ontario (LCBO), mesures réalisées sur des vins de toutes provenances (près de 100.000 vins au total, une fois écartés les vins de dessert et vins de type vendanges tardives).

Or, on a constaté des hausse des degrés dans les vins provenant de zones où il n'a pas été observé de réchauffement climatique. Bref, les vendeurs de levures qui nous promettent des produits susceptibles de freiner la hausse des degrés dans les zones chaudes sont un peu à côté de la plaque.

Pour en savoir plus: ICI

Quand on lit tout ça, on comprend mieux pourquoi autant de vignerons en France continuent à chaptaliser quand le climat se réchauffe. Je pense au Beaujolais, par exemple, à cause du scandale du sucrage; mais il n'y a pas qu'eux. Un coup d'oeil sur la liste des AOC permettant tout à fait légalement l'enrichissement à concurrence de 1 à 2%, sans oublier l'osmose inverse, etc, est édifiant.

Et voila pourquoi on ne trouve plus beaucoup de ces rouges de 12° qui nous plaisaient tant il y a 30 ans...

Tiens, si, j'en ai trouvé voici peu chez un naturiste, le domaine des Chardons, en Costières de Nîmes.

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Europe, France, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, degrés | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |