27 juin 2011

Olif, les réseaux et la liberté de parole

Dans un de ces billets flamboyants dont il a le secret, la semaine dernière, Olif (oui, ze Olif, la terreur terroiriste jurassienne) abordait la question des réseaux de la critique vineuse, du copinage et en définitive, de la liberté de parole. C'est ICI et qu'on adhère ou pas, c'est bien argumenté.

Ce billet m'a m'a fait réfléchir. Non que je sois friand des théories du grand complot. Mais c'est un fait: dans le vin comme ailleurs, la parole "qui compte", la parole "experte" est de plus en plus confisquée par un petit nombre, ce  qui va à l'encontre de la promesse des technologies nouvelles, des espaces d'expression nouveaux que sont les blogs, par exemple. 

Aujourd'hui, dans la presse du vin, le nombre d'acteurs est de plus en plus réduit; et dans la presse généraliste, le peu de pages vins qui subsistent sont souvent confiées aux mêmes auteurs, ce qui peut poser le problème du pluralisme.

Olif pense qu'il pourrait bientôt en être de même dans la blogosphère, où les chroniqueurs installés, patentés, "réseauteraient" à qui mieux mieux.

Je suis partagé entre le doute et la crainte. Le doute, parce que je ne suis pas sûr qu'il y ait une offensive délibérée en ce sens, ni que les bloggeurs vins, pour qui cette activité est une passion, se laissent embobiner. Pourquoi passerait-on du temps à mettre sur la toile ce qui nous plaît, ce qui nous déplaît, ce qui nous éblouit, ce qui nous fait gerber, si c'est pour rentrer dans un moule? Bien sûr qu'on apprécie une certaine reconnaissance de ses pairs. Mais quant à vouloir écrire comme eux...

J'ai quand même un peu de crainte, parce que je ne sous-estime pas le risque que l'industrie du vin et ses relais éditoriaux ne veuille un jour, d'une manière ou d'un autre, siffler la fin de la récréation des blogs. Imaginez qu'on cite à comparaître chaque auteur d'un commentaire de dégustation un tant soit peu désagréable... Après tout, les blogueurs ne sont pas au dessus des lois, et ils ne peuvent même pas invoquer la liberté de la presse... Vous pensez que je suis parano? Rappelez-vous l'affaire de Lyon Mag et du Beaujolais. A côté de ça, le réseautage, c'est presque de la rigolade.

En marge de ce débat qui mérite qu'on s'y intéresse, je crois, je voudrais aussi réagir sur les propos peu amènes de certains commentateurs du blog d'Olif - un blog sur lequel on se lâche, à l'évidence.

Je préfère nettement quand on s'en prend aux idées, aux écrits, qu'aux gens. Qui, parmi ces commentateurs, connaît assez MM. De Rouyn, Bettane, Delmas, etc (sans parler de Lalau) pour les descendre ou les encenser en tant que personnes?
Et puisqu'Emmanuel Delmas, répondant à un de ces commentaires, évoque l'égo... je rappelle qu'il en faut un minimum, d'égo, pour oser publier dans des journaux ou même sur la toile. Pour oser se mettre en danger, pour oser prêter le flanc à la critique.

Sinon, il y a d'autres gens très bien aussi qui vivent toute leur vie avec beaucoup de compétences, mais dans l'anonymat le plus complet. Un jour, peut-être, l'anonyme s'éveillera et la terre tremblera devant ses connaissances, et tout ce qui aurait pu être dit, et bien dit, sur toutes sortes de questions. En attendant, on doit faire avec ceux qui acceptent de s'exposer; soit parce qu'ils sont imbus d'eux-mêmes, soit parce qu'ils pensent avoir de bonnes idées à défendre, soit parce qu'ils ne savent rien faire d'autre (vous pouvez me mettre dans la catégorie que vous voulez).

Bien sûr, tous les chroniqueurs ne sont pas égaux devant l'égo, si vous me passez l'expression. Il y a en même qui semblent assez insupportables, mais bon, avant de juger, je préfère rencontrer les gens. Bettane, je l'ai vu deux fois dans ma vie, pas longtemps, certes, mais je n'ai pas eu une mauvaise impression. Je ne suis pas forcément toujours d'accord avec lui, mais c'est un type qui me semble avoir une certaine compétence, des opinons, et qui les articule. Delmas, je l'ai croisé au Wine Blog Trophy, ce qu'il a dit sur son engagement tenait la route, et puis il ne manque pas de finesse. Je pense que je pourrais facilement passer une soirée à parler vin avec lui. De Rouyn? Jamais rencontré. Mon complice au Blog des 5, Berthomeau, ne l'apprécie guère, mais moi, j'ai trouvé son billet sur l'Armagnac très inspiré. De toutes façons, ça ne me permet pas de juger de l'homme.

Au fait, tous les blogueurs non plus ne sont pas égaux. Il ne suffit pas de dire "j'aime/j'aime pas", de faire preuve de conviction ou d'obstination, il faut aussi avoir un minimum d'expérience, de connaissance et d'humilité devant le sujet, pour ne pas parler de recul ou d'objectivité, qui sont des vertus que l'on attend (à tort ou à raison) des journalistes.

Quand je dis "à tort ou à raison", ne vous méprenez pas. Je pense qu'on est en droit d'attendre un sérieux effort d'objectivité de la part d'un journaliste, mais que dans la vraie vie, la subjectivité prend toujours le dessus.

Au fait, on parle pinard, ici, pas du Goulag, de Gaza ou de Treblinka. On a donc toutes raisons de rester courtois, non? Je sais qu'il en est qui pensent que la politesse, c'est de l'hypocrisie. Pour moi, c'est plutôt le fondement d'un dialogue équilibré. La raison de celui qui parle le plus fort n'est pas toujours la meilleure.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, dialogue, polémique | Lien permanent | Commentaires (14) | | | |

24 juin 2011

Liège et capsule: la minute d'émotion

Aucun commentaire, aucune indignation suite à mon post d'hier sur le site Planète Liège. Pour rappel, c'était ICI

Vous dormez, ou quoi? Je vous ai connu plus nerveux! Il n'y a pas que le bio, le nature ou les blogs de vin qui méritent qu'on se mobilise, pourtant!

Alors j'en rajoute une couche: aujourd'hui, sur le site des liégeux, une vigneronne provençale nous parle de "l'émotion supplémentaire" que lui procure le liège... Moi qui pensait que c'était juste un moyen de conserver le vin.

Dois-je vous parler de "l'émotion supplémentaire" qui m'étreint quand je dévisse ma capsule et que je me dis "encore un goût de bouchon évité"...

Oui, je sais, c'est caricatural. Mais chez planeteliege, ils ne sont pas caricaturaux, peut-être? Voire lourdingues, pour des défenseurs d'une matière aussi légère? Leur site, vous appelez ça de l'information, vous?

Amis des vins purs, j'attends toujours vos émotions.

06:53 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : liège, capsule à vis, vin, vignoble, propagande | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |