02 juillet 2011

Les mots me manquent

Et pas seulement les mots... les euros aussi!

860 euros pour une bouteille de Château Cheval Blanc 2010, 1.120 pour un bouteille d'Ausone 2010. Et en primeur, encore. On se demande quel sera le prix final. Peut-être moins, qui sait? On a déjà vu des retournements de tendance... Rappelez-vous, quand on voyait revenir en Europe des crus classés avec, sur la contre-étiquette, le nom de l'importateur américain. Et pas trop chers, encore.

Conseil numéro un: si vous n'êtes pas vraiment pressés, attendez; à l'échelle de ces vins de longue garde, on ne parle même pas de bébés, plutôt d'embryons.

Conseil numéro deux: si vous n'êtes pas vraiment snobs, achetez autre chose.

J'aimerais trouver les mots pour dire tout le mal que je pense d'un système de collectionneurs et d'investisseurs qui empoisonne le monde du vin. C'est ce même système qui a conduit Van Gogh à mourir dans le dénuement alors qu'aujourd'hui, une bonne partie de ses tableaux, impayables, dorment dans des coffres forts ou dans des collections privées, pour les seuls yeux de leurs propriétaires. Jamais l'artiste n'aurait voulu ça. Car c'est contre-nature que ce qu'un artiste a créé pour tous devienne l'apanage de quelques uns.

Pour le vin, c'est peut-être encore pire. D'abord, parce que le vin, ça peut aussi se boire; et que tout ce qui ne se boira pas, tout ce qui reste dans les coffres, est inutile. Inutile également le travail de ceux qui ont fait ce vin (je ne parle pas de ceux qui en marketent la rareté), puisqu'il ne pourra pas être apprécié. Je peux  me faire une idée de la beauté des toiles de Van Gogh en regardant des reproductions, même sur internet. Je ne peux pas faire la même chose pour une bouteille de Cheval Blanc.

Oui, c'est pire, parce que les propriétaires de ces crus se sont habitués à ces prix indécents, au fait que seuls quelques privilégiés pourront demain les acheter, et qu'un tout petit nombre parmi ceux-là les consommeront. Comme ces milliardaires russes qui mélangent le Latour et la Vodka, dans ces fêtes de Courchevel ou de Gstaad où la neige n'est pas qu'à l'extérieur du chalet, à ce qu'on dit.

Et puis, eux savent les marges qu'ils appliquent. Un spécialiste de l'univers du luxe, Alain Dominique Perrin, aiujourd'hui propriétaire à Cahors, expliquait un jour que le prix de revient d'un vin, même un grand cru, ne pouvait excéder 25 euros la bouteille. Doublons même ce prix pour donner aux producteurs une très bonne rétribution de leur effort. Doublons-le encore pour donner aux négociants et aux distributeurs une très très bonne rétribution de leur effort. On n'est encore qu'à 100 euros.

Les propriétaires savent donc à quel point le système entube le consommateur.

Mais qui sont-ils, pour la plupart, ces "producteurs"? Des investisseurs aussi! Combien d'entre eux ont de la terre sur les mains? A croire que c'est pour eux que l'expression "terroir-caisse" a été inventée...

D'aucuns trouveront cet épanchement fort peu journalistique de ma part. C'est leur droit. Comme c'est le mien, à titre privé, de rêver d'un monde où le vin est un produit de partage, un produit qu'on apprécie ensemble, accessible au plus grand nombre, et non un plaisir malsain d'avare ou de parvenu.

D'ailleurs, à ces prix-là, même si je les trouvais bons, ces crus classés, je crois que je resterais quand même sur ma soif.

Heureusement, dans quelques jours, je pars en Corse. J'espère bien qu'une bouteille de Torraccia (la nouvelle cuvée Oriu, peut-être) saura me redonner le plaisir que procure un vrai grand vin, celui qui ne se pousse pas du col.

 

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, investissement | Lien permanent | Commentaires (19) | | | |

30 juin 2011

Sans intérêt

Mon confrère et ami Jean Aubry publiait récemment dans Le Devoir la liste de sa sélection de rosés 2010. Rien que de très normal, me direz-vous! Sauf qu'en bas de la liste, il publie aussi le nom des rosés qu'il a jugé... sans intérêt.

A savoir:

Castillo di Liria, Espagne; Cerasuolo d'Abruzzo, Miglianico, Italie; Shiraz Fuzion, Argentine;
White Zinfandel, États-Unis; Hoya de Cadenas, Espagne; Pinot grigio, Vivolo di Sasso, Italie; Shiraz Two Oceans, Afrique du Sud; Domaine Le Pive Gris, France; Grain d'Amour, France; Voga Rosa, Italie; Ménage à Trois, Folie à Deux, États-Unis.

A priori, je trouve ça bien qu'un critique... critique. Surtout que je connais assez Jean pour savoir qu'il n'a pas établi cette liste à la légère.

Alors, me direz-vous, pourquoi ne le fais-je pas moi-même? Est-ce la peur de déplaire? Le syndrôme du "tout le monde il est beau"?

Non. C'est plutôt que je pense qu'il est plus utile de promouvoir le bon que de descendre le reste.

J'ai aussi un peu peur qu'en détournant les consommateurs de ce qu'ils apprécient, on risque de leur faire apparaître les critiques comme des élitistes. Comme dans le cas du cinéma, où les critiques, volontairement ou non, "descendent" systématiquement les films qui font de l'audience.

Et puis, surtout, je pense qu'il faudrait expliquer. En quoi ces vins manquent-t-ils d'intérêt?

Jean, ce sera ton devoir de vacances.

00:24 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |