01 février 2015

Objectivité, compétence, blog, journalisme…

Je réponds à M. Pierre-Marie, qui m’interrogeait il y a quelque temps sur ce métier de journaliste du vin, sur l’objectivité, la compétence, la part de la poésie et celle de la précision, la nécessité de passer du temps dans les vignes, etc…

M. Pierre-Marie, je pense que je n’en saurai jamais assez assez pour faire autorité. Ni sur les enjeux, ni sur la vigne, ni sur l’ensemble du secteur.

Je pense aussi que les visites sur le terrain sont les moments les plus importants du métier – je pars dans le Jura demain, j’ai hâte d’y être, de rencontrer des vignerons, de les faire parler, d’arpenter les vignes. D’essayer de comprendre leurs vins, leur région, pour vous en parler en connaissance de cause.

Maintenant, je crois qu’il faut établir un distinguo entre cet « espace de liberté », ce blog, et la presse au sens strict.

Un billet sur un blog, ça se nourrit de l’air du temps, ce n’est pas écrit pour l’éternité. Même si un journaliste n’enlève jamais vraiment sa casquette de journaliste, je m’autorise sur un blog des commentaires personnels que je ne me permettrais sans doute pas dans les magazines. J’y suis plus naturel, plus rapide, moins «autorisé». Ces commentaires sont-ils toujours avisés? Pas forcément. Mais tout de même, argumentés (sauf dans le cas de billets d’humour, évidemment).

Je me considère comme un artisan de la plume, qui apprend de tout, de ses réussites comme de ses erreurs, comme un menuisier apprend de ses outils et du fil de son bois. Et en ce qui concerne la poésie, que vous évoquez dans votre commentaire: j’essaie de faire la part des choses. Oui, il y a des commentaires de vins émouvants ou des portraits qui laissent une certaine place à la poésie, à une petite forme d’art que je qualifierai, en ce qui me concerne, de mineur. Mais les articles de fond sur un pays, une région, un type de vin, non, là on est plutôt dans le journalisme pur (pour autant que ça existe), l’enquête, les questions, les réponses, les analyses.

Pour revenir à l’objectivité, je pense que c’est un but qu’un journaliste doit toujours rechercher même s’il sait qu’il ne l’atteindra pas. C’est le B-A-Ba du métier; de même que l’obligation d’écouter, de se documenter, de retranscrire fidèlement ce qu’on vous a dit. Un journaliste, qu’il exerce dans le vin ou ailleurs, c’est un passeur, pas un acteur, ni un décideur, ni un créateur; plutôt un accoucheur de petites et grandes vérités. J’ai une sainte horreur de ceux qui manipulent les faits pour les faire rentrer dans leurs idées. J’espère bien que ce n’est pas mon cas, même malgré moi.

Je parle ici des journalistes, car les chroniqueurs ou les critiques peuvent avoir une conception différente. Le désir d’influencer, d’agir sur leur environnement. De retirer les bénéfices d’une certaine notoriété, d’un savoir-faire, aussi, peut-être.

Et pour la compétence? Et bien disons  qu’après une vingtaine d’années dans ce secteur, dont une dizaine vraiment en tant que spécialité, je me trouve moins compétent que je devrais l’être pour écrire les articles que j’ai envie d’écrire. Pour faire « le tour de la question ». Mais je me trouve quand même plutôt plus compétent que d’autres dont je lis les articles sur le vin avec, parfois, une certaine stupéfaction. 

Mais je n’ai aucune leçon à donner; je me répète, l’important, ce n’est pas celui qui écrit, mais ce qu’il écrit, son sujet, et éventuellement, mais seulement après, comment il l’écrit.

 

Sincèrement, je ne pense pas que le meilleur de mes articles puisse apporter autant à un amateur de vin… qu’un bon verre de vin!

Don't follow leaders, watch the parking meters.

00:44 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

22 janvier 2015

Le Swartland, nouvel eldorado du vin sud-africain?

C'est la région qui monte, actuellement dans la viticulture sud-africaine.

Au Nord-Ouest des grandes zones viticoles traditionnelles du Cap (Stellenbosch, Paarl, Franschhoek, Constantia...), elle offre un climat sec, une faible pression de maladies, des terroirs variés...  et des prix de terrains avantageux. Elle a attiré un joli groupe de jeunes vignerons, ces derniers temps, qui commencent à faire parler d'eux. Leur crédo: liberté et expression. Pas vraiment de profil type, mais des vins à boire, ni trop chaleureux, ni trop confiture, ni trop boisé, pas trop nouveau monde, en gros. 

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Photo (c) Swartland Independent

Cette jeune dénomination est la preuve vivante que la viticulture n'est pas qu'une affaire de tradition, qu'elle se réinvente tous les jours un peu partout - enfin, si on le lui permet. C'est aussi la preuve que la vieille Europe n'a pas le monopole du grand terroir à vin. Ni même de l'exigence qualitative.

Des terroirs, en Afrique du Sud, il y en a, comme ailleurs. Il y en même encore à découvrir; car qu'est-ce que le terroir sans le vigneron pour le révéler?

A noter que bon nombre de ces nouveaux venus sont bio.

Ils ont une association, "Swartland Independent", plutôt sympathique, dont les membres s'engagent à respecter un cahier des charges assez intelligent:

-Une liste de cépages préférentiels (mais qu'on peut compléter de 10% d'autre chose); parmi ceux ci, on note une certaine prédilection pour les variétés rhodaniennes et méditerranéennes (syrah, grenache, mourvèdre, carignan... et même de la tinta barroca). Mais chacun peut les assembler à sa guise, sans états d'âme. On peut donc aussi bien trouver des 100% Carignan ou des 100% Tinta Barroca que des assemblages de 5 ou 6  cépages. La vérité est dans la bouteille.

-L'obligation de n'utiliser que des raisins de la région (pas évident partout en Afrique de Sud, où le blending des régions de vins est le deuxième sport national après le rugby.

-L'interdiction des produits chimiques, du levurage, de l'acidification et de tout traitement susceptible de dénaturer le vin (notamment l'osmose inverse).

-Et par dessus le marché, pour éviter les cuvées trop boisées, pas plus de 25% d'une cuvée ne peut être élevée en bois neuf.

Incidemment, j'ai parfois du mal à comprendre que nos appellations européennes soient si strictes en matière d'encépagement mais si laxistes pour d'autres choses tellement plus importantes.

Quoi qu'il en soit, ces puristes un porte-drapeau en la personne d'Eben Sadie, qui a fait  une belle moisson de médailles ces dernières années. Mais il faut également citer les Badenhorst, Devil's Peak ou Kloovenburg. Sans oublier, même s'ils ne font pas partie de l'association, la famille De Waal (Scalie). 

Les Independents jouent beaucoup sur le concept de Swartland Revolution. C'est un marketing comme un autre. Et puis on est toujours le révolutionnaire de quelqu'un. Tenez, moi qui vous parle...  Enfin bref, moi qui ai eu la chance de visiter la région, il y a 3 ans, j'y ai effectivement bu de bonnes choses.

Voici donc quelques photos prises à l'époque, avec, parmi elles, quelques étiquettes de vins particulièrement remarquables.

Vous devrez sans doute attendre encore un peu avant de les voir débarquer dans votre supermarché, et peut-être même chez votre caviste (c'est le côté frustrant de ce genre de billet). Oui, mais ce jour-là, vous pourrez toujours dire, vaguement blasés, que vous connaissiez déjà...

Merci qui? Merci Hervé!

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Photos (c) Hervé  Lalau

00:17 Écrit par Hervé Lalau dans Afrique du Sud, Pour rire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |