26 juillet 2011

And the best wine of the world is...

Toujours bien informé, mon collègue et ami québécois Marc André Gagnon nous rappelle que le meilleur vin du monde est le chardonnay israélien des Caves du Golan, le Yarden Chardonnay 2009.

C’est en tout cas ce qu’il ressort du dernier concours des vins de Vinitaly.
Marc André se demande "si la farce des concours a assez duré".

Voici quelques observations de mon cru à ce sujet.

496px-Golan_92.jpgLes territoires occupés du Golan (c'est pas moi qui le dit, c'est l'ONU)

Une remarque liminaire sur l'origine de ce vin:

-L’ONU ne reconnaissant pas la possession du Golan par Israël, on se demande si, de jure, les vins peuvent être vendus comme vins israéliens, ou même présentés comme tels à des concours sans que cela constitue pour les organisateurs une reconnaissance de fait des droits d’Israël sur cette région.

Notons que le très sérieux Monopole suédois s’est posé le problème ; suite à des plaintes de ses clients, il avait choisi de présenter ces vins, non plus sous la mention «Made in Israël» mais sous celle de «Made in Israeli-occupied Syrian territories». C’était plus conforme à la réalité diplomatique, mais un peu moins vendeur. De nouvelles plaintes, émanant de clients (sans doute pas les mêmes) et même d’un député suédois, ont poussé le Monopole à changer à nouveau la signalétique. Le vin est à présent présenté dans la catégorie «Other countries». Ce qui, en définitive, ne reflète pas si mal la personnalité kaléidoscopique d’un vin de cépage français produit sur un sol au statut disputé et élevé en barrique de chêne français et américain.

Par ailleurs, si le vin est aussi bon que les dégustateurs de Vinitaly le disent,  il faut en profiter. Rien ne dit que les investisseurs israéliens resteraient sur place si le Golan redevenait syrien de facto.

Mais cette distinction à Vinitaly pose d'autres questions, d'ordre oenologique, cette fois:

-Si un morceau de basalte copieusement irrigué dont l’histoire viticole moderne remonte à 1983 produit déjà un chardonnay supérieur aux climats bourguignons jalousement entretenus depuis le Moyen âge, cela ouvre des perspectives. «Fuck tradition», comme on dit à Davis, soit l’œnologie moderne est capable de palier la jeunesse des terroirs et des vignes, soit les bons moines s’étaient totalement mis le doigt dans l’oeil.

-Que ce soit pour des raisons qualitatives ou pour des raisons économiques, c’est au Sud qu’il faut planter du Chardonnay, à l’évidence. Et comme le marché n’a pas le temps d’attendre que la France se réchauffe, mieux vaut viser l’Andalousie, l’Algérie, le Maroc ou la Turquie. Enfin, pour autant qu'il y ait encore un marché demain pour le chardonnay.

-Reste évidemment la possibilité que le concours ait été biaisé. On ne connaît pas l’origine ni le nom des autres vins qui ont concouru. S’agissait-il d’ailleurs de chardonnays, ou bien a-t-on tout mis dans le même panier ? Le Yarden a-t-il battu un tannat moldave ou un chasselas de Bade? Un malbec sicilien ou un muscat slovaque ? Les vins d’Anne Leflaive ont-ils participé?
Nous ne le saurons jamais et c’est bien dommage, car cela introduit comme un petit doute dans notre esprit. Et si tout cela n’était qu’une vaste fumisterie?

-Plus globalement, à quoi rime cette idée de toujours vouloir classer l’inclassable? Passe encore qu’on donne des médailles à des vins qui, à un moment T,  nous séduisent plus que d’autres. Mais de là à en faire les meilleurs du monde… L’idée même est ridicule.

J'ai déjà mes doutes sur l'utilité et la crédibilité d'un classement à Saint Emilion ou en Médoc, alors vous pensez, un classement des vins du monde...

Bon, ni Marc André ni moi ne parviendrons sans doute à mettre un terme à ces fadaises, il y a trop d’argent en jeu. Trop d’égo, aussi.

Le vrai pouvoir, c’est vous qui l’avez, amis oenophiles, vous qui achetez ou n’achetez pas. Méfiez-vous donc des mentions trop alléchantes. Et si vous décidez d’acheter ce Yarden Chardonnay (qui est peut-être un excellent vin) achetez le pour ce qu’il est, et non pour une couronne mondiale qui ne signifie rien.

Et je signe

Hervé Lalau, Best World Wine Writer of South Jolibois

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : israel, syrie, golan, vin, vignoble, classement | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

24 juillet 2011

Vino Camp à Liège?

Retour sur le Vinocamp de Bordeaux, dont je me suis fait l'écho la semaine dernière. Ou plutôt, dont j'ai publié un commentaire.

Cette fois, je ne parlerai pas du contenu, ni des ouï-dire, juste du site www.vinocamp.fr.

C'est que j'y vois deux sponsors, pardon, deux parrains: "Co(r)k" et "Planète Liège".

Je ne peux m'empêcher de faire le rapport avec le fait que Miss Vicky, la co-fondatrice de Vinocamp, incite à planter du chêne liège sur le blog de l'Express (c'est ICI)

C'est son droit le plus strict, bien sûr, de même que de choisir les parrains qu'elle veut.

Comme c'est le mien de dénoncer la désinformation. Car non, le liège n'est pas spécialement bon pour l'environnement, ni pour le vin (je vous renvoie aux excellentes chroniques de David Cobbold à ce sujet, ICI et ICI).

Comme c'est mon droit de trouver un peu courte, sur www.planeteliege.com, la formule de Philippe Guigal, que j'ai connu plus inspiré: "Je vais rarement rêver d'une capsule à vis la nuit". 

Je me fiche pas mal de ce qui occupe les rêves de Philippe Guigal. Mais moi, je n'ai pas besoin de rêver pour sentir le goût de bouchon.

Tiens, en Corse, voici deux semaines, des amis et moi avons fait déboucher au restaurant trois bouteilles du même vin, toutes trois bouchonnées. Je vous narre l'anecdote, juste pour son intérêt statistique...

Nous avons entendu trois fois le superbe "plop" du bouchon qui saute, nous avons observé trois fois le geste auguste de la sommelière qui ôtait l'objet du désir et des soins de toute la bouchonnerie portugaise. Mais croyez-moi si vous voulez, ce merveilleux cérémonial n'a pas suffit à compenser notre déception face au gâchis dans le verre. Faut-il que nous soyons futiles! Bien oui, on n'achetait pas la sommelière, mais le vin. Un vin que nous savions excellent, d'ailleurs, pour l'avoir bu quelques minutes auparavant chez le propriétaire!

Je ne doute pas que les gens qui assistent aux sessions de Vinocamp sachent faire la part des choses. Ce n'est pas parce que l'évènement est sponsorisé par les bouchonniers qu'ils vont en perdre leur esprit critique.

Et je leur souhaite d'apprécier les vins capsulés quand ils en trouvent. En France, ce sera sans doute difficile. Les traditionalistes, la sommellerie, le bel esprit veille. Mais ils peuvent aller en Suisse. En Nouvelle-Zélande. En Australie. En Grande-Bretagne. En Suède. Aux Pays-Bas. Et même à Liège, en cherchant bien. 

Dans le vaste monde, on trouve même de grands vins sous capsules.

Ce n'est pas parce que la France de bouchage vit encore au 19ème siècle qu'on est obligé de fermer les yeux - et le nez - sur les progrès des autres. A priori, le carnet de change de M. Mauroy a été supprimé, les Français peuvent à nouveau voyager.

00:32 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, France, Vins de tous pays | Tags : liège, bouchon, vino camp, guigal | Lien permanent | Commentaires (16) | | | |