23 août 2011

La vie rêvée du vin

Serions-nous dépourvus de sens commun, nous qui militons pour un vin meilleur? 

Ce vin a-t-il un avenir, je veux dire, un débouché? 

Qu'importe, il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre!

vin,vignoble,utopieImagine there's no vinasse... (photo Olivier Lalau)

Pour ceux qui auraient loupé un épisode, ou qui seraient tombés ici par hasard en pensant en apprendre un peu plus sur l'interprétation des songes de Steven Spurrier, de Michel Bettane ou de James Suckling, je récapitule les grandes étapes de ma vie rêvée du vin:

Je défends l'idée que les appellations sont utiles, mais usées; qu'elles sont globalement réformables, mais qu'on devrait en supprimer. Vous pouvez me proposer des noms. Quand même Bourgogne Aujourd'hui, dans son dernier numéro, se prend à douter de la qualité moyenne et de l'homogénéité des appellations génériques de Bourgogne, je me dis que mon idée de faire redescendre toutes les AOC régionales en IGP, faute d'effet terroir, a du sens. Comme l'idée générale qui la sous-tend: produire moins de vin AOC, mais mieux.

J'attache plus de prix au producteur qu'à l'origine, car pour moi, le vin, c'est d'abord le travail de celle ou de celui qui le fait. 

Je soutiens les vins bio parce que j'aime la nature propre et les vignerons sans allergies. Je ne dis pas pour autant que tous les vins bio sont bons.

Je peste contre la grande distribution parce que c'est une méthode de vente contre nature, en ce qui concerne les vins de qualité. Un hyper peut se permettre de perdre de l'argent sur le rayon vin, il en gagne ailleurs, mais au passage, il concurrence le spécialiste qui, lui, ne peut compenser de telles pertes. 

Mais je peste aussi contre le consommateur lambda qui n'achète que du prix (ou de la réputation) et se moque du conseil comme de sa première chemise. La grande distribution n'invente jamais rien, elle répond aux demandes, elle suit les tendances. A tout prendre, je préfère le comsommateur lambada qui s'excite sur les derniers vins à la mode et y trouve son plaisir.

Je dénonce les Primeurs, l'institutionalisation des grands crus, la capitalisation du vin thésorisé, la spéculation. J'ai un faible pour les vins qui se boivent.

J'abhorre le protectionnisme, les paravents légaux qui empêchent l'émergence de vins d'auteur ou simplement des vins qu'il plairait de faire aux producteurs.

Je réprouve l'infantilisation des buveurs potentiels, montrés du doigt par les pouvoirs publics comme des malades qui s'ignorent. Lâchez-nous la grappe, messieurs les censeurs, on en fera bon usage.

Alors bien sûr que tout cela renferme une bonne dose d'utopie.

Dans la "vraie vie", le marché dicte sa loi, les grands faiseurs raisonnent en citernes et alimentent qui veut bien acheter, y compris le hard discount et les assembleurs les plus improbables.

Dans la vraie vie, les grands vins de petits propriétaires, ceux que j'aime à vous commenter, ne sont que les cache-sexes d'un business qui les dépasse. Même leurs petits secrets de vinification ou de viticulture finissent par alimenter les argumentaires des géants du vin. Pas une coopérative du Languedoc qui ne vous dise aujourd'hui que "le bon vin se fait d'abord à la vigne", même quand elle ne sait pas trop où et quoi elle achète (ça s'est vu). Pas un industriel du vin qui ne se flatte de ses racines familiales (prenez Gallo Family Wines, par exemple...). Pas un grand distributeur qui ne se mette au vin bio, au cas où...

Je ne jette pas la pierre à ceux qui doivent vivre et vendre dans le système actuel. Il faut abreuver le troupeau, et j'ai écrit en son temps qu'il était aussi louable de faire un bon vin en gros volume qu'un vin d'exception en toute petite quantité.

Mais je leur souhaite de pouvoir un jour travailler à dans d'autres conditions, pour d'autres clients, pour d'autres valeurs. Et si le peu de crédit que possède cette chronique me permet d'influencer en quoi que ce soit la production et la consommation, alors que ce soit en faveur des coeurs purs, des passionnés, des idéalistes du vin.

Mais bien sûr que moi aussi, j'accepte la critique. Et même l'autocritique.

PS. Même la plus lâche des Realpolitik vis-à-vis de ce qui nous dégoûte ne peut durer toujours: regardez le Mur de Berlin, Ben Ali, Khadafi... 

12:40 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, utopie | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

21 août 2011

Nouveau cahier des charges pour la DO Ribeiro

Le 18 juillet dernier a été approuvé le nouveau réglement de la Denominación de Origen Ribeiro, qui prévoit notamment d'autoriser les cépages Lado et Caíño branco (art 6), l'abaissemnt du rendement à l'hectare maximum (art. 9), et l'autorisation de nouveaux types de vins (vins élevés en barrique et vins effervescents)  (art. 13).

Pour rappel, Ribeiro est une des principales dénominations de Galice (avec Rias Baixas). C'est aussi une des plus anciennes de l'histoire: des archives démontrent que les vins de Ribadavia ont été les premiers à être exportés (et bus) en Amérique, dès les premiers voyages de Colomb. 

L'acidité naturelle des vins permettant leur bonne conservation, un négoce important avait vu le jour dans la région, qui expédiait les vins dans toutes l'Europe jusqu'au 16ème siècle. L'expulsion des Juifs d'Espagne allait cependant lui porter un coup presque fatal.

Un voyage sur place en 2010 m'a convaincu du potentiel qualitatif de cette région.

Je vous conseille tout aprticulièrement les vins de Viña Mein, d'Alberte et de Gomariz.

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Vins de tous pays | Tags : ribeiro | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |