19 septembre 2011

21 décembre 2012, fin du monde: qu'est-ce qu'on boit?

Si vous êtes un tant soit peu versé dans les cultures précolombiennes et/ou les catastrophes, vous savez que la fin du monde est prévue pour le 21 décembre 2012. C'est écrit dans les astres, où plutôt, dans le calendrier maya. Grosse éruption solaire à cette date, apparemment.

750px-Mexico_-_Museo_de_antropologia_-_Livre_maya.JPGC'était écrit!

 

Encore un sujet d'inquiétude pour ceux qui attendent leurs grands crus achetés en primeur sur le net: il ne manquerait plus que la livraison soit prévue pour le 22. Un conseil, vérifiez auprès de votre fournisseur et de son transporteur.

Pour les autres, un autre dilemme: que boire ce jour là? Comme on ne connaît pas exactement l'heure du phénomène (la précision du calendrier Maya ne va pas jusque là), il faut tabler plutôt pour le déjeuner, c'est moins risqué que de parier sur un dîner qui pourrait bien ne jamais arriver.

Alors je préconise un joli blanc sympa pour se mettre les papilles en alerte. Histoire d'accompagner le caviar à la louche ou les oeufs d'ornithorynque en meurette (ben oui, on ne lésine pas, on aurait trop de regrets!).

Si vous êtes plutôt classique: le Sancerre Cuvée Chêne Saint Etienne 2002. C'est maintenant ou jamais pour apprécier ce vin vieilli dans des barriques issus d'un chêne de 435 ans.

Si vous êtes plus aventureux: le sauvignon de Leyda 2010 de la bodega Amayna (Chili).

Vous pouvez même déboucher les deux. Après tout, l'avantage de la fin du monde, c'est qu'on n'a pas à se préoccuper du lendemain. La gueule de bois? Même pas mal! Le découvert bancaire? Je rigole! Invitez votre banquière!

Et côté rouges?

Je vous conseille de vous faire plaisir. La vie est trop courte, dans ces moments là, pour boire autre chose que des vins de plaisir. Et pour gagner du temps, je vous propose trois vins capsulés:

The Ruins Pinotage (Afrique du Sud) et le Régnié 2010 du Château de Durette et puis, bien sûr, le Roussillon Villages de Coume Majou (millésime à votre choix). Trois vins de fruit, trois vins joyeux, trois vins pour finir en beauté.

Et là encore, n'hésitez pas à comparer, à regoûter...

Mais qu'apprends-je? On nous aurait menti?!

De plus en plus d'astronomes mettent en doute la prédiction de leurs collègues maya. Le feu d'artifice solaire n'aurait pas lieu le jour prévu. Et peut-être même pas du tout. Selon le New Scientist (qui dispose de relevés plus récents que nos amis de la Gazette du Yucatan), le pic d'activité solaire en question serait même le plus faible depuis 1928.

Il y a des coups de dent de jaguar qui se perdent! Une telle erreur de calcul, au temps des Mayas, ça se payait cash. Au minimum, cinq litres de sang frais. Un minimum pour apaiser les dieux magnanimes de Chichén Itzà.

Voyez comme les choses changent: aujourd'hui, on les embrasserait presque de s'être encore fourrés le doigt dans l'oeil, ces farceurs de mathématiciens mayas!

 

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

18 septembre 2011

Usurpation d'identité

"Bordeaux est la patrie du Merlot", "La Syrah est rhodanienne par essence", "Le Chardonnay a trouvé en Bourgogne les conditions de l'excellence"... 

Ces "plus points" des grandes régions françaises nous sont régulièrement reservis par leurs agences de presse, convenablement micro-ondés. Et comme tout ça est vrai, on adhère, on répète, on paraphrase, on relaie.

A tort, d'aucuns en déduisent  que tous les vins qui sont faits dans ces régions sont plus typés, plus vrais, en un mot "meilleurs" que dans tout autre endroit. C'est là toute l'astuce de la communication des régions, et notamment des AOC, qui généralisent à outrance.

Régulièrement, la dégustation nous prouve que ce n'est pas le cas.

Certains merlots du Tessin et du Trentin sont admirables. Le sauvignon de Leyda, au Chili, est excellent. La syrah donne de superbes résultats en Suisse et en Afrique du Sud.   

Tous les Bourgogne ne sont pas des Coche-Dury. Tous les Alsace ne sont pas des Hugel, des Trimbach, des Deiss ou des Dopff. Tous les Bordeaux ne sont pas des Château Margaux. Rectification: tous les Margaux AOC ne sont pas des Château Margaux. Mais comment feriez-vous la différence, personne ne voit jamais Château Margaux dans les dégustations comparatives, dnas les concours. Et j'aimerais bien savoir combien  d'entre vous, amis lecteurs, en ont déjà bu. Parler d'un "profil Margaux", c'est à la limite de l'usurpation d'identité.

Combien de consommateurs se laissent encore mener par le bout du prétendu terroir? Et même chez les aficionados. Combien liront avec gourmandise un dossier sur Pauillac dans leur revue de vin favorite, et délaisseront l'article sur Mendoza, les Caves de Carthage ou Château Ksara...

Alors, pensez-y quand vous achetez votre vin. Grattez un peu le vernis de la culture qu'on vous digère... et laissez vous surprendre par d'autres provenances, d'autres noms. Comparez, et jugez par vous-mêmes. Peut-être que vous en reviendrez à vos vins habituels, aux grands classiques.  Mais ce sera pour de bonnes raisons, alors.

00:56 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, terroir, amalgame, usurpation | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |