02 octobre 2011

Sujet, verbe, compléments

"Fais simple, Coco. Sujet verbe complément. Pas de chichis.
Il est bien, ce vin, ou pas? Dis-le, alors! Oui, tu peux parler du producteur, mais pas trop quand même. C'est pas lui qu'on achète. Et pas d'états d'âme! Le lecteur veut de la joie, du fruit, de la cuisse, pas du vinaigre."

Ainsi parlait "Zarathoustra", vieux directeur de rédaction, la terreur des jeunes journalistes. J'aurais dû l'écouter. Non?

Chassez le naturel, il revient au galop, le cheval fou de mes enthousiasmes ou de mes saintes colères m'entraine plus souvent qu'à mon tour dans de longues phrases et de longs articles. Quelle dérision que cette envie, toujours, de faire le tour de la question! Le temps de le faire, et le lecteur ne sait déjà plus quelle est la question. 

Et puis, dans la pratique journalistique, deux arguments choc valent souvent mieux qu'une belle démonstration.

Il m'arrive de relire de vieux billets sur ce blog. Rassurez-vous, pas trop souvent. Parfois, je me dis "bon sang, c'est moi qui ai écrit ça?".

Parfois, ça veut dire "c'est pas mal torché!'. D'autres fois: "là, c'est vraiment du grand n'importe quoi".

Parfois, aussi, c'est comme si la création échappait à son créateur. A relire des choses écrites il y a deux ans, on leur trouve un autre sens, le contxet a changé, les mots prennent une autre valeur... ou deviennent absurdes.

Ben oui, je suis tout de même mon premier critique!

On dit que le style, c'est l'homme. Alors j'ai certainement un gros problème. Certains de mes billets sont touffus, limite abscons, d'autres sont clairs comme de l'eau de roche. Certains sont caustiques, d'autres sont fleur bleue.

Certains parlent de vin. D'autres parlent des hommes. Certains sont drôles. Ceratins sont désespérants. Comme si j'oscillais en permanence entre le boy-scout et le cassandre.

Mais en définitive, la vraie question, bien au-delà du style de ces billets, c'est celle de leur utilité.

Peut-on la mesurer? Est-elle fonction de l'audience? Vous savez, le petit compteur en haut de la page. J'espère que non, car les chroniques qui m'ont valu la plus grosse popularité ne sont pas forcément celles que je préfère.

Mais peut-être que j'en demande trop. C'est déjà beau que vous me fassiez l'amitié de lire ce que j'écris, alors que pour la plupart, je ne vous  connais pas, je ne vous rencontrerai jamais, vous ne me devez rien et je ne vous dois rien.

 Comme disait Zarathoustra, "pas d'états d'âmes". Sujet, verbe, compléments.

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

26 septembre 2011

Au Nord, c'était le Szauwerwy

Nous ne nous étions pas revus depuis Vinea. Laurent Probst (Vins Confédérés), Olivier Grosjean (Le Blog d'Olif) et moi nous sommes retrouvés par le plus grand des hasards, la semaine dernière, lors d'un voyage de presse au Szauwerli. Une première pour tous les trois.

Un peu d'histoire

Vous avez dit "Szauwerli"? Cette ancienne république autonome de l'URSS, indépendante depuis peu, se trouve sur les contreforts de l'Oural, au niveau du 72ème parallèle, et son vignoble est donc un des plus septentrionaux du Monde. Autre particularité: elle est essentiellement peuplée d'Allemands de la Volga, les Tartriks (déportés là du temps de Staline). Plus étonnant encore: on y trouve également une petite communauté de Jurassiens français, venus à l'instigation de Louis Pasteur, qui s'est rendu plusieurs fois au Szauwerli à la fin du 19ème siècle pour un cycle de conférences sur la fertilité. Malgré leur petit nombre, l'influence de ces "Zhurassniks" est réelle, surtout dans le secteur du vin. Ils occupent également des places importantes dans l'administration et la politique locale. Les deux communautés cohabitent assez harmonieusement, malgré (ou à cause de) la barrière de la langue.

carte_Russie_Oural2.jpg

Les contours du Szauwerli ne figurent pas encore sur cette carte datant d'avant l'indépendance

 

La petite république, grande comme le Costa-Rica et le Luxembourg réunis, ne produit qu'un seul vin. Mais quel vin! Le fameux Szauwerwy est en effet le vin le plus acide au monde. Cette acidité est d'ailleurs à la base de sa longévité.

Une question de maturité

Pour assurer la sousmaturité propice à l'obtention de vin à fort potentiel de garde, les vignes sont plantées au revers des coteaux, dans des zones à l'abri du soleil. La région bénéficiant par ailleurs  d'un déficit d'ensoleillement naturel (812 heures de soleil par an relevées à la capitale, Skorb), ces vignes d'adret présentent des conditions idéales pour un cycle court de la plante, qui puise dans le sol à forte teneur en micaschistes la lumière réfléchie des étoiles. le vignoble compte actuellement 1120 ha, répartis entre 41 vignerons. 40 d'entre eux, représentant 12 ha, sont affiliés à la coopérative de Grössny, la petite capitale du vignoble szauwer.

L'autre domaine appartient au Docteur Gröss, le Maire de Grössny, également Président de l'Office National  de la Vigne et du Vin, et fondateur de l'Amicale Trans-jurassienne, qui avait organisé le voyage. J'en profite pour remercier le Docteur et toute sa famille pour leur excellent accueil.

Deux qualités

Un peu de technique viticole : le mode opératoire est ici assez original. Le vigneron szauwer vendange vert au sens strict du terme, en fonction de la dureté des baies. Pour estimer le degré de sous-maturité,  on utilise ici, non pas un réfractomètre, mais un casse-noix en cuivre, le Nuuskrëk. Dans les années exceptionnellement chaudes, l'ajout d'acidité est autorisé, à concurrence de 50g par litre. Cet ajout se fait traditionnellement par l'incorporation au moût de la Szauwerlikor, un concentré de jus de citron où ont été préalablement macérés des feuilles d'artichaut et des zestes de kaki, additionnés d'un peu de lait de chèvre rance. 

Une qualité spéciale, le Gruh-Spehtszauwerwy, est réalisée à partir de raisins exceptionnellement récoltés à maturité, avec un pourcentage de 30% minimum de raisins gris-nobles (Gruh-Edältruhbe), touchés par la pourriture grise.

Le pourcentage des baies grises (30%, 50%, 80%) détermine la catégorie du vin: 3 Pourynios, 5 Pourynios, 8 Pourynios.

Mais cette spécialité est relativement rare, et assez peu appréciée des locaux, qui raillent son côté "roubyniolos" ("efféminé"). On l'utilise plutôt dans les moutardes, à l'instar de notre verjus.

acidité,vin,vignobleLaurent Probst et Olivier Grossjean au Fesztival des vins de Grössny

 

La dégustation

Laurent, Olif et moi avons pu participer à une verticale de deux millénaires de la maison Gröss, de Zsüra (à  trois kiomètres à l'Est de Grössny - terroir argilo-volcanique). 

Voici mes notes:

-Gröss 1612 "Tarass-Bulba" (cépage Pamur): Notes kaki sous la robe brune. Mais quelle vivacité! Rrrh! Le vin du réveil par excellence. A attendre.

-Gröss 1066, Cuvée Wilhulm (cépage Touszour-Pamur, une mutation du précédent). Urgzh!, comme disent les Grössniks. Encore du fruit sous l'acidité, quand même. Citron jaune, citron blanc. Gros potentiel.

-Gröss 800 "Karlovy" (cépage inconnu): Un vin très franc, sans concessions, sans fioritures. Attention aux chaussures, tout de même.

La dégustation s'est poursuivie dans les allées du Fesztival International des Vins de Grössny, en l'agréable compagnie des trois filles du Docteur Gröss.

En résumé, ce voyage a été pour nous comme un retour aux sources de la vivacité.

Et comme on dit à Skorb: "Szauwer stërk". Traduction libre: "toute l'acidité qui ne te tue pas te rend plus fort".

Plus d'info: Office de Tourisme de la République Démocratique Acidique du Szauwerli, www.rdas.urgh

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Vins de tous pays | Tags : acidité, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (26) | | | |