04 octobre 2011

Dégustations professionnelles: commentaires officiels, non merci!

Mon excellent confrère David Cobbold relatait hier sur le blog des 5 du Vin une dégustation récente des vins de Michel Laroche.

Au détour de ce billet, David évoquait le rôle tenu par Olivier Poussier, chargé de commenter en direct, et devant les dégustateurs, les vins proposés.

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David Cobbold version campagne (Photo H. Lalau)

Je n'ai pas assisté à ce dîner. Aussi ne me prononcerai-je pas sur ce cas particulier. Mon autre compère des 5, Michel Smith, parle plutôt d'une animation et de propositions d'accords vins & mets. Dont acte.

Mais quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'un cas isolé. Combien de fois n'ai-je pas dû, moi aussi, écouter un confrère - et plus souvent encore, un sommelier, me décrire ce que je goûtais. Récemment, à Vinea, lors d'une dégustation, c'est la charmante Marie Linder qui nous a ainsi commenté les bouteilles sélectionnées par le jury du Concours des Pinots du Monde.

Attention, je ne critique pas ce qu'elle a dit; tout comme Olivier Poussier, elle est très compétente. C'est juste qu'a priori, les dégustateurs professionnels conviés à ces dégustations le sont aussi. Faire le travail à leur place, c'est au mieux, infantilisant; et au pire, énervant.

Car quoi, ou bien nous pensons comme les sommités qui commentent à notre place, et dans ce cas, il était inutile de les déranger. Ou bien nous ne pensons pas comme eux, et c'est très perturbant, au moment même où l'on s'efforce de trouver nos propres mots, nos propres repères. D'autant qu'adoubé par le producteur, le commentateur "officiel" a sur vous une sorte de préséance, l'autorité conférée par l'institution.

Imaginez un peu que êtes au cinéma et que le type assis à côté de vous commente chaque passage, vous décrit les émotions que vous êtes censés ressentir. Même si c'était le réalisateur, vous auriez envie de lui dire de garder ça pour lui. "Cordonnier, pas au dessus de la cheville...". A chacun son boulot: "tu fais le film, et moi je le regarde"...

Sans compter que la critique de vin, c'est aussi une question de diversité. Trois personnes buvant le même vin ne tomberont jamais parfaitement d'accord sur les descriptifs aromatiques, qui ne sont jamais que des projections du langage, et donc, en quelque sorte, des étiquettes sorties des casiers obscurs de la bibiothèque des sensations collectées par chaque dégustateur au fil de sa vie de dégustateur, et restituées à un moment T.

Il y a beaucoup de subjectivité là-dedans, même si l'on s'en défend, et seule "la somme des subjectivités" permet d'approcher "une certaine objectivité". Merci, M. Mauss! Alors, entendre l'opinion d'Olivier, de Marie, de Pierre ou de Jacques, à ce moment de construction de votre intime conviction, toute proportions gardées, c'est un peu comme si  Belle-Maman vous téléphonait au plus fort d'une étreinte amoureuse avec votre chère et tendre.

Je ne pense pas que les gens qui organisent ce genre de choses, relations publiques, comités interprofessionnels, directeurs de communication, etc...  réalisent à quel point nous pouvons être déstabilisés par ce "prêt-à-sentir". Ils ne pensent certainement pas à mal. Ils sont peut-être même convaincus de nous aider dans notre tâche, ou de mettre en valeur les vins de leurs "poulains". Je ne leur lance pas la pierre. Je ne crois même pas qu'ils aient  vraiment pour but de nous influencer. Ce n'est pas le genre de la maison Laroche. Et encore moins de Christine Ontivero. Mais le résultat est là: c'est une fausse bonne idée.

En résumé, autant je peux admettre l'intérêt de semblables explications  dans le cadre d'un atelier visant à éduquer des néophytes, autant je milite pour la suppression des commentaires officiels dans les dégustations professionnelles.

Voila, c'est dit!

 

00:25 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Vins de tous pays | Tags : degustation, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (13) | | | |

02 octobre 2011

Sujet, verbe, compléments

"Fais simple, Coco. Sujet verbe complément. Pas de chichis.
Il est bien, ce vin, ou pas? Dis-le, alors! Oui, tu peux parler du producteur, mais pas trop quand même. C'est pas lui qu'on achète. Et pas d'états d'âme! Le lecteur veut de la joie, du fruit, de la cuisse, pas du vinaigre."

Ainsi parlait "Zarathoustra", vieux directeur de rédaction, la terreur des jeunes journalistes. J'aurais dû l'écouter. Non?

Chassez le naturel, il revient au galop, le cheval fou de mes enthousiasmes ou de mes saintes colères m'entraine plus souvent qu'à mon tour dans de longues phrases et de longs articles. Quelle dérision que cette envie, toujours, de faire le tour de la question! Le temps de le faire, et le lecteur ne sait déjà plus quelle est la question. 

Et puis, dans la pratique journalistique, deux arguments choc valent souvent mieux qu'une belle démonstration.

Il m'arrive de relire de vieux billets sur ce blog. Rassurez-vous, pas trop souvent. Parfois, je me dis "bon sang, c'est moi qui ai écrit ça?".

Parfois, ça veut dire "c'est pas mal torché!'. D'autres fois: "là, c'est vraiment du grand n'importe quoi".

Parfois, aussi, c'est comme si la création échappait à son créateur. A relire des choses écrites il y a deux ans, on leur trouve un autre sens, le contxet a changé, les mots prennent une autre valeur... ou deviennent absurdes.

Ben oui, je suis tout de même mon premier critique!

On dit que le style, c'est l'homme. Alors j'ai certainement un gros problème. Certains de mes billets sont touffus, limite abscons, d'autres sont clairs comme de l'eau de roche. Certains sont caustiques, d'autres sont fleur bleue.

Certains parlent de vin. D'autres parlent des hommes. Certains sont drôles. Ceratins sont désespérants. Comme si j'oscillais en permanence entre le boy-scout et le cassandre.

Mais en définitive, la vraie question, bien au-delà du style de ces billets, c'est celle de leur utilité.

Peut-on la mesurer? Est-elle fonction de l'audience? Vous savez, le petit compteur en haut de la page. J'espère que non, car les chroniques qui m'ont valu la plus grosse popularité ne sont pas forcément celles que je préfère.

Mais peut-être que j'en demande trop. C'est déjà beau que vous me fassiez l'amitié de lire ce que j'écris, alors que pour la plupart, je ne vous  connais pas, je ne vous rencontrerai jamais, vous ne me devez rien et je ne vous dois rien.

 Comme disait Zarathoustra, "pas d'états d'âmes". Sujet, verbe, compléments.

00:07 Écrit par Hervé Lalau dans Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |