15 novembre 2011

France, lève-toi et capsule tes vins!

En mars dernier, le cabinet Wine Intelligence a réalisé  une étude sur 1.000 consommateurs réguliers de vin en Grande Bretagne; celle-ci montre que de 2003 à 2011, le pourcentage de consommateurs prêts à acheter du vin en bouteilles à capsule est passé de 41% à... 85%.

Ce même rapport précise que le bouchon reste le bouchage de vin le plus apprécié des britanniques: à 51%, ils déclarent préférer le liège; mais ils sont maintenant 42% à préférer la capsule (contre 6% seulement en 2003).

Ce sont les femmes dans la trentaine et la quarantaine qui sont les plus ferventes adeptes de la capsule, ainsi que les jeunes.

Le même rapport montre une évolution semblable dans d'autres pays, notamment les Etats-Unis et l'Australie. Une évolution? Que dis-je, une révolution!
 
Les Suisses, autre peuple révolutionnaire s'il en est, sont passés à la capsule. Depuis plus de 30 ans. De deux choses l'une, ou ils se trompent depuis 30 ans. Ou ce sont des gens pragmatiques. J'opte personnellement pour la deuxième solution.
 
Et en France? Rien ne permet d'expliquer la faiblesse des ventes de vins capsulés, si ce n'est la faiblesse de l'offre. Pas même le type de vins vendus: en moyenne, nos voisins d'Outre-Manche achètent plus de vins de prix que nous.
Le Français s'est mis au BIB, mais il refuserait la capsule? Soyons sérieux!
 
capsule,bouchon
Déjà, Lénine, en 1917, déclarait aux foules massées devant les coopératives: "Le temps de l'impérialisme du bouchon est derrière nous. Un nouveau jour se lève, celui du vin libéré du mauvais goût. J'appelle chaque soviet, chaque cellule, chaque sommelier à oeuvrer ensemble pour la capsule à vis et contre l'obscurantisme".

Traduction libre du texte original en langue russe.
 
 
 
Tous ceux qui se réfugient derrière l'histoire et la tradition pour défendre le liège accepteraient-ils de revenir à l'amphore bouchée à la poix? Les grands vignerons qui cautionnent les campagnes des fabricants de liège acceptent-ils de gaîté de coeur que leur travail à la vigne et au chai, leur engagement de qualité, leur signature sur l'étiquette, que tout ça puisse être mis à mal par la dernière étape du procédé, la seule qu'ils ne maîtrisent pas?
 
Faudra-t-il attendre que des restaurateurs, des cavistes, des distributeurs et des sommeliers s'engagent publiquement?  Il y va de leur intérêt, les bouteilles à capsules les débarrasseraient du problème de retours de bouteilles bouchonnées, ou simplement "douteuses".
 
Peut-être les choses changeront-elles enfin quand les fabricants de liège investiront dans la capsule. Ou bien, comme Kodak, qui n'a pas su prendre à temps le virage du numérique, s'accrocheront-ils à une technologie dépassée?
 
Oui, dépassée. Car dans le monde d'aujourd'hui, qui est prêt à accepter une technologie qui présente un taux de défaillance de 2 à 5%? Voudriez-vous d'un téléphone qui ne marche que 320 jours par an? D'une voiture qui ne démarre jamais les jours fériés? D'un pack de douze yaourts dont systématiquement, un pot est avarié?
 
Ces Messieurs les Anglais ont décapsulé les premiers. Ils nous montrent la voie. La "France qui gagne", la "France qui se lève tôt" (eum), la France qui vient de redevenir le premier producteur de vin au monde ne peut quand même pas rester indéfiniment à la traîne! Vignerons de tout l'Hexagone, capsulez-vous! Cette révolution là ne tranchera aucune tête mais fera beaucoup d'heureux!
 
Article rédactionnel indépendant non parrainé par l'amicale du Liège (ni par les fabricants de capsules).

08 novembre 2011

Profession: wine clown

Sur ce blog, j'ai toujours laissé  libre cours à mes idées, aussi folles soient-elles.

Je n'ai pas d'agenda caché. Je n'ai pas d'agenda du tout.

Pas plus que mon ami Jim Budd, quand il s'attaque à des moulins comme 1855, Oddbins, Robert Parker ou Pancho Campo, par exemple. Je veux en témoigner ici, parce que je viens de passer deux jours avec lui à Epernay et que s'il est tenace dans sa recherche des faits, s'il ne se contente jamais d'à peu près, de fausses réponses, c'est aussi un type d'une grande gentillesse, plein d'humour, sans agressivité ni rancune, et qu'il n'est certainement pas motivé par de bas intérêts. Il a du journalisme un haute conception, il le pratique à la manière anglaise, genre bull dog, et c'est tout à son honneur.

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Wine Clown

Pour en revenir à moi - c'est mon blog, après tout - je n'ai aucune illusion sur l'impact réel de mes écrits, ni sur leur originalité. "Nothing you can do that can't be done".

Je me situe toujours sur le terrain des idées, parce que les attaques ad hominem me répugnent. Je suppose qu'il y a plus dans un homme ou dans une femme que ce que je peux voir sur le web ou même dans les salles de dégustation. Qu'est ce que je connais au juste de Robert Parker, par exemple? Outre sa position de World Wine Guru, c'est peut-être un très bon père et un époux modèle, et qui donne des sommes folles à l'Unicef.

Il n'y a rien qui m'insupporte plus que la médisance, le mauvais esprit, et puis surtout, le "tous pourris". A la télé, à la radio, dans le presse ou dans les blogs, ils sont devenus incontournables. Dans la course à l'audience, l'attaque gratuite fait mouche. Personne n'y échappe, politiques, écrivains, acteurs, peoples, journalistes, sous prétexte qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre. Pour moi, on se rabaisse soi-même à descendre si bas.

Ce n'est pas une raison pour laisser passer toutes sortes d'incongruités.

Ainsi, par exemple, je ne comprends pas que le vin soit le bouc émissaire de la mauvaise éducation à l'alcool en France - et de la mauvaise éducation tout court.

Je ne comprends pas non plus qu'on multiplie les AOC sans jamais en enlever de la liste. C'est le plus sûr moyen de les galvauder. Et c'est d'autant plus dommage que l'idée de base, la préservation d'une certaine identité, est forte.

Je n'admets pas non plus qu'on puisse laisser concasser le terroir de Gevrey-Chambertin sans réagir. Et je trouve éminemment dommage que certains blogs plus lus que le mien, ou plus axés sur les terroirs bourguignons, ne reprennent pas ce sujet en grand. Qu'ils ne fassent pas le boulot.

Last but non least, je ne supporte pas les leçons de moralité de Robert Parker, quand il écrit ceci, en introduction à son guide:

“It is imperative for a wine critic to pay his own way. Gratuitous hospitality in the form of airline tickets, hotel rooms, guest houses, etc., should never be accepted either abroad or in this country.”
And this: “While it is important to maintain a professional relationship with the trade, I believe the independent stance required of a consumer advocate, often not surprisingly, results in an adversarial relationship with the wine trade. It can be no other way. In order to pursue independence effectively, it is imperative to keep one’s distance from the trade. While this attitude may be interpreted as aloofness, such independence guarantees hard-hitting, candid, and uninfluenced commentary.”

Je n'ai pas les moyens de renoncer aux billets d'avions que m'adressent les attachées de presse ou leurs clients. Je gagne trop peu avec mes articles pour payer toutes mes chambres d'hôtel. Et pourtant, je ne pense pas abuser. Quand on me demande de venir, je suppose que c'est pour entendre mon avis, et je le donne, quel qu'il soit. Je ne pense pas qu'on veuille me graisser la patte. Je n'en ai jamais eu l'impression. Et je suis assez grand pour savoir refuser les invitations qui ne me semblent pas correspondre à ce que l'on peut attendre de moi, et à ce que je peux attendre d'un événement. Je l'écrivais hier, et je vous jure que c'est vrai: si j'avais été invité au Wine Future de Hong Kong, je n'y serais pas allé. J'ai aussi décliné, cette année, le concours de Séville, auquel j'avais déjà participé 3 fois.

D'un autre côté, je ne demande pas d'argent pour venir dans une région viticole, je ne tarife pas mes visites dans les caves. N'est-ce pas ce que Mr Parker a fait, ou plutôt, ce qu'il a laissé faire en son nom à Jumilla et à Madrid? Je veux bien laisser le bénéfice du doute, mais quel doute il y a-t-il quand plusieurs sites ont publié un document établissant le prix des prestations?

Quel journaliste digne de ce nom ne s'intéresserait pas à ce genre de choses? Pourquoi si peu l'ont fait jusqu'à présent? Parce que ça ne se fait pas, entre "collègues"? Intérêts croisés? Peur de cracher dans la soupe? Peur du retour de volée?

Je n'ai pas peur. J'ai ma conscience pour moi.

Je ne suis pas lié à un éditeur, ni à un organisateur d'événement, ni à un guide, moi. Ni à un producteur, ni à une région. Mais je confesse bien volontiers, sinon des amitiés, au moins des affinités avec certains producteurs. Affinités que je m'efforce d'oublier quand je note leurs vins. Et qui n'ont rien à voir avec l'argent.

Ceci est valable pour ce blog, mais également pour mes activités journalistiques, puisque j'ai la chance d'écrire pour plusieurs magazines, et qu'aucun, à ma grande satisfaction, ne bride mon expression.

Alors mes indignations sont sincères, non sélectives, et sans sous-entendu.

Vous m'excuserez de vous avoir infligé ce pensum. Mais autant je suis ouvert à la critique pour ce qui touche à la justesse de mes analyses (toujours discutables), à mes engagements plus ou moins bien choisis, à mon humour plus ou moins bien placé, à mes critiques plus ou moins bien étayées, autant j'accepte les commentaires sur le fond comme sur la forme, autant je n'admets pas qu'on puisse laisser planer le doute sur mon honnêteté.

Et à ceux qui y voient la marque d'une vertu effarouchée, je dirais: c'est votre droit. Mais entre deux maux, je choisis le moindre. Je préfère passer pour un clown que pour un vendu.

Demain, c'est promis, on reparle de vin.

 

 

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, France, Vins de tous pays | Tags : vin, clown, vignoble, journaliste | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |