12 décembre 2011

Quand la Chine nous vend son vin

Quand l'ami Eric Boschman arrive à pied par la Chine...

"Le soleil se lève à l’Est". C’est plus fort que moi, dés que je lis ce genre de poncif, j’ai le cœur qui palpite, qui rugit, court et saute au milieu du petit amas graisseux qui l’entoure dans ma poitrine. Le souvenir de ces magnifiques héros, surtout le principal, qui chevauchaient dans le soleil levant du Nord de l’Inde…haaaaaa, toute une enfance, et c’est rien de le dire.

Mais bon, un rien plus à l’Est encore, il est un Empire du Milieu qui fait nettement plus rêver les jeunes entrepreneurs que les feuilletons à la con de la fin des années 70. Sic Ford Transit Gloria Lasso, comme disait Jean Nohain. En ce beau pays de Chine, le vin fait figure de nouvel Eldorado pour bon nombre de producteurs de France et de Navarre, voire d’autres contrées moins romantiques mais tout aussi efficace. Et si on se plantait? Et si, d’abord la Chine était un marché pour les brasseurs? Je vous explique, cela tient la route. Il s’agit d’une structure simple. Certes, aujourd’hui, les Chinois consomment près de 650 millions de litres de vin par an. Ça paraît énorme à première vue, mais vu par l’autre bout de la lorgnette, ce n’est jamais que plus ou moins le double de ce que les Belges picolent chaque année. Oups. Mais les Chinois sont environ 130 fois plus nombreux.

chine,changyu,vin,vignoble

Château Beijing

Quand la Chine biberonnera...

Les Belges en sont à une trentaine de litres annuels, les Chinois à plus ou moins un demi litre. Je vous l’accorde, la marge de progression est énorme. Si un jour les Chinois se mettent à biberonner comme nous, il va faire sec dans les caves du monde. Ouais mais non. D’une part, seuls les membres de la classe moyenne et des tranches supérieures de la société consomment un peu de vin. Ça fait encore quelques dizaines de millions mais plus tant que cela l’air de rien. Et puis, et c’est qu’est l’os hélas, la structure du repas traditionnel chinois n’est pas du tout favorable à la consommation de vin.  En Europe, c’est vers le XVIIème siècle que l’on a séparé les mets sucrés des mets salés et que l’on a structuré plus ou moins les repas tels que nous les connaissons aujourd’hui. En Chine, il est de mise de présenter les mets pratiquement simultanément. Vous avez tous déjà vu ces plateaux tournants que l’on place au milieu des tables, ne faites pas les idiots. Ces objets offrent l’opportunité aux convives de savourer moult plats à la suite, en sautant de salé au sucré, de l’aigre au doux, bref, de voyager dans tous les sens. Mais pour le pinard, tel que nous le connaissons, c’est la Saint Barthélémy en plus violent. Bref, pour accompagner ces repas pantagruéliques, la cervoise est la meilleure solution actuellement. Et pourtant, tout le monde nous bourre les oreilles avec le marché chinois. Oui, mais le marché spéculatif surtout. Les grandes marques y atteignent des prix délirants, enfin, on dirait qu’ils ont atteint, on parle de bulle, de ralentissement. Mais depuis les deux grosses décennies que je pratique dans les joyeux métiers du vin, cette perspective de baisse brutale des prix hante l’esprit des gens qui, comme moi, n’ont plus les moyens de s’offrir ces fameuses étiquettes.

Dîtes "Changyu"

Et si le marché chinois, tout mirage qu’il pourrait être s’avérait de plus en plus auto-suffisant ? Car il ne faut pas perdre de vue un fort sentiment de fierté nationale dans le pays. La production locale augmente rapidement. La Chine est déjà le sixième producteur mondial et, si elle s’en donne un peu la peine, pourrait être dans un proche avenir dans le top trois planétaire. Quelques grands groupes internationaux ont déjà investi, mais les entreprises locales mettent le paquet, à la manière du groupe Changyu, qui possède une série de châteaux et pas des trucs pour rire un peu partout dans c gigantesque pays (www.changyu.com.cn).

Oui, je sais, vous allez encore me dire qu’ils ne font que du chardonnay et du cabernet. Certes, ils en produisent, faut bien séduire les néos consommateurs. Mais les viticulteurs chinois ont déjà assimilé cette notion très en vogue qui demande à chaque pays, chaque région, d’avoir un cépage local originel, un porte drapeau qualitatif qui permet d’identifier presque à coup sûr le goût de la production locale. C’est le cas, entre autres, du cabernet gernischt. A vos souhaits. Il semblerait qu’il soit fort proche, si ce n’en est pas, du cabernet franc. Arrivé dans le pays au dix-neuvième siècle à la faveur de la crise du phylloxéra, ce raisin a trouvé dans la région de Ningxia, à plus ou moins 1300 km à l’ouest de Pékin, un terroir de prédilection.

5,99 euros

Le groupe Changyu est à la tête de six "châteaux" et du centre œnologique le plus moderne d’Asie; c'est aussi le premier producteur bio certifié de Chine. Bref, en un mot comme en cent : une cuvée issue de ce cépage dans cette région arrive dans les linéaires belges. C’est Delhaize qui ouvre sa porte à ces vins. Certes, ce ne sont pas les premiers vins chinois du marché, mais la première cuvée élaborée avec un cépage typiquement local.

A la dégustation, c’est vachement  mûr, bien équilibré, plutôt élégant. Bref, assez loin du cliché que l’on pourrait avoir de ce genre de production. Une belle bête à s’offrir ou à offrir pour rendre les repas de fête un rien plus exotiques. Pour accompagner une belle pièce de viande rouge, rôtie, accompagnée de fruits de la même couleur et d’une purée de marrons, ça va cartonner grave. Un joli travail de découverte réalisé par les acheteurs de la maison ! Vous ferez l’emplette de cette bouteille pour la somme modique et dérisoire de 5,99€. Et si les vins chinois envahissaient un jour nos marchés hein? J’en connais qui riraient jaune…   

Eric Boschman

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans Chine, Vins de tous pays | Tags : chine, changyu, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

10 décembre 2011

Fallait-il parler de Jay Miller et de Pancho Campo?

Fallait-il dénoncer les méthodes de travail de M. Campo, et indirectement, celles de M.Miller et du Wine Advocate, dans ce qu'on appelle couramment le Jumillagate? A savoir, la vente des visites de M. Miller, évoquée dans plusieurs correspondances entre la société de M. Campo et certaines appellations espagnoles?

Certains commentateurs en doutent. Pour eux, il n'y a pas de délit, c'est juste un problème d'éthique personnelle. Après tout, personne n'obligeait les appellations à payer. Sans compter que les investigateurs agacent: "Et puis, d'abord, qui sont les accusateurs? Des fouille-merde! Des gens qui se prennent pour des saints... A d'autres!"

Une autre catégorie de lecteurs, au départ favorable à une certaine transparence, pense à présent qu'on en fait trop, que l'histoire est close. Qu'il faut passer à autre chose. "Donnez nous des notes de dégustation, des belles photos de vignerons sympas, plutôt!". Et puis, sous-jacente, il y a peut-être une crainte: "Ce n'est pas bon pour le business!".

Ces deux catégories de commentateurs s'expriment à loisir sur les blogs, que ce soit sur Jim's Loire, sur Catavino ou sur Winediarist, par exemple. Et c'est très bien.

J'ai quand même envie de leur répondre que si l'apprentissage de la lecture est obligatoire, la lecture de tel ou tel article de presse, ou de tel ou tel blog, elle, ne l'est pas. Et puis, on peut comprendre que les journalistes qui ont exposé l'affaire aient envie d'aller jusqu'au bout, de donner un maximum d'arguments - après tout, ils sont sous la menace d'actions en diffamation.

De plus, les versions données par M. Campo sur les faits varient beaucoup: un jour, les dégustations étaient liées au Wine Advocate, une autre jour, elles ne l'étaient pas. Ce sont ces revirements qui incitent les enquêteurs à continuer leur travail.

Quoi qu'il en soit, cette discussion montre bien qu'il y a plusieurs types de communication dans le domaine du vin comme dans d'autres, indépendamment du support choisi (presse ou blogs).

L'information, d'une part, qui doit être étayée, vérifiée, retracée.

Le commentaire, de l'autre, qui est libre (dans les limites de la loi).

Sans la première, le second n'existerait pas.

Je trouve donc qu'on ne peut pas reprocher à Vincent Pousson, à Jim Budd et à Harold Heckle de vouloir ne laisser "aucune pierre non retournée", comme dit l'adage anglais. Même si la succession des articles sur un même thème peut lasser (c'est un phénomène qu'on constate également dans l'affaire DSK, par exemple),  je crois que c'est le prix à payer pour une information complète.

Pour rester dans le vin, il me semble que lorsque la parole médiatique est à ce point monopolisée par quelques uns, et va toujours dans le même sens (comme dans le cas des Droits de Plantation), ou que certains problèmes ne sont pas traités par l'autorité compétente (comme dans le cas du concassage au tractopelle d'un terroir protégé, à Gevrey-Chambertin), il est sain que la presse puisse jouer son rôle de contre-pouvoir jusqu'au bout. Que ce soit au travers des blogs ou des supports plus traditionnels.

Par ailleurs, il est bon que les blogs puissent échapper à la dictature de la ligne rédactionnelle, à une stratégie éditoriale; et qu'on puisse donc y publier ce qu'on veut et quand on veut, sans devoir respecter un quelconque équilibre.

Ici même, sur ce blog, je me rends bien compte que certains de mes billets plaisent plus que d'autres, que certaines thématiques lassent plus vite que d'autres, mais c'est la rançon de l'effet "carnet de bord". Chaque jour est un nouveau jour, il n'y a pas de recherche d'une stratégie d'ensemble, à vous de picorer ce qui peut vous intéresser dans ce qui, moi, m'a intéressé, interpellé, fait sourire, fait grincer des dents ou claquer la langue.

06:24 Écrit par Hervé Lalau dans Espagne, Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (42) | | | |