20 décembre 2011

Conte de Noël québécois: ce week-end, c'étaient les vendanges chez L'Orpailleur

Le Québec est une des rares régions du monde où l'on produit très régulièrement du vin de glace, comme me le rappelle fort opportunément mon ami Hervé Durand, du domaine de l'Orpailleur, à Dunham (Estrie). C'est comme un conte de Noël. Tous les ans, le chercheur trouve de l'or liquide dans son panier...

Les vendanges de glace 2011, qui se sont déroulées ce week-end, sont très prometteuses, comme le montre ce reportage de Radio Canada qui s'est rendue sur place. C'est ICI (après la pub, désolé).

Ca me fait plaisir, comme on dit là-bas...

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18:09 Écrit par Hervé Lalau dans Canada, Vins de tous pays | Tags : québec | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

Le style, c'est l'homme... (un clin d'oeil à David Cobbold et quelques idées sur la typicité des vins et l'"effet terroir")

David Cobbold postait hier sur le blog des 5 du vin un excellent billet traitant du style du vin, de sa "typicité".

C'est ICI

Inévitablement, je pense à la phrase fameuse du naturaliste Buffon: "le style, c'est l'homme", et d'autant plus que pour moi, l'homme est indissociable du terroir - un terroir qu'il révèle, qu'il sublime ou qu'il gomme.

Je repense à un Moulin à Vent 1971 retrouvé par hasard au fond de la cave de mon père, dans les années 90. On était bien loin du gamay nouveau, mais en plein dans le grand Bourgogne capiteux...

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Sucez moi ça, les gars...

Le cépage n'est qu'une matière première; le sol n'est qu'un élément du vin, certes important, mais pas le plus important - sinon, tous les vins d'une appellation, d'un cru, d'un terroir, d'un même sol seraient identiques. Heureusement (enfin pas toujours), il y a la patte de l'homme, qui décide de ce qu'il veut faire - ou qui ne décide pas.

C'est là, d'ailleurs, la limite du discours "non interventionniste" de certains vignerons de la mouvance dite "naturelle". Je respecte leur idéal, je respecte leurs vins quand ils sont bons, mais j'ai des doutes quant aux moyens mis en oeuvre.

Je pense que le bon vigneron, bio ou pas, biodyn ou pas, nature ou pas, est celui qui sait à l'avance ce qu'il veut faire du raisin qu'il vient de ramasser. Certes, il ne fera pas d'une mauvaise année un grand vin (ça, cest bon pour les adeptes de l'osmose inverse, des levures aromatisées, de la désalcoolisation... et l'on n'est plus du tout dans les vins de terroir, on est dans les vins de l'oenologie industrielle). Mais par le choix des assemblages, la durée des macérations et le type d'élevage, notamment, il orientera, il adaptera, il imprimera sa marque.

Et c'est d'ailleurs ce que j'aime le plus dans le vin. La transmutation d'une matière première via les efforts humains, l'effet personnel, que parfois, je parviens à discerner dans le vin. Tant il est vrai que pour ce qu'on appelle les vins d'auteur, les vins de propriétaires, il peut y avoir une adéquation entre la personnalité du vin et celle de son vinificateur. Mais là, je généralise, j'idéalise sans doute, il faudrait faire la part de l'oenologue, du consultant, des techniques modernes... et de mon angélisme.

J'ai trop lu de contre-étiquettes et de dossiers de presse qui prétendent que "le vin se fait d'abord dans la vigne".

Chronologiquement, c'est vrai, tout commence à la vigne. Le choix du matériel génétique, déjà, est crucial. J'ai dégusté à Leyda, au Chili, deux sauvignons du même domaine, des mêmes sols, mais de clones différents... et qui ne se ressemblaient en rien.

Et puis il y a la taille, le mode de conduite, l'effeuillage, les rendements; c'est vrai, il ne faut pas sous estimer tout ça. Mais le chai, c'est au moins aussi important à mon sens. Parce que même si ce n'est pas là qu'on peut tout corriger, c'est là qu'on peut tout faire rater.

Je me rappelle d'une dégustation de rieslings d'une belle maison du Palatinat, où la seule cuvée réalisée à partir de vins fermentés grâce aux seules levures naturelles, était tellement au dessus du lot. Notez bien que ce n'était pas le propriétataire qui s'y était essayé, mais sa fille - lui était sans doute trop marqué par des années d'oenologie triomphante pour oser en revenir à l'empirisme et aux risques de la tradition - car oui, la vraie tradition, c'était accepter le risque, les cuves qui ne démarrent pas, ou les déviances... mais aussi la magie du grand vin.

Et puis, le sol, la vigne, c'est bien beau, mais le vin, on ne l'aime pas quand on suce de beaux cailloux, quand on mache de beaux ceps ou même quand on goûte de bons raisins, on l'aime quand le produit fini est bon.

L'argument de la soi-disant primauté du terroir n'est pas innocent. Il permet à des médiocres installés sur des terres plus ou moins sacralisées par des appellations prestigieuses de pouvoir continuer à vendre plus cher ce qui, sans ce rappel, serait trop mauvais pour mériter son prix. C'est le terroir-caisse. Je suis d'autant plus opposé à ce concept que des terroirs, il y en a partout, des bons, des mauvais, même au sein d'une même appellation. Par ailleurs, certains "garagistes", en soignant aux petits oignons leur vignes et leurs vinifications, ont prouvé qu'on pouvait faire des vins plus qu'acceptables sur des sols médiocres. Dans le même temps, combien de mauvais vignerons ont fait descendre de plusieurs étages des crus pourtant bien établis! Yquem, Ausone, Latour, Haut Brion, tous ont connu leurs années de vaches maigres... Le terroir s'était-il évaporé ces années là?

Alors, quid de cette fameuse typicité évoquée par David?

Et si, comme la beauté, qui est dans l'oeil de celui qui regarde (merci, William S.), elle était en bonne partie dans la tête de celui qui déguste? J'ai encore en mémoire d'homériques empoignades (verbales, je vous rassure) lors de dégustations d'In Vino Veritas, où certains membres du panel, des habitués de la région des vins dégustés, descendaient en flèche certaines bouteilles, à mon sens superbes, en arguant de leur manque de typicité: "Tu comprends, si on accepte ça, alors, c'est la fin de toute notion de terroir".

Là, c'est le suceur de cailloux qui prend le dessus, et ça, ça me fait rire. Mais tous les goûts sont dans la nature, il faut des gens comme moi, j'espère, comme il faut des puristes des graves, du calcaire à astéries, du schiste, du blauschiefer ou de la licorella.

En matière d'hommes, aussi, il y a des types et des styles; que penser d'un monde où à quelques heures de distance, disparaissent Césaria Evora, chanteuse aux pieds nus et voix des pauvres, Vaclav Havel, héros de la démocratie tchèque et slovaque, et Kim Jung Il, bourreau et affameur du pays du matin calme?

Que penser d'un monde qui a vu naître Buffon, et tant de bouffons?

00:06 Écrit par Hervé Lalau dans Beaujolais, Vins de tous pays | Tags : sol, vin, vignoble, typicité | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |